{"id":814,"date":"2010-09-05T19:47:29","date_gmt":"2010-09-05T17:47:29","guid":{"rendered":"http:\/\/www.cinefast.com\/?p=814"},"modified":"2013-02-02T12:56:17","modified_gmt":"2013-02-02T10:56:17","slug":"la-ligne-rouge","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cinefast.com\/?p=814","title":{"rendered":"La Ligne Rouge"},"content":{"rendered":"<p>45\u00e8me minute. Le premier coup de feu est tir\u00e9 dans <strong>La Ligne Rouge<\/strong>, le (seul?) chef d\u2019\u0153uvre de Terrence Malick. Signe que <strong>La Ligne Rouge <\/strong>n&rsquo;est pas un film de guerre, mais assur\u00e9ment bien plus que \u00e7a : un des plus grands (si ce n&rsquo;est le plus grand) film de guerre de tous les temps. Autant <strong>Apocalypse Now<\/strong>, est <em>rock<\/em>, un feu d\u2019artifice qui \u00e9claire la face fun de la guerre, h\u00e9licos, explosions et ski nautique, autant <strong>La Ligne Rouge <\/strong>est un requiem, la face sombre : peur, fatalit\u00e9 et destin.<br \/>\nLe g\u00e9nie de <strong>La Ligne Rouge<\/strong>, c&rsquo;est de refuser de sortir la guerre des activit\u00e9s humaines. La guerre n&rsquo;est pas une parenth\u00e8se, un \u00e9piph\u00e9nom\u00e8ne, une aberration. La guerre fait partie de l\u2019humanit\u00e9, de la vie de tous les jours. Pire, dans <strong>La Ligne Rouge<\/strong>, c\u2019est le quotidien qui envahit la guerre. Pour certains, la guerre est un m\u00e9tier, une carri\u00e8re (le magnifique double monologue Nick Nolte\/John Travolta), pour d&rsquo;autres c&rsquo;est le prix \u00e0 payer pour l&rsquo;amour (Ben Chaplin, qui perd ses galons pour l\u2019amour de sa femme, et qui hante ses visions au milieu m\u00eame de l&rsquo;assaut) Pour d&rsquo;autres, la guerre est un acte de foi (le capitaine grec, formidable Elias Koteas) ou au contraire un bordel ath\u00e9e dont il faut se d\u00e9merder (Sean Penn, dans l&rsquo;un de ses plus grands r\u00f4les). On peut y \u00eatre un saint (Jim Caviezel),  une ordure (Nick Nolte), un fou (John Savage) ou simplement une b\u00eate apeur\u00e9e (Adrian Brody).<br \/>\nCar le casting de <strong>La Ligne Rouge<\/strong>, c&rsquo;est aussi la grande r\u00e9ussite de Malick : des stars, rien que des stars, et pourtant, pas une grosse t\u00eate \u00e0 l\u2019horizon (voir les vingt secondes de Clooney \u00e0 la fin, par exemple).<br \/>\nL&rsquo;autre r\u00e9ussite, c&rsquo;est l&rsquo;adaptation du roman de fleuve de James Jones, auquel Malick ajoute ses obsessions personnelles : la nature \u00e9denique, le Bon Sauvage, et la cohabitation du Bien et du Mal dans ce contexte. Il est remarquable d&rsquo;ailleurs que ce m\u00e9lange est ici parfaitement r\u00e9ussi, alors qu&rsquo;il est poussif ailleurs (<strong>Les Moissons du Ciel <\/strong>ou <strong>Le Nouveau Monde<\/strong>).<br \/>\nDans ces films, Malick reste confus, ph\u00e9nom\u00e8ne amplifi\u00e9 par les faux raccords*, sa figure de style favorite. Mais ici, la confusion sert le propos : quelle plus grand d\u00e9sordre que la guerre ? Les pens\u00e9es s&rsquo;entrechoquent en voix off, les couchers de soleil de cartes postales se superposent aux boucheries hallucinantes, film\u00e9es au plus pr\u00e8s des combattants, dans le gliss\u00e9 parfait des steadycam&#8230; Avec cette perfection des plans, \u00e0 ce refus de la cam\u00e9ra port\u00e9e, Terrence Malick refuse les conventions habituelles du film de guerre (camera port\u00e9e, plans large au-dessus de la bataille) ; c&rsquo;est la Nature elle-m\u00eame qui regarde, comme les varans, les perroquets, le D\u00e9sastre en train de s\u2019accomplir\u2026<br \/>\nA la fin, pourtant, on n&rsquo;aura pas perdu le fil (la ligne rouge ?) : ni les messages philosophiques, ni le destin, tragique ou pas, de cette cinquantaine de personnages&#8230;<br \/>\nMieux, on aura compris toutes ces pulsions qui les habitent, et il ne sera donn\u00e9 raison ou tort \u00e0 personne ; le colonel hyst\u00e9rique avait tort moralement, mais raison sur le fond : en manipulant ses soldats, il obtient d\u2019eux de prendre la colline. Apr\u00e8s avoir agoni le capitaine protecteur de ses soldats, il le rel\u00e8ve de son commandement et le d\u00e9core cyniquement, probablement pour acheter son silence ; mais la colline est prise, sans trop de pertes, et son avancement garanti. Sublime ironie, la colline est prise gr\u00e2ce au courage d\u2019un ex-officier (Ben Chaplin, l\u2019amoureux transi), au saint d\u00e9serteur et pacifiste (Caviezel)\u2026 il n&rsquo;y a aucune logique dans la guerre, aucun sacrifice expiatoire, aucun courage inn\u00e9 qui expliquerait tout\u2026 juste des situations, et du chaos. <\/p>\n<p>M\u00e9langeant cette efficacit\u00e9 toute Hollywoodienne avec l&rsquo;ambition europ\u00e9enne du propos, <strong>La Ligne Rouge <\/strong>est le chef d&rsquo;\u0153uvre d\u00e9finitif de Malick, un des quelques films de guerre qui doivent absolument \u00eatre vus, m\u00eame si l&rsquo;on n&rsquo;est pas familier du genre. <\/p>\n<p><em>*en collant par exemple bout \u00e0 bout deux s\u00e9quences tir\u00e9es de la m\u00eame sc\u00e8ne, ce qui ne se fait pas normalement <\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>45\u00e8me minute. 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