{"id":6086,"date":"2022-07-28T23:19:24","date_gmt":"2022-07-28T21:19:24","guid":{"rendered":"https:\/\/www.cinefast.com\/?p=6086"},"modified":"2022-07-28T23:19:24","modified_gmt":"2022-07-28T21:19:24","slug":"rip-michel-schneider","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cinefast.com\/?p=6086","title":{"rendered":"RIP Michel Schneider"},"content":{"rendered":"\n<p>Michel Schneider est mort, et nous sommes tristes. L\u2019homme est surtout connu pour son livre sur Marilyn*, qui lui fit gagner l\u2019<em>Interalli\u00e9<\/em>. Mais pour le Professore, Michel Schneider est l\u2019homme d\u2019une \u00e9mission, <em>Apostrophes<\/em>, et d\u2019un livre, <em>La Com\u00e9die de la Culture<\/em>. Venu dans la premi\u00e8re promouvoir le second, il lutta, seul contre tous, pendant pr\u00e8s d\u2019une heure contre les thurif\u00e9raires de Jack Lang et Pierre Boulez. Une heure qui changea \u00e0 jamais Ludovico, qui courut acheter le livre et, douze ans plus tard, partit fonder CineFast.<\/p>\n\n\n\n<p>Son br\u00fblot d\u00e9non\u00e7ait l&rsquo;imposture d&rsquo;un minist\u00e8re de la Culture m\u00e9c\u00e8ne plut\u00f4t que passeur.\u00a0Un monde que connaissait bien Michel Schneider, lui qui avait \u00e9t\u00e9, sous Jack Lang, Directeur de la Musique et de la Danse.<\/p>\n\n\n\n<p>Sa th\u00e8se \u00e9tait simple, et, malheureusement, toujours d\u2019actualit\u00e9. Dans l\u2019Ancien R\u00e9gime, les artistes vivaient au gr\u00e9 du go\u00fbt (bon ou mauvais) du Prince. Si les M\u00e9dicis aimaient les statues, on faisait des statues. Si Louis XV aimait la peinture, on peignait. C\u2019\u00e9tait le go\u00fbt d\u2019un homme. Mais dans une d\u00e9mocratie, l\u2019Etat est une communaut\u00e9, il n\u2019a pas de go\u00fbt. Et il n&rsquo;a pas \u00e0 en avoir. Le r\u00f4le des fonctionnaires n\u2019est pas de choisir les artistes, mais d\u2019assurer leur diffusion\u00a0: salles de spectacles, m\u00e9diath\u00e8ques, salles de cours et de r\u00e9p\u00e9tition. C\u2019est \u00e9videmment l\u2019inverse que constate, de 1988 \u00e0 1991, Michel Schneider. <em>La Com\u00e9die de la Culture<\/em> s\u2019attaque en fait \u00e0 deux vaches sacr\u00e9es : Jack Lang, ultra charismatique et ind\u00e9boulonnable Ministre de la Culture, et Pierre Boulez. Le musicien contemporain a certes du talent, mais vit depuis Georges Pompidou de la commande publique\u00a0: <em>\u00c9clat\/Multiples, &#8230;Explosante-fixe&#8230;, R\u00e9pons<\/em> sont des \u0153uvres pay\u00e9es par les deniers de l\u2019\u00e9tat. Comment puis-je, explique Schneider, moi l\u2019\u00e9narque form\u00e9 \u00e0 la Cour des Comptes, savoir ce qu\u2019est de la bonne musique ? Sur quels crit\u00e8res dois-je d\u00e9cider de subventionner, ou non, Pierre Boulez\u00a0?<\/p>\n\n\n\n<p>En 1993, Boulez est le pape de la Musique Contemporaine en France\u00a0; il a la mainmise sur un orchestre sp\u00e9cialis\u00e9e (l\u2019Ensemble Inter Contemporain), un centre de recherche (l\u2019IRCAM) et bient\u00f4t une salle de spectacle (la Cit\u00e9 de la Musique). Ce quasi-monopole emp\u00eache la diffusion d\u2019autres musiciens contemporains qui n\u2019ont pas l\u2019heur de lui plaire (Steve Reich, Philip Glass, John Adams). Et ce monopole absorbe une grande partie des ressources (900 millions de francs \u00e0 l\u2019\u00e9poque) soit l&rsquo;\u00e9quivalent du budget de la Danse en France, ou celui de toutes les biblioth\u00e8ques.<\/p>\n\n\n\n<p>Quel rapport avec le cin\u00e9ma&nbsp;? M\u00eame si le fonctionnement est diff\u00e9rent&nbsp;(c&rsquo;est le cin\u00e9ma am\u00e9ricain, tax\u00e9, qui finance le cin\u00e9ma fran\u00e7ais), la m\u00eame th\u00e8se s\u2019applique. Pour faire un film, il faut souvent passer par les fourches caudines de l&rsquo;Etat (le CNC), qui juge ce qui est bien ou pas. Et d\u00e9clenche ensuite les financements t\u00e9l\u00e9. C\u2019est-\u00e0-dire un droit de vie ou de mort sur les films qui ne sont pas de grosses productions populaires\u2026 &nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Depuis, Schneider a fait des \u00e9mules dans la musique (<em>Requiem pour une Avant-Garde<\/em>, Benoit Duteurtre) ou au cin\u00e9ma (<a href=\"https:\/\/www.cinefast.com\/?p=2281\">la charge assassine Vincent Maraval en 2012<\/a>).<\/p>\n\n\n\n<p>Qu\u2019il en soit remerci\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0<em>Il y a en France un minist\u00e8re de la Culture, singularit\u00e9 dans une d\u00e9mocratie. Depuis 1981, ses interventions se multiplient : \u00e9v\u00e9nements, marchandises, consommations, la culture semble diverse et vivante. N&rsquo;est-ce pas l&rsquo;inverse ? La fi\u00e8vre indique un malaise. Au-del\u00e0 d&rsquo;une critique de la culture de cour, avec ses m\u0153urs, grimaces, travers et ridicules, il faut analyser les tensions qui toujours existent entre art et politique, culture et pouvoir. Car, men\u00e9e par la gauche ou la droite, la politique culturelle rec\u00e8le des risques. Les arts ont peut-\u00eatre le minist\u00e8re qu&rsquo;ils m\u00e9ritent, et le minist\u00e8re les artistes qui le justifient. Qu<\/em>e <em>l&rsquo;art divorce d&rsquo;avec le sens, la forme, le beau, qu&rsquo;il ne dise plus rien \u00e0 personne, qu&rsquo;il n&rsquo;y ait plus d&rsquo;\u0153uvres ni de public, qu&rsquo;importe, du moment qu&rsquo;il y a encore des artistes et des politiques, et qu&rsquo;ils continuent de se soutenir : une subvention contre une signature au bas d&rsquo;un manifeste \u00e9lectoral. Le rideau tombe, il faut juger la pi\u00e8ce. Minist\u00e8re de la Culture ? Non, gouvernement des artistes. Mais on ne gouverne pas la culture, et elle n&rsquo;est pas un moyen de gouvernement. Rien n&rsquo;est pire qu&rsquo;un prince qui se prend pour un artiste, si ce n&rsquo;est un artiste qui se prend pour un prince.<\/em>\u00a0\u00bb<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Michel Schneider est mort, et nous sommes tristes. L\u2019homme est surtout connu pour son livre sur Marilyn*, qui lui fit gagner l\u2019Interalli\u00e9. 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