{"id":5346,"date":"2019-05-28T17:35:44","date_gmt":"2019-05-28T15:35:44","guid":{"rendered":"https:\/\/www.cinefast.com\/?p=5346"},"modified":"2019-05-28T17:37:05","modified_gmt":"2019-05-28T15:37:05","slug":"le-trone-de-fer-la-grande-metaphore-finale","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cinefast.com\/?p=5346","title":{"rendered":"Le Tr\u00f4ne de Fer, la grande m\u00e9taphore finale"},"content":{"rendered":"\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>Les grandes s\u00e9ries ne meurent jamais. <strong>Le Tr\u00f4ne de Fer<\/strong>, apr\u00e8s avoir subi toutes les avanies possibles, le manque d\u2019inspiration, la langueur, puis la stupide acc\u00e9l\u00e9ration, menant de fait \u00e0 la destruction de la physique de son monde (distances abolies, et super h\u00e9ros chevauchant des dragons \u00e0 grande vitesse charg\u00e9s de de k\u00e9ros\u00e8ne), le plus grand show du XXI\u00b0 si\u00e8cle se termine de fa\u00e7on \u00e9clatante. <\/p>\n\n\n\n<p>Au bout d\u2019une huiti\u00e8me saison totalement surprenante, aux rebondissements souvent maladroits ou irr\u00e9alistes, <strong>Game of Thrones<\/strong> rattrape tout, dans un ultime \u00e9pisode m\u00e9taphorique et \u00e9poustouflant. <\/p>\n\n\n\n<p>Comme dirait Jonathan Franzen, des erreurs furent commises&nbsp;; Comme dirait Tyrion, elles ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9par\u00e9es. En 75 minutes, la s\u00e9rie boucle non seulement les histoires de son immense cast (sans avoir l&rsquo;air de se presser), donne un cours de philosophie politique, propose une morale revigorante contredisant son propos principal, et se permet de commenter, en mode m\u00e9ta, la propre fascination qu\u2019elle a engendr\u00e9e. Revue de d\u00e9tail\u2026<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Tuer le tyran qui est en nous\n(3 le\u00e7ons de philosophie politique)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>S&rsquo;il est une s\u00e9rie politique, c&rsquo;est bien celle-l\u00e0. 73 \u00e9pisodes sur la conqu\u00eate du pouvoir, le <strong>Tr\u00f4ne de Fer <\/strong>est \u00e0 la s\u00e9rie t\u00e9l\u00e9 ce que <em>Le Prince<\/em> de Machiavel est \u00e0 la politique (1). <\/p>\n\n\n\n<p>Il appartenait aux auteurs de conclure sur la question initiale de la conqu\u00eate du fameux tr\u00f4ne, sachant qu\u2019aucune solution ne pouvait \u00eatre r\u00e9ellement satisfaisante. Si Daenerys gagnait, elle offrait une victoire moralement appropri\u00e9e (le triomphe du tiers-monde opprim\u00e9) mais qui pouvait appara\u00eetre comme Hollywoodienne. Si au contraire Cersei sirotait tranquillement son cabernet dans le Donjon Rouge (probablement la fin la plus <strong>Game of Thrones,<\/strong> au passage), elle d\u00e9courageait le fan qui souhaitait sa mort depuis le d\u00e9but. Quant \u00e0 Jon Snow, le beau gosse, il n&rsquo;avait pas l\u2019air \u00e9quip\u00e9 pour le r\u00f4le de Grand Leader, et sa cote sombrait d\u2019\u00e9pisode en \u00e9pisode\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Pourtant, c&rsquo;est vers lui que se tourne le destin. Par la voix de Machiavel-Tyrion, \u00e9videmment. Daenerys a gagn\u00e9, a extermin\u00e9 toute la ville, et ses alli\u00e9s sont plus inquiets