{"id":742,"date":"2010-06-09T22:21:56","date_gmt":"2010-06-09T20:21:56","guid":{"rendered":"http:\/\/www.cinefast.com\/?p=742"},"modified":"2012-08-26T12:57:23","modified_gmt":"2012-08-26T10:57:23","slug":"il-faut-sauver-le-soldat-ryan","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cinefast.com\/?p=742","title":{"rendered":"Il Faut Sauver le Soldat Ryan"},"content":{"rendered":"<p>Le film de Spielberg, sorti en 1998, est exceptionnel \u00e0 plus d&rsquo;un titre : d&rsquo;abord il fut le engendra une vague d&rsquo;int\u00e9r\u00eat colossal pour la seconde guerre mondiale, un ph\u00e9nom\u00e8ne qui n\u2019a pas faibli jusqu&rsquo;\u00e0 aujourd&rsquo;hui, bien au contraire.<\/p>\n<p>D\u00e9g\u00e2t collat\u00e9ral : une impressionnante vague de jeux vid\u00e9o \u2013 preuve de la \u00ab jeunesse \u00bb de cette th\u00e9matique : <em>Call of Duty, Battlefield 1942, Medal of Honor<\/em>. Mais c&rsquo;est surtout sur le plan cin\u00e9matographique que <strong>Il Faut Sauver le Soldat Ryan<\/strong> fut s\u00e9minal.<\/p>\n<p>D&rsquo;abord sur un plan esth\u00e9tique : si le film est plut\u00f4t conventionnel sur le fond (solidarit\u00e9 et amiti\u00e9 entre soldats, respect des valeurs morales, courage, Spielberg ne s&rsquo;est jamais cach\u00e9 de vouloir faire un film patriotique), <strong>Il Faut Sauver le Soldat Ryan <\/strong>est avant tout une perc\u00e9e dans le genre du film de guerre.<\/p>\n<p>Par ses vingt premi\u00e8res minutes \u00e9poustouflantes, qui restent marqu\u00e9 \u00e0 jamais dans une t\u00eate de cin\u00e9phile ; sa capacit\u00e9 \u00e0 vous projeter, d\u00e8s la deuxi\u00e8me sc\u00e8ne, <em>in media res<\/em>, du d\u00e9barquement d&rsquo;Omaha Beach. Ces plans sont d\u00e9sormais  recopi\u00e9s \u00e0 l&rsquo;infini, dans <strong>Troie<\/strong>, <strong>Le Choc des Titans <\/strong>et r\u00e9cemment <strong>Robin des Bois<\/strong>.<\/p>\n<p>Ensuite, <strong>Il Faut Sauver le Soldat Ryan <\/strong>\u00e9tonne par sa volont\u00e9 de r\u00e9alisme, peu compatible avec le cin\u00e9ma spielbergien d&rsquo;une part, et le propos patriotique d&rsquo;autre part. Derri\u00e8re le r\u00e9alisme photographique, derri\u00e8re la reconstitution minutieuse (chars, fusils, uniformes, jusqu\u2019au son des d\u00e9tonations), Spielberg court derri\u00e8re l&rsquo;id\u00e9e de r\u00e9habiliter ces soldats. Cette minutie, souvent le joujou de cin\u00e9astes moins inspir\u00e9s, sert ainsi un propos que depuis, Spielberg et Tom Hanks ne cessent de ressasser : avec <strong>Band of Brothers<\/strong>, et bient\u00f4t avec <strong>The Pacific<\/strong>. Reconstituer pour rendre hommage, d&rsquo;autant plus que ces soldats ne furent pas des anges. Quel meilleur hommage, d\u00e8s lors, que de montrer la v\u00e9rit\u00e9 toute nue ? <\/p>\n<p>Aussi, pour la premi\u00e8re fois dans un film am\u00e9ricain grand public, voit-on des soldats am\u00e9ricains tuer des prisonniers allemands sans d\u00e9fense. D&rsquo;abord dans le feu de l&rsquo;action, juste apr\u00e8s le bain de sang d&rsquo;Omaha Beach (le spectateur est alors dans une