{"id":5680,"date":"2021-10-22T16:22:29","date_gmt":"2021-10-22T14:22:29","guid":{"rendered":"https:\/\/www.cinefast.com\/?p=5680"},"modified":"2022-01-31T16:50:40","modified_gmt":"2022-01-31T15:50:40","slug":"dune-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cinefast.com\/?p=5680","title":{"rendered":"Dune"},"content":{"rendered":"\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0<em>Dieu a cr\u00e9\u00e9 Arrakis pour \u00e9prouver les fid\u00e8les<\/em>\u00a0\u00bb. D\u00e8s le d\u00e9part, Frank Herbert nous avait pr\u00e9venus\u00a0: le <em>Sentier d\u2019Or<\/em> ne serait pas une promenade de sant\u00e9. Un tr\u00e8s grand livre initial, mais des suites de pire en pire (L<em>es Enfants, L\u2019Empereur-Dieu<\/em>\u2026) <a href=\"https:\/\/www.cinefast.com\/?p=2065\">Une adaptation Lynchienne en forme d\u2019accident industriel.<\/a> <a href=\"https:\/\/www.cinefast.com\/?p=2676\">Des s\u00e9ries TV fid\u00e8les mais d\u2019une <em>cheapitude <\/em>abyssale. <\/a><a href=\"https:\/\/www.cinefast.com\/?p=3872\">Une tentative d&rsquo;adaptation par Alejandro Jodorowsky<\/a> qui fait rigoler sur le papier, mais qui aurait d\u00e9clench\u00e9 une guerre sainte si jamais elle avait vu le jour. Sans parler des livres \u00e9crits par le fiston, sur un coin de table. Rien, r\u00e9ellement, n\u2019a \u00e9t\u00e9 \u00e9pargn\u00e9 au fan de <em>Dune<\/em>, sans pour autant \u00e9corcher son estime immod\u00e9r\u00e9e pour le roman original et son univers\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Pour ma part, j\u2019ai menti. J\u2019ai trahi mes amis, qui voyaient pourtant en moi leur <em>Lisan al Gaib<\/em>, la <em>Voix du Dehors<\/em> qui les guiderait sur le <em>Sentier d\u2019Or<\/em>. J\u2019avais promis de les accompagner voir <strong>Dune<\/strong>, mais en v\u00e9rit\u00e9, c&rsquo;\u00e9tait impossible. Il fallait que j&rsquo;y aille seul, le premier jour, \u00e0 l\u2019aube, sans le popcorn des f\u00e2cheux. Sans amis aux pens\u00e9es n\u00e9gatives, ou confits d\u2019extase indue. Il fallait pouvoir pleurer en silence ou crier au g\u00e9nie, seul, apr\u00e8s trente-sept ans d\u2019attente dans le silence de l\u2019Imp\u00e9rium.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;<em>On ne verse pas l\u2019eau des morts<\/em>&nbsp;\u00bb, mais \u00e9videmment, c\u2019est plut\u00f4t de larmes dont il faut parler. Ce n\u2019est pas encore cette fois-ci qu\u2019on verra un vrai film sur <em>Dune<\/em>. Il y a bien une adaptation, sign\u00e9e Denis Villeneuve, qui passe en ce moment en salles, (et rencontre un immense succ\u00e8s), mais pas un film. Ce qui confirme au passage que Villeneuve d\u00e9cline jour apr\u00e8s jour&nbsp;: un chef d\u2019\u0153uvre (<strong>Prisoners<\/strong>), un film exp\u00e9rimental int\u00e9ressant (<strong>Enemy<\/strong>) et depuis, des films pr\u00e9tentieux, esth\u00e9tiques, mais vid\u00e9 de personnages et de sentiments.