{"id":6,"date":"2005-06-23T17:16:08","date_gmt":"2005-06-23T15:16:08","guid":{"rendered":"http:\/\/cinefirst.jeka.fr\/?p=6"},"modified":"2006-07-04T12:47:36","modified_gmt":"2006-07-04T10:47:36","slug":"pour-en-finir-avec%e2%80%a6-ridley-scott","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cinefast.com\/?p=6","title":{"rendered":"Ridley Scott, ou le Cin\u00e9ma de D\u00e9corateur"},"content":{"rendered":"<p>\u00d4 amours d\u00e9funtes ! \u00d4 doux oiseaux de jeunesse ! Il fut un temps, pr\u00e9-matrixien, o\u00f9 l\u2019on ne pouvait vivre sans Ridley Scott. Un temps o\u00f9 les films de SF se comptait sur les doigts d\u2019une main\u2026 Ridley fut notre seul proph\u00e8te, notre espoir, le temps de deux films \u2026 Il joua si bien son coup que l\u2019hypoth\u00e8que, chez les quadras de ma g\u00e9n\u00e9ration, ne se l\u00e8ve que maintenant, apr\u00e8s une bonne dizaine de d\u00e9ceptions.<\/p>\n<p>Je ne vais pas vous la faire : pour moi, l\u2019affaire \u00e9tait entendue depuis longtemps. Depuis 1987, pour \u00eatre pr\u00e9cis, le jour o\u00f9 notre barbu quitta la Kubrick League pour rejoindre la 2\u00e8me Division John Badham, celle des gentils faiseurs d\u2019Hollywood. Ce jour-l\u00e0 s\u2019appelle <strong>Someone to Watch Over Me<\/strong>, un polar poussif qui r\u00e9v\u00e9la au grand jour l\u2019incomp\u00e9tence crasse de Ridley, et sa sp\u00e9cialisation d\u00e9sormais certaine dans ce que j\u2019appellerai le film de D\u00e9corateur. <\/p>\n<p>Qu\u2019est-ce qu\u2019un film de d\u00e9corateur ? Il y a des films de r\u00e9alisateur (c\u2019est \u00e0 dire qu\u2019on s\u2019y pr\u00e9occupe surtout de travelling et de cadrage) et les films de d\u00e9corateur, o\u00f9, en plus, on s\u2019occupe de faire beau : beau travelling, beau cadrage, mais aussi beau d\u00e9cor et beau costume. Comme par hasard, \u00e7a vient souvent de la pub : Russel Mulcahy, Jean-Jacques Beineix, Tony Scott. <\/p>\n<p>Ridley Scott est un ancien publicitaire ; il sait l\u2019importance du r\u00e9alisme dans le d\u00e9cor, dans les costumes. Ce r\u00e9alisme permet au spectateur une plus grande identification \u00e0 l\u2019univers du produit. Mais Ridley ignore l\u2019importance d\u2019un bon sc\u00e9nario, d\u2019une bonne direction d\u2019acteur et surtout, d\u2019une v\u00e9ritable histoire \u00e0 raconter. Il est d\u2019ailleurs int\u00e9ressant de comparer la carri\u00e8res des fr\u00e8res Scott. Tous deux publicitaires, tout deux r\u00e9alisateurs \u00ab d\u00e9corateurs \u00bb\u2026 Pourtant, Tony a fini par surpasser Ridley. Car Ridley s\u2019y croit, quand Tony admet n\u2019\u00eatre que l\u2019employ\u00e9 de producteurs talentueux (Simpson\/Bruckheimer, pour ne pas les nommer). <\/p>\n<p>C\u2019est l\u00e0 que le b\u00e2t blesse. Ridley a la grosse t\u00eate. Brillamment entour\u00e9 au d\u00e9but de sa carri\u00e8re, pilot\u00e9 par des sc\u00e9naristes\/producteurs s\u00e9rieux, c\u2019est bien ce qui manque aujourd\u2019hui. Mais reprenons depuis le d\u00e9but\u2026 <\/p>\n<p>Ce fut le temps de deux chefs d\u2019\u0153uvre, \u00e9videmment : <strong>Alien <\/strong>et <strong>Blade Runner<\/strong>. (Les magnanimes ajouteront <strong>Duellistes<\/strong>). Deux \u0153uvres s\u00e9minales et fondatrices. Alien fut pour tous un choc, la traduction de visions entrevues dans la litt\u00e9rature SF : nos cauchemars d\u2019un futur sordide et mercantile se concr\u00e9tisaient enfin. Quelqu\u2019un voyait comme nous ! <\/p>\n<p>A l\u2019\u00e9poque, le cin\u00e9ma n\u2019offrait que du space opera ridicule, en jupettes