que jamais. Jon rend visite \u00e0 Tyrion, la Main d\u00e9missionnaire. \u00ab&nbsp;<em>La guerre n&rsquo;est pas finie<\/em>&nbsp;\u00bb, lui dit-il en substance. Maintenant que Daenerys-la-Lib\u00e9ratrice est pr\u00eate \u00e0 d\u00e9truire la roue de l\u2019oppression, et qu\u2019elle a, comme tant d\u2019autres, le sentiment d&rsquo;\u00eatre du bon c\u00f4t\u00e9, c&rsquo;est une forme de <em>jihad<\/em> qui s\u2019annonce, une dictature du Bien qui fera des millions de morts. <\/p>\n\n\n\n<p>Premi\u00e8re le\u00e7on&nbsp;: nous aussi, nous avons admir\u00e9 cette jolie princesse lib\u00e9ratrice d\u2019esclaves. Elle l\u2019a pourtant fait dans une furie meurtri\u00e8re sans pr\u00e9c\u00e9dent&nbsp;; sous pr\u00e9texte que c&rsquo;\u00e9tait des m\u00e9chants nobles ou marchands, nous l\u2019avons approuv\u00e9e sans discernement (2).<\/p>\n\n\n\n<p>Tyrion exhorte alors le faible Jon \u00e0 choisir sa destin\u00e9e, lui qui a&nbsp;toujours cherch\u00e9 \u00e0 faire le bon choix, \u00e0 prot\u00e9ger les gens. Lui seul peut d\u00e9sormais tuer le tyran qui s\u2019annonce.&nbsp; <\/p>\n\n\n\n<p>Et c&rsquo;est bien Jon, qu&rsquo;on pr\u00e9sente comme un impuissant depuis cinq \u00e9pisodes, qui va effectivement prendre ses responsabilit\u00e9s, car \u00ab&nbsp;<em>l\u2019amour est plus fort que la Raison&nbsp;<\/em>\u00bb, mais \u00ab&nbsp;<em>le Devoir est la mort de l\u2019Amour<\/em>&nbsp;\u00bb (3).<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s avoir donn\u00e9 une ultime chance \u00e0 Daenerys, l\u2019abjurant de gouverner avec cl\u00e9mence, celle-ci refuse, avec la folie des dictateurs. Emilia Clarke apporte ici tout son talent et sa beaut\u00e9 juv\u00e9nile, ce qui rend ses propos encore plus atroces. Hitler, en version jeune et blonde&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Je sais ce qui est bon&nbsp;<\/em>\u00bb. Et ceux qui pensent autre chose&nbsp;? \u00ab&nbsp;<em>Ils n\u2019ont pas le choix&nbsp;!<\/em>&nbsp;\u00bb (4) Sa mort est alors in\u00e9vitable, dans une sc\u00e8ne sublime d\u2019ambigu\u00eft\u00e9. <\/p>\n\n\n\n<p>Jon a rempli sa mission, il a tu\u00e9 le tyran qui est en nous, celui que nous appelons de nos v\u0153ux. Et il d\u00e9livre au passage la deuxi\u00e8me le\u00e7on politique de <strong>Game of Thrones<\/strong>&nbsp;: ne choisissons pas nos leaders sur leur bonne t\u00eate, leur beaut\u00e9 physique, leur charisme, leur humour. Malgr\u00e9 l\u2019amour que nous leur portons, r\u00e9fl\u00e9chissons\u2026 Elisons nos leaders avec notre t\u00eate. <\/p>\n\n\n\n<p>Et c&rsquo;est exactement ce que vont faire Benioff et Weiss \u00e0 la quaranti\u00e8me minute. <\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e9pisode bascule \u00e0 ce moment-l\u00e0 dans une sc\u00e8ne assez\nartificielle&nbsp;: Tyrion, qui pense \u00eatre condamn\u00e9 \u00e0 mort, est pr\u00e9sent\u00e9 devant\nle conseil des grandes familles de Westeros. Il va alors servir d\u2019arbitre au\nd\u00e9bat politique. Tyrion n\u2019a pas le droit de parler, mais pourtant il va le\nfaire avec \u00e9loquence. On lui demande, comme \u00e0 Machiavel, comment gouverner ce\ntas de ruines que sont devenues les 7 Couronnes. Les chefs des plus puissantes\nmaisons de