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme <strong>Dune<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p>Car, malgr\u00e9 l\u2019amour \u00e9vident que Denis Villeneuve porte au livre, le r\u00e9alisateur \u00e9choue (on doute m\u00eame qu\u2019il s&rsquo;y int\u00e9resse) \u00e0 b\u00e2tir une construction dramatique, et \u00e0 cr\u00e9er des personnages charismatiques. <strong>Dune <\/strong>le film est un m\u00e9lange du cin\u00e9ma d\u2019Epinal (une illustration des grandes sc\u00e8nes du livre) et un d\u00e9versoir d\u00e9sordonn\u00e9 des obsessions artistiques \u2013 hors cin\u00e9ma \u2013 de Denis Villeneuve\u2026 &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est en v\u00e9rit\u00e9 tout le contraire d\u2019un Peter Jackson qui a su casser <strong>Le Seigneur des Anneaux<\/strong> sans le d\u00e9truire. Peter Jackson est un cin\u00e9aste, il sait ce qui marche au cin\u00e9ma et ce qui ne marche pas. Il d\u00e9veloppe le personnage d\u2019Arwen, absente du livre, pour cr\u00e9er une <em>love story <\/em>qui emporte le spectateur. Il d\u00e9place l\u2019intrigue des Ents, importante mais peu sexy, pour alterner moments forts et moments faibles.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Villeneuve fait le contraire lors de l\u2019affrontement entre le Duc Leto et le Baron Harkonnen. Il alterne cette sc\u00e8ne cruciale avec une autre, celle de Paul et sa m\u00e8re, refugi\u00e9s dans une tente. Ce montage altern\u00e9 se justifie parce que, dans le livre, ces sc\u00e8nes se passent en m\u00eame temps. Mais Lynch (dont le film n\u2019est pas bon, mais pour d\u2019autres raisons) a compris l\u2019int\u00e9r\u00eat dramatique du suspens autour de \u00ab&nbsp;la dent&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>En renon\u00e7ant \u00e0 poser d\u00e8s le d\u00e9part, les enjeux de ses personnages, Villeneuve se prive de toute r\u00e9solution, et de tout drame. Pourtant, les enjeux existent, ils sont l\u00e0, clairement d\u00e9crits par Herbert\u2026 L\u2019amour entre Leto et Jessica, mais aussi la suspicion, le double jeu potentiel de sa concubine, et les soup\u00e7ons de Thufir Hawat, la menace qui p\u00e8se sur Yueh, sans parler des manigances qui agitent la Maison Harkonnen, ou la Maison Imp\u00e9riale. M\u00eame Lynch r\u00e9ussit (maladroitement) \u00e0 les exposer\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Autre d\u00e9faite du cin\u00e9ma, la musique omnipr\u00e9sente de Hans Zimmer, r\u00e9volutionnaire dans <strong>The Dark Knight<\/strong>, et qui confine au clich\u00e9 aujourd&rsquo;hui. En permanence, elle indique grossi\u00e8rement au spectateur ce qu\u2019il doit ressentir\u00a0: avoir peur, \u00eatre effray\u00e9, pleurer\u2026 Une musique lourde comme les briques, pos\u00e9e \u00e0 la truelle sur le montage de Villeneuve.<\/p>\n\n\n\n<p>Idem pour le design du film, impeccable mais b\u00e9tonn\u00e9&#8230; Villeneuve aime cette architecture brutaliste, et nous l\u2019impose d\u00e9sormais \u00e0 chaque film. Les vaisseaux de <strong>Dune<\/strong> ressemblent aux galets de <strong>Premier Contact<\/strong>. Tout le monde semble vivre dans un d\u00e9cor monumental, comme dans <strong><a href=\"https:\/\/www.cinefast.com\/?p=4830\">Blade Runner 2049<\/a><\/strong>. Ce n&rsquo;est pas un d\u00e9tail, c&rsquo;est l\u00e0 la faiblesse du cin\u00e9aste ; Villeneuve n&rsquo;est pas un intellectuel du cin\u00e9ma, mais un graphiste qui cherche juste \u00e0 traduire sa vision en images. Il ne r\u00e9fl\u00e9chit pas \u00e0 ce que le cin\u00e9ma peut &#8211; <em>et doit<\/em> &#8211; v\u00e9hiculer. Il oublie que le public ne regarde pas des images, mais <em>s\u2019immerge <\/em>dans un univers. Et que tout ce qui constitue cet univers est crucial pour ne