{"id":7193,"date":"2026-03-27T23:34:14","date_gmt":"2026-03-27T22:34:14","guid":{"rendered":"https:\/\/www.cinefast.com\/?p=7193"},"modified":"2026-03-27T23:50:26","modified_gmt":"2026-03-27T22:50:26","slug":"les-rayons-et-les-ombres","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cinefast.com\/?p=7193","title":{"rendered":"Les Rayons et les Ombres"},"content":{"rendered":"\n<p>Est-ce une pure abomination\u00a0? Ou de la b\u00eatise pure\u00a0? On dit souvent \u00ab\u00a0<em>b\u00eate et m\u00e9chant<\/em>\u00a0\u00bb sans comprendre le sens profond de la formule\u00a0: en \u00e9tant b\u00eate, m\u00eame innocemment, on peut faire le mal. La charit\u00e9 chr\u00e9tienne oblige \u00e0 dire que Xavier Giannoli est comme son h\u00e9ros, juste b\u00eate, en faisant des <strong>Rayons et des Ombres<\/strong> une improbable trag\u00e9die sur le sort d\u2019un collabo, Jean Luchaire (Jean Dujardin, malheureusement tr\u00e8s bien), et de sa fille\u00a0Corinne (Nastya Golubeva).<\/p>\n\n\n\n<p>En 2017, par envie de faire du cin\u00e9ma, de cr\u00e9er du suspens, C\u00e9dric Jimenez, l\u2019auteur du tout aussi imputrescible et crypto fasciste <strong><a href=\"https:\/\/www.cinefast.com\/?p=5939\">Bac&nbsp;Nord<\/a><\/strong> <a href=\"https:\/\/www.cinefast.com\/?p=4732\">finissait par nous inqui\u00e9ter sur le sort du pauvre Reinhard Heydrich<\/a>, le bourreau de la Boh\u00e8me-Moravie. <\/p>\n\n\n\n<p>Xavier Giannoli fait de m\u00eame, avec moins d\u2019excuses&nbsp;: il a 55 ans et est extr\u00eamement bien document\u00e9 sur la p\u00e9riode de Vichy*. Mais qu&rsquo;est-ce qui lui a pris de vouloir se placer du c\u00f4t\u00e9 des bourreaux&nbsp;? Il y r\u00e9pond dans la promo&nbsp;: raconter, sans juger&nbsp;! On n\u2019est pas loin des \u00ab&nbsp;<em>Nazis qui ont bien droit \u00e0 une seconde chance<\/em>&nbsp;\u00bb d\u2019<strong>OSS 117<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p>Montrer un aveuglement \u00e9tait pourtant une bonne id\u00e9e&nbsp;: la lente et f\u00e2cheuse glissade de ces militants&nbsp;pacifistes et germanophiles, parfois venus de la gauche (Doriot, Laval, D\u00e9at), et qui ont sombr\u00e9 dans la collaboration la plus sinc\u00e8re avec les nazis\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Jean Luchaire fait partie de ceux-l\u00e0. Journaliste, radical, ami d\u2019Otto Abetz, lui aussi promoteur du rapprochement franco-allemand, et lui aussi futur nazi. Corinne Luchaire, elle, d\u00e9bute une carri\u00e8re d&rsquo;actrice. Quand la guerre \u00e9clate, elle se met naturellement \u00e0 fr\u00e9quenter les milieux collaborationnistes de son p\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y avait bien s\u00fbr un film \u00e0 faire, mais Giannoli d\u00e9ploie sans le vouloir un plaidoyer. Montrer la vie de ces collabos comme un destin tragique, c&rsquo;est la faute de go\u00fbt qu&rsquo;il ne fallait pas faire.<\/p>\n\n\n\n<p>Le fil rouge du film, c&rsquo;est en effet &#8211; pendant trois heures tr\u00e8s \u00e9prouvantes &#8211; la tuberculose du p\u00e8re et de la fille. Rien ne nous sera \u00e9pargn\u00e9&nbsp;: aucun crachat, aucune toux, sachant que les protagonistes allument \u00e0 peu pr\u00e8s une cigarette par plan**. Tabagisme = probl\u00e8mes de sant\u00e9 \u00e0 venir = destin tragique, pour ceux qui n\u2019auraient pas compris. &nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019autre fil rouge, c\u2019est la d\u00e9cadence. Comment on montre la d\u00e9cadence au cin\u00e9ma&nbsp;? Allez, on vous aide&nbsp;: deux filles s\u2019embrassent, un gars sniffe de la coke. Eh ben \u00e7a rate pas. Fifille couche avec une danseuse, snife de l\u2019h\u00e9ro avec Papa, et s\u2019enfile les coupes de