{"id":5952,"date":"2022-03-30T21:28:34","date_gmt":"2022-03-30T19:28:34","guid":{"rendered":"https:\/\/www.cinefast.com\/?p=5952"},"modified":"2022-04-05T18:58:59","modified_gmt":"2022-04-05T16:58:59","slug":"citizen-kane-massacre-a-la-tronconneuse","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cinefast.com\/?p=5952","title":{"rendered":"Citizen Kane\/Massacre \u00e0 la Tron\u00e7onneuse"},"content":{"rendered":"\n<p>La cin\u00e9philie, c\u2019est l\u2019art du rapprochement. Qui a tourn\u00e9 avec qui&nbsp;? Qui a produit le film dont X \u00e9tait le r\u00e9alisateur ? Voir un film, puis en voir un autre, et leur trouver des points communs. Revoir <strong>Citizen Kane<\/strong> pour \u00e9duquer la jeunesse, et, le lendemain, voir pour la premi\u00e8re fois <strong>Massacre \u00e0 la Tron\u00e7onneuse<\/strong>. Le point commun ? Quel point commun&nbsp;? Deux classiques du genre, en fait. Ou plut\u00f4t, un classique, <em>LE <\/em>Classique, le Classique des Classiques, et la Premi\u00e8re Pierre du Slasher. Mais dans les deux cas, ces films ont mal vieilli.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Citizen Kane<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le premier visionnage, au d\u00e9but des ann\u00e9es 80, nous avait \u00e9merveill\u00e9. Mais nous \u00e9tions probablement <em>hyp\u00e9s <\/em>par Claude Jean-Philippe, qui pr\u00e9sentait le Cin\u00e9-Club d\u2019Antenne2, tous les vendredis soir&nbsp;: Orson Welles, le cin\u00e9aste maudit, Orson Welles, seul contre Hollywood, Orson Welles, le premier \u00e0 filmer des plafonds, \u00e0 faire des travellings inexplicables \u00e0 travers le n\u00e9on du night-club, \u00e0 cadrer d\u2019improbables doubles focales, etc., etc. Ce n\u2019est pas pour rien que <strong>Citizen Kane<\/strong> est consid\u00e9r\u00e9 comme le plus grand film de l\u2019histoire du cin\u00e9ma.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais aujourd\u2019hui, le film est bizarrement vide. On pense, sans totalement oser, au cin\u00e9ma esth\u00e9tisant \u00e0 la mani\u00e8re de Jeunet\/Scott\/Jimenez. Un cin\u00e9ma formellement impressionnant mais qui ne s\u2019occupe gu\u00e8re de ses personnages. Avec une diff\u00e9rence majeure, \u00e9videmment&nbsp;: <strong>Citizen Kane<\/strong> a quelque chose \u00e0 dire sur l\u2019Am\u00e9rique, sur l\u2019argent qui d\u00e9truit, sur l\u2019id\u00e9alisme qui se dissout dans la corruption du pouvoir. &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Si le film de Welles reste tr\u00e8s efficace, en d\u00e9roulant l\u2019histoire de son protagoniste dans un immense flashback (tr\u00e8s <em>cut <\/em>pour l\u2019\u00e9poque), le film peine aujourd\u2019hui \u00e0 nous \u00e9mouvoir. A l&rsquo;instar de son protagoniste, Charles Foster Kane (Orson Welles), un type brillant, balan\u00e7ant punchline sur punchline. Les t\u00e9moignages ext\u00e9rieurs (son \u00e9pouse, son meilleur ami (Joseph Cotten*)) contrebalancent malignement ce portrait hagiographique, mais il faut arriver \u00e0 la toute fin du film pour toucher du doigt la d\u00e9tresse du personnage. Et saluer au passage la m\u00e9tamorphose incroyable de Welles en Kane \u00e2g\u00e9 &#8211; il n\u2019a que vingt-cinq ans au moment du tournage. On commence enfin \u00e0 ressentir quelque chose. Charles Foster Kane avait tout, mais il lui manquait l&rsquo;essentiel, ce qui n\u2019existe plus\u00a0: l\u2019enfance, une luge, <em>Rosebud<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Massacre \u00e0 la Tron\u00e7onneuse<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le film de Tobe Hoper, 33 ans apr\u00e8s <strong>Citizen Kane<\/strong>, n&rsquo;est \u00e9videmment pas sur le m\u00eame registre, mais c\u2019est \u00e9galement une r\u00e9f\u00e9rence&nbsp;: le premier des <em>slashers<\/em>. Au contraire de <strong>Citizen Kane,<\/strong> ce <strong>Massacre <\/strong>peine \u00e0 d\u00e9coller : une bande de jeunes se balade au fin fond du Texas dans un Combi Volkswagen. Ils prennent en stop un type \u00e9trange, \u00e0 moiti\u00e9 fou, avant de s\u2019arr\u00eater \u00e0 cause d\u2019une panne d\u2019essence. Les voil\u00e0 oblig\u00e9s de dormir dans une maison abandonn\u00e9e. Les ennuis commencent\u2026 au bout de quarante-cinq minutes&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>On voit bien l\u2019installation du sc\u00e9nario-type du <em>slasher <\/em>(des cr\u00e9tins insouciants se font trucider par des <em>rednecks <\/em>revanchards) mais voil\u00e0, <strong>The Texas Chainsaw Massacre<\/strong> est le premier \u00e0 l\u2019exposer. Idem pour les s\u00e9minales sc\u00e8nes <em>gore <\/em>: sculptures en os, masque en chair, gicl\u00e9es de sang et cadavres momifi\u00e9s ont laiss\u00e9 une empreinte ind\u00e9l\u00e9bile qu\u2019on retrouve encore, cinquante ans plus tard, du <strong>Silence des Agneaux<\/strong> \u00e0 <strong>True Detective<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais le film reste assez long et ennuyeux, et surtout pas dr\u00f4le. Aujourd\u2019hui, le <em>slasher <\/em>essaie souvent de produire une terreur de second degr\u00e9 (<strong>Scream<\/strong>, ou les remakes d\u2019Alexandre Aja (<strong>La Colline a des Yeux, Piranhas<\/strong>)\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Pourquoi, alors, juxtaposer ces deux\u00a0films ? <strong>Citizen Kane<\/strong> et <strong>Massacre \u00e0 la Tron\u00e7onneuse<\/strong> sont des moules qui ont produit de brillantes copies. Mais si on le d\u00e9couvre aujourd\u2019hui, le plaisir originel a disparu. Un peu d\u2019admiration, mais beaucoup d\u2019ennui. Il faut expliquer ce que \u00e7a repr\u00e9sente dans l\u2019histoire du cin\u00e9ma, car c\u2019est la seule trace qui reste. Des films moins formellement innovants comme <strong>Les Enfants du Paradis<\/strong> ou <strong>Seul les Anges ont des Ailes<\/strong> produisent encore de l\u2019\u00e9motion\u00a0: ces films sont toujours vivants. <strong>Citizen Kane<\/strong> et <strong>Massacre \u00e0 la Tron\u00e7onneuse<\/strong> sont des films morts. Ils n\u2019en sont pas moins passionnants..<\/p>\n\n\n\n<p>*<em>Malencontreusement confondu avec William Holden par un stagiaire, dans une version pr\u00e9c\u00e9dente de cet article. Merci le Rupelien ! <\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La cin\u00e9philie, c\u2019est l\u2019art du rapprochement. Qui a tourn\u00e9 avec qui&nbsp;? Qui a produit le film dont X \u00e9tait le r\u00e9alisateur ? Voir un film, puis en voir un autre, et leur trouver des points communs. 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