pas perdre le spectateur. Ce qui obs\u00e8de aussi bien Hitchcock, (<a href=\"https:\/\/www.cinefast.com\/?p=2848\" data-type=\"URL\" data-id=\"https:\/\/www.cinefast.com\/?p=2848\">qui voulait que l\u2019appartement de l\u2019institutrice des <strong>Oiseaux <\/strong>ne ressemble pas \u00e0 un penthouse de designer<\/a>), ou Ridley Scott (qui voulait que toute l\u2019\u00e9lectronique d\u2019<strong>Alien<\/strong> fonctionne). Villeneuve, lui, se fiche du r\u00e9alisme du moment que c\u2019est beau. Les sc\u00e8nes se d\u00e9roulent dans de grandes pi\u00e8ces rectangulaire, o\u00f9 ne traine ni une chaise, ni un papier. Il fait sombre partout, quelle que soit la plan\u00e8te. On est loin de la richesse graphique de la production d\u2019Anthony Masters, le DA du <strong>Dune <\/strong>lynchien, avec ses costumes victoriens et ses d\u00e9cors incroyables&#8230;*<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a n\u00e9anmoins dans le <strong>Dune <\/strong>de Villeneuve des points positifs : Timoth\u00e9e Chalamet, qui sort largement du lot, malgr\u00e9 les pointures qui l\u2019entourent (Oscar Isaac, Stellan Skarsg\u00e5rd, Josh Brolin, Javier Bardem\u2026) Comme entrevu dans <strong>The King<\/strong>, Chalamet est parfait pour le r\u00f4le&nbsp;: fr\u00eale et fort, timide et charismatique, capable de d\u00e9clencher l\u2019\u00e9motion d\u2019un simple froncement de sourcil. Zendaya fait de m\u00eame en proposant une Chani plus rigoureuse que Sean Young. Les sc\u00e8nes de duels sont r\u00e9ussies, l\u2019arriv\u00e9e sur Arrakis et la description des Fremen et de leur messianisme, particuli\u00e8rement courageuse et r\u00e9ussie**. Les parties dans le d\u00e9sert sont tout aussi magnifiques.<\/p>\n\n\n\n<p>On ira donc voir la suite, sachant qu\u2019en v\u00e9rit\u00e9, on attend l\u2019impossible. <em>Dune <\/em>n&rsquo;est pas adaptable. Pas pour des probl\u00e8mes techniques, tous r\u00e9solus aujourd&rsquo;hui, mais pour un b\u00eate probl\u00e8me de <em>business model<\/em> hollywoodien. <\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/www.cinefast.com\/?p=5697\">Le Professore revient bient\u00f4t<\/a> vous expliquer tout \u00e7a\u2026<\/p>\n\n\n\n<p><em>*Un exemple parmi d\u2019autres&nbsp;: la navette du H\u00e9raut de l\u2019Empereur est gigantesque, mais ne contient que quelques personnes. Les autres vaisseaux sont petits. Pourquoi&nbsp;? Peut-\u00eatre parce que l\u2019Empereur est immens\u00e9ment riche. Dans le Lynch, c&rsquo;est montr\u00e9&nbsp;: l\u2019int\u00e9rieur est enti\u00e8rement en or\u2026<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>** <em>Rappelons que ce film am\u00e9ricain d\u00e9crit des m\u00e9chants capitalistes exploitant sans vergogne un monde moyen-oriental peupl\u00e9 de gentils fanatiques religieux pr\u00eats \u00e0 d\u00e9clencher le Jihad. &nbsp;<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab\u00a0Dieu a cr\u00e9\u00e9 Arrakis pour \u00e9prouver les fid\u00e8les\u00a0\u00bb. D\u00e8s le d\u00e9part, Frank Herbert nous avait pr\u00e9venus\u00a0: le Sentier d\u2019Or ne serait pas une promenade de sant\u00e9. Un tr\u00e8s grand livre initial, mais des suites de pire en pire (Les Enfants, L\u2019Empereur-Dieu\u2026) Une adaptation Lynchienne en forme d\u2019accident industriel. 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