champagne\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>On l\u2019a compris, le film se dirige tranquillement vers <strong><a href=\"https:\/\/www.cinefast.com\/?p=353\">Papy fait de la R\u00e9sistance<\/a><\/strong>. Les Allemands et les collabos font la f\u00eate au ch\u00e2teau avec des jeunes femmes d\u00e9v\u00eatues (porte-jarretelles, casquette de la Wehrmacht sur la t\u00eate, bouteille de Ruinart \u00e0 la main). On esp\u00e8re Jacqueline Maillan, on attend Jacques Villeret, et on chantonne <em>Che n\u2019ai pas chanch\u00e9<\/em>&#8230;***<\/p>\n\n\n\n<p>Et puis, \u00e9puis\u00e9s, c&rsquo;est enfin la fin, avec une s\u00e9quence qui semble l\u00e0 juste pour sauver le film. Un procureur (Torreton) dresse le r\u00e9quisitoire de Luchaire. Ce qu&rsquo;il dit, c\u2019est absolument ce qu&rsquo;on pense pendant tout le film\u00a0: rien ne tient dans la d\u00e9fense des Luchaire, face aux crimes gigantesques dont ils se sont rendus complices. Que sauver quelques juifs ne p\u00e8se rien contre les six millions de la Shoah. Que l&rsquo;amiti\u00e9 franco-allemande cachent assez mal le go\u00fbt du luxe et du stupre. Mais la volont\u00e9 moralisatrice de cette sc\u00e8ne est \u00e9mouss\u00e9e par une mise en sc\u00e8ne qui d\u00e9fie tout bon sens cin\u00e9matographique. Le procureur est verbeux, comminatoire, tandis qu&rsquo;en parall\u00e8le, sur une musique poignante &#8211; forc\u00e9ment poignante ! &#8211; on assiste \u00e0 la trag\u00e9die du condamn\u00e9 : le dernier repas, la derni\u00e8re cigarette, le poteau d\u2019ex\u00e9cution o\u00f9 Dujardin, tr\u00e8s digne, affronte la mort\u2026 c&rsquo;est lui le h\u00e9ros du film\u00a0!<\/p>\n\n\n\n<p>Deux cerises viennent orner cette <em>Linzer torte<\/em>. Comme dans tout biopic, les <em>ptits panneaux, texte blanc sur fond noir,<\/em> viennent nous dire ce que sont devenus nos h\u00e9ros. La pauvre Corinne est morte \u00e0 vingt huit ans d\u2019une tuberculose. Otto Abetz, condamn\u00e9 \u00e0 la Lib\u00e9ration, est graci\u00e9 au bout de dix ans puis \u00ab\u00a0<em>meurt dans un accident de voiture suspect, peut-\u00eatre tu\u00e9 par les services secrets fran\u00e7ais car il en savait trop sur la Collaboration<\/em>\u00a0\u00bb\u00a0!! Passer au complotisme sur ce sujet, \u00e0 ce moment du film, et particuli\u00e8rement sur Abetz, on atteint le comble de l&rsquo;abjection\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Mais ce n&rsquo;est pas fini ! Derni\u00e8re cerise : Leonide Moguy, le r\u00e9alisateur juif qui avait d\u00e9couvert Corinne Luchaire (et qui a \u00e9chapp\u00e9, lui, \u00e0 l\u2019Extermination), revient taper \u00e0 la porte de l\u2019actrice bannie. Il lui fait la le\u00e7on (en tout cas c&rsquo;est ce que croit faire Giannoli) et prononce la phrase culte, <em>famous last words<\/em> : \u00ab\u00a0<em>Au moins, il nous reste le cin\u00e9ma<\/em>\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Et bien oui, monsieur Giannoli\u00a0: il ne vous reste que le cin\u00e9ma\u2026 <\/p>\n\n\n\n<p>Parce que pour la morale, il faudra repasser\u2026<\/p>\n\n\n\n<p><em>* Comme le montre son intervention dans C ce soir, qui propose d&rsquo;ailleurs une heure de copinage et de promo scandaleuse, \u00e0 l&rsquo;exception de Laurent Joly et de Nathan Devers<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>**Un jour, pour le fun, on regardera <strong>Les Rayons et les Ombres<\/strong> sur W9 juste pour compter les clopes.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>***Et lui vole m\u00eame une r\u00e9plique : \u00ab Vous \u00eates ignoble ! \u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Est-ce une pure abomination\u00a0? Ou de la b\u00eatise pure\u00a0? 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