sorte de position de l\u00e9gitime d\u00e9fense). Il comprend la brutalit\u00e9 de la guerre, la soif de vengeance irr\u00e9fl\u00e9chie. Mais cette sc\u00e8ne se r\u00e9p\u00e8te plusieurs fois. Et les soldats am\u00e9ricains ricanent. Et surtout, cette soif de vengeance va atteindre un apex avec le personnage de l&rsquo;interpr\u00e8te (Jeremy Davies, le Faraday de <strong>Lost<\/strong>). Ce jeune GI intello sauve en effet un soldat allemand, invoquant les lois de la guerre, alors que ses coll\u00e8gues r\u00e9clament vengeance, apr\u00e8s l&rsquo;assaut de la station radar, qui a valu la mort d&rsquo;un de leurs amis. Tom Hanks, le capitaine c\u00e8de \u00e0 sa demande et lib\u00e8re l&rsquo;allemand contre l&rsquo;avis de ses soldats. Mais on retrouve l&rsquo;allemand \u00e0 la fin du film, dans la poche de Valognes, o\u00f9 il aura rejoint ses camarades pour participer au combat, une fois de plus, contre les am\u00e9ricains. Comme si cette id\u00e9e, pourtant \u00e9vidente, de retour \u00e0 la guerre lui \u00e9tait insupportable, le soldat intello, l&rsquo;abat tout en lib\u00e9rant d\u2019autres prisonniers allemands&#8230; <\/p>\n<p>Enfin, reste &#8211; et c&rsquo;est ce qui frappe aujourd&rsquo;hui &#8211; le d\u00e9bat clef du film : faut-il tuer des hommes pour n&rsquo;en sauver qu&rsquo;un ? Une fa\u00e7on b\u00e9b\u00eate, mais p\u00e9dagogique, de poser la question de la guerre : qu&rsquo;est-ce qui est inacceptable, qu&rsquo;est-ce qui doit \u00eatre combattu, \u00e9ventuellement par la force.<\/p>\n<p>Le g\u00e9nie du film, c&rsquo;est de ne pas glorifier la guerre, une raret\u00e9 dans le cin\u00e9ma mainstream. M\u00eame si les horreurs de la guerre sont souvent montr\u00e9es dans la phase d&rsquo;exposition, on revient vite \u00e0 un \u0153il pour \u0153il, dent pour dent biblique et cathartique, o\u00f9 la plupart des gentils sont sauv\u00e9s et la plupart des m\u00e9chants sont tu\u00e9s.<\/p>\n<p>Ici, m\u00eame si les am\u00e9ricains gagnent \u00e0 la fin, c&rsquo;est presque par hasard (un avion bombarde le char allemand, et le film s&rsquo;arr\u00eate magiquement, pr\u00e9figurant la fin gagesque de La Guerre des Mondes). Et si le soldat Ryan est sauv\u00e9, il devra m\u00e9riter cette vie qu&rsquo;on vient de lui accorder, car tous las autres sont morts ou ont sombr\u00e9 dans la folie, m\u00eame les mieux \u00e9quip\u00e9s moralement (le capitaine, l&rsquo;intello). 8 hommes  se seront sacrifi\u00e9s pour qu&rsquo;un seul ne vive. Une d\u00e9finition du courage, de l&rsquo;h\u00e9ro\u00efsme, mais aussi de la solidarit\u00e9 indispensable \u00e0 une nation : <em>United we stand, divided we fall<\/em>, comme toujours.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le film de Spielberg, sorti en 1998, est exceptionnel \u00e0 plus d&rsquo;un titre : d&rsquo;abord il fut le engendra une vague d&rsquo;int\u00e9r\u00eat colossal pour la seconde guerre mondiale, un ph\u00e9nom\u00e8ne qui n\u2019a pas faibli jusqu&rsquo;\u00e0 aujourd&rsquo;hui, bien au contraire. 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