de cuir, tuniques blanches et sabres laser (je ferais un jour un sort \u00e0 la pr\u00e9tendue \u00ab \u0153uvre \u00bb de Georges Lucas). Il y avait aussi quelques films sombres (<strong>L\u2019Age de Cristal, La Plan\u00e8te des Singes<\/strong>\u2026), mais la d\u00e9co faisait tellement d\u00e9faut (et co\u00fbtait tellement cher) que ces films, \u00e0 la revoyure, font encore rire aujourd\u2019hui\u2026<\/p>\n<p>Quand Alien vint, on sut que plus rien ne serait pareil. L\u2019espace n\u2019\u00e9tait plus un lieu d\u2019aventures extraordinaires dans des vaisseaux rutilants mais bien le reflet punk de notre \u00e9poque. Les cargo spatiaux \u00e9taient sales, pleins de cambouis. Le motivations : sordides et mercantiles. La sexualit\u00e9 : refoul\u00e9e et triste*.<\/p>\n<p>Blade Runner fut une suite logique au formidable succ\u00e8s commercial d\u2019Alien. Ridley Scott adapta dans son univers le roman de Philip K. Dick, transformant une Californie d\u00e9sertifi\u00e9e en Los Angeles sous une pluie \u00e9ternelle, en d\u00e9-castant Harrison Ford en anti-h\u00e9ros mature, et surtout en cr\u00e9ant cet univers urbain encore pill\u00e9, vingt ans apr\u00e8s, par la plus minable des s\u00e9ries B de M6. Personne, dans le milieu du cin\u00e9ma, n\u2019est sorti intact de Blade Runner, malgr\u00e9 son \u00e9chec commercial**. <\/p>\n<p><strong>Legend <\/strong>annon\u00e7a le d\u00e9clin du cin\u00e9ma scottien. Les images \u00e9taient toujours aussi belles (peut-\u00eatre les plus belles qu\u2019il ait tourn\u00e9es). Mais il n\u2019y avait plus de sc\u00e9nario, plus de producteur, derri\u00e8re les enluminures. <\/p>\n<p>Pas une seconde, Ridley Scott ne se pr\u00e9occupe de son histoire, tellement basique qu\u2019elle en devient ridicule. Il passe visiblement peu de temps avec ses acteurs, et leurs personnages sont vides. Par contre, on l\u2019imagine en studio, en train de reconstituer cette for\u00eat magnifique, de choisir avec amour chaque pierre, chaque foug\u00e8re\u2026 imitant en cela un certain\u2026 Stanley Kubrick. A Hollywood tout le monde respecte, envie et veut devenir Kubrick. Sa filmographie exceptionnelle, sa capacit\u00e9 unique \u00e0 obtenir le final cut, le r\u00e9alisme de ses productions : d\u00e9cors, costumes, accessoires\u2026 Je sens un fr\u00e9missement dans l\u2019assistance\u2026 Kubrick ferait-il partie de cette inf\u00e2me caste des \u00ab d\u00e9corateurs \u00bb ? Erreur, cher public, mais rassurez vous, vous n\u2019\u00eates pas seuls\u2026 <\/p>\n<p>Ils sont nombreux \u00e0 avoir compris de travers les enseignements de Ma\u00eetre Stanley. Kubrick \u00e9tait m\u00e9galo, frustr\u00e9, maniaco-d\u00e9pressif : il se pr\u00e9occupait de tout ! Bien s\u00fbr, il voulait savoir quel type de brosse \u00e0 dent pouvait utiliser <strong>Barry Lindon<\/strong>, ou conna\u00eetre le nombre exact de millim\u00e8tres carr\u00e9s des pubs pour <strong>Full Metal Jacket <\/strong>dans la presse tha\u00eflandaise\u2026 Il voulait tout contr\u00f4ler, et c\u2019est pour \u00e7a qu\u2019il a fait peu de films. Mais tout contr\u00f4ler, c\u2019est aussi polir pendant des ann\u00e9es son sc\u00e9nario, ou tourner pendant un an avec Cruise\/ Kidman pour <strong>Eyes Wide Shut<\/strong>. Et recommencer tant que ce n\u2019est pas bon\u2026 Le sc\u00e9nario, les acteurs, ce ne sont pas des d\u00e9tails\u2026 <\/p>\n<p>Apr\u00e8s Legend, le cas Ridley ne fit que d\u00e9cliner. De succ\u00e8s en \u00e9chec, rien n\u2019y change : films de d\u00e9corateur \u00e0 succ\u00e8s, comme <strong>Gladiator<\/strong>, ou