Westeros, assises, s\u2019opposent \u00e0 Ver Gris, debout. Le chef des Immacul\u00e9s,\nqui vient de perdre sa charismatique patronne, ne demande que justice, refuse\ntout compromis&nbsp;: un autre cycle de guerres se profile \u00e0 l\u2019horizon. <\/p>\n\n\n\n<p>Ser Davos pose la premi\u00e8re pierre&nbsp;: \u00ab&nbsp;N<em>ous nous entretuons depuis longtemps<\/em>&nbsp;\u00bb. Il propose une terre aux Immacul\u00e9s&nbsp;; il y a eu trop de morts, il faut trouver une autre issue. Suit alors un d\u00e9bat surr\u00e9aliste pour trouver un roi. C&rsquo;est la <a href=\"https:\/\/www.cinefast.com\/?p=2901\">Grande Sc\u00e8ne<\/a>. <\/p>\n\n\n\n<p>Premi\u00e8re solution, prendre le plus \u00e2g\u00e9 (Tully), vite remis \u00e0 sa place par le vrai pouvoir (Sansa). La R\u00e9publique, port\u00e9e par Samwell Tarly&nbsp;? Tout le monde rit de bon c\u0153ur (et le spectateur avec\u2026 On y reviendra\u2026) Pourquoi ne pas faire voter les chevaux, pendant qu&rsquo;on y est ! Sinon, il reste la comp\u00e9tence (Tyrion)&nbsp;? \u00c7a ne suffit pas non plus. Qui alors&nbsp;? <\/p>\n\n\n\n<p>Tandis qu\u2019une musique \u00e9l\u00e9giaque s\u2019amorce, Tyrion Lannister sugg\u00e8re alors autre chose&nbsp;: le compromis, c&rsquo;est \u00e0 dire la base de la politique. Prenons le plus petit commun d\u00e9nominateur&nbsp;: l\u2019invalide, l\u2019enfant, le faible, mais aussi le visionnaire&nbsp;: Bran. Et le fait acclamer par les Maisons de Westeros. Samwell avait donc raison&nbsp;; on ne peut plus gouverner par simple h\u00e9ritage, sinon c&rsquo;est une nouvelle guerre de succession. Si la d\u00e9mocratie est un choix un peu radical, commen\u00e7ons par une monarchie \u00e9lective, hors des liens du sang. Car comme le dit Machiavel-Tyrion, \u00ab&nbsp;<em>les fils de rois peuvent \u00eatre tr\u00e8s stupides. [Bran, qui ne peut engendrer] ne nous tourmentera donc pas. D\u00e9sormais, les gouvernants ne na\u00eetront pas, ils seront choisis (5)<\/em>&nbsp;\u00bb. Et Tyrion d\u2019ass\u00e9ner la troisi\u00e8me le\u00e7on de philosophie politique, tout autant destin\u00e9e \u00e0 Ver Gris qu\u2019au spectateur&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em> C&rsquo;est cette roue-l\u00e0 que Daenerys voulait d\u00e9truire\u2026<\/em>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Une fois de plus, les auteurs s\u2019adressent au spectateur. Pourquoi avons-nous ri \u00e0 la suggestion de Samwell Tarly&nbsp;? Apr\u00e8s tout, nous vivons dans des d\u00e9mocraties. Mais nous sommes fascin\u00e9s par ces histoires de rois et de reines, et de princes h\u00e9ritiers du tr\u00f4ne&nbsp;: il suffit de voir la passion qui s\u2019empare des m\u00e9dias \u00e0 la naissance d\u2019un rejeton de la famille royale d\u2019Angleterre (6). Pour autant, ce n&rsquo;est pas le mode de gouvernement que nous avons choisi. Nous nous sommes d\u00e9barrass\u00e9s, souvent violemment, de la royaut\u00e9. Cette Grande Sc\u00e8ne s\u2019apparente en fait \u00e0 une forme de retour sur terre impos\u00e9e au public par les auteurs. Vous \u00eates fascin\u00e9s par tout \u00e7a depuis que vous regardez <strong>Games of Thrones<\/strong>, <strong>Star Wars<\/strong>, ou n\u2019importe quelle <em>heroic fantasy<\/em>), mais