des films de d\u00e9corateur \u00e0 \u00e9chec, comme <strong>Legend <\/strong>ou <strong>1492<\/strong>. A chaque fois perce pourtant son unique motivation : l\u2019envie de reconstituer, avec un talent certain, un univers qui le fascine : les appartements yuppies new-yorkais de Someone to Watch Over Me, le japon yakusa de <strong>Black Rain<\/strong>, l\u2019Espagne de 1492, la Rome antique de Gladiator, et ce, jusqu\u2019\u00e0 la derni\u00e8re fibule de centurion romain. <\/p>\n<p>A chaque fois, ses projets sont tr\u00e8s excitants sur le papier, il propose de v\u00e9ritables challenges au spectateur. On l\u2019imagine aussi excellent pitcher \u00e0 Hollywood, capable de vendre un projet clefs en mains : Depardieu en Colomb, Demi Moore ras\u00e9e, etc. Des films qu\u2019on a instantan\u00e9ment envie de voir. Mais une fois dans la salle, c\u2019est une autre affaire\u2026<\/p>\n<p>Il reste le plus bel enlumineur du cin\u00e9ma am\u00e9ricain. C\u2019est l\u00e0 sa constance, c\u2019est l\u00e0 son honneur\u2026 Il fait partie de la longue liste des r\u00e9alisateurs en qui nous avons esp\u00e9r\u00e9, le temps d\u2019un ou plusieurs films. Tels des \u00e9toiles filantes, ils nous abasourdissent de leur chef d\u2019\u0153uvre instantan\u00e9. Epoustoufl\u00e9 par tant de g\u00e9nie, nous ne savons pas entrevoir derri\u00e8re eux le producteur discret ou le sc\u00e9nariste talentueux. Puis un jour, ce complice dispara\u00eet, et notre jeune espoir r\u00e9v\u00e8le sa vrai nature de t\u00e2cheron de seconde zone : j\u2019aimerais citer Bryan Singer, George Lucas, Jean-Jacques Annaud, Ang Lee, Jean-Jacques Beineix***\u2026 <\/p>\n<p>A l\u2019instar de Ridley Scott, ils offrent souvent du r\u00e9gal pour les yeux, mais nos c\u0153urs affam\u00e9s d\u2019un peu d\u2019humanit\u00e9 restent sec\u2026 <\/p>\n<p>P.S. J\u2019ai volontairement laiss\u00e9 de c\u00f4t\u00e9 Thelma et Louise, un film tellement stupide, abject et d\u00e9mago, qu\u2019il m\u00e9rite une critique \u00e0 part enti\u00e8re. <\/p>\n<p><em><br \/>\n*Alien, le plus grand porno de l\u2019histoire du cin\u00e9ma, transperc\u00e9 -si j\u2019ose dire- de p\u00e9n\u00e9trations en tout genre, fellations, viols et orgasmes divers<\/p>\n<p>**Avec, 10 ans apr\u00e8s, le plus beau Director\u2019s cut de l\u2019histoire du cin\u00e9ma : Comment, en UN SEUL PLAN, changer l\u2019int\u00e9gralit\u00e9 d\u2019un film ? Je rappelle le principe. La version 1982 \u00e9tait ambigu\u00eb, on ne savait pas si Deckard \u00e9tait un flic ou un r\u00e9pliquant \u2026 Un plan inexpliqu\u00e9 montre un flic laisser un origami de licorne dans la chambre de Deckard. Dans son Director\u2019s cut de 1992, Ridley Scott rajoute un r\u00eave de Deckard : une licorne qui gambade dans la for\u00eat. La boucle est boucl\u00e9e : si le flic conna\u00eet les r\u00eaves de Deckard, c\u2019est donc un r\u00e9pliquant. CQFD.)<\/p>\n<p>***Message personnel \u00e0 l\u2019attention du Frame Keeper : j\u2019ai longtemps int\u00e9gr\u00e9 David Fincher \u00e0 cette liste peu recommandable. Puis un soir de 2003, vers 3 heures du matin, lors d\u2019un comit\u00e9 Cinefast, la lumi\u00e8re vint. David F. \u00e9tait bien un cin\u00e9aste chr\u00e9tien, et ses films avait du sens. Une \u0153uvre \u00e9tait en cours\u2026 To be continued.<br \/>\n<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00d4 amours d\u00e9funtes ! \u00d4 doux oiseaux de jeunesse ! Il fut un temps, pr\u00e9-matrixien, o\u00f9 l\u2019on ne pouvait vivre sans Ridley Scott. 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