r\u00e9fl\u00e9chissez&nbsp;; ces gens-l\u00e0 ne sont que des dictateurs, et vous n\u2019en voudriez pour rien au monde. <\/p>\n\n\n\n<p><strong>La morale de l\u2019histoire (une\nautre vie est possible)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Juger la fin du <strong>Tr\u00f4ne de Fer<\/strong> sur le plan du r\u00e9alisme est un contresens. La fin d\u2019une s\u00e9rie ne peut se comprendre que comme une grande m\u00e9taphore finale. Le but n&rsquo;est plus de fournir des r\u00e9ponses r\u00e9alistes, mais bien de faire passer un message. Qu\u2019avons-nous appris pendant huit ans ? La fin est donc logiquement la partie la plus int\u00e9ressante de ce <em>Season Finale<\/em>, quand l&rsquo;\u00e9pisode s\u2019attarde sur le sort des chouchous des fans&nbsp;: la famille Stark.<\/p>\n\n\n\n<p>Godard disait que le cin\u00e9ma est une affaire de morale, et il n\u2019a jamais autant eu raison. Si <strong>Game of Thrones<\/strong> est r\u00e9ussi, c&rsquo;est parce qu&rsquo;il apporte une morale satisfaisante \u00e0 son histoire. Et m\u00eame si l\u2019on ricane \u00e0 chaque fois que l\u2019on \u00e9voque ce sujet, c&rsquo;est qu&rsquo;on le confond souvent avec <em>LA<\/em> Morale. Mais le plaisir basique que l\u2019on retire d\u2019une \u0153uvre de fiction, c&rsquo;est bien celui-l\u00e0. Si la morale est satisfaisante (m\u00eame s\u2019agissant d\u2019anti-h\u00e9ros comme Tony Soprano ou Tony Montana), le film est r\u00e9ussi. Si la morale est d\u00e9rangeante (<strong>Suicide Squad, Deadpool<\/strong>), pas claire (<strong>HHhH<\/strong>) ou simplement fumeuse (<strong>The Dark Knight Rises<\/strong>), on est choqu\u00e9s ou on reste sur sa faim. <\/p>\n\n\n\n<p>Ici, le final moral est incarn\u00e9 par la famille Stark&nbsp;: chacun sa route, chacun son destin. Il y a d\u2019autres fa\u00e7ons de vivre que la vengeance, la guerre, ou la soif \u00e9ternelle du pouvoir. On n\u2019est pas forc\u00e9s de plier le genou, m\u00eame devant son propre fr\u00e8re, on peut affirmer son ind\u00e9pendance, comme Sansa, nouvelle reine d\u2019Ecosse de Winterfell. On peut se d\u00e9sint\u00e9resser du pouvoir et partir \u00e0 l\u2019aventure, choisir l\u2019exploration, le grand ouest, parce que le pouvoir n\u2019est pas fait pour nous (Arya). Et on peut rester attach\u00e9 \u00e0 ses racines (le Nord) et, en pionnier, \u00e9tendre l\u2019humanit\u00e9 dans des contr\u00e9es r\u00e9put\u00e9es inhospitali\u00e8res, au-del\u00e0 du Mur.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces trois possibilit\u00e9s sont magnifiques, car elles sont\ntotalement incarn\u00e9es par leurs personnages, et leurs acteurs. Arya n\u2019a jamais\ncouru qu\u2019apr\u00e8s l\u2019aventure&nbsp;; m\u00eame si c\u2019est une tueuse, elle ne cherche pas\nle pouvoir. Sansa a toujours voulu \u00eatre une princesse, de mani\u00e8re ridiculement\nadolescente saison 1, et s\u00e9rieusement maintenant, comme un gouvernant cr\u00e9dible.\n<\/p>\n\n\n\n<p>Quant \u00e0 Jon Snow, le personnage mena\u00e7ait de devenir de plus en plus falot. Mais cela s\u2019apparente maintenant \u00e0 une ruse sc\u00e9naristique sign\u00e9e Benioff\/Weiss pour frapper encore plus fort dans ce final \u00e9clatant. <\/p>\n\n\n\n<p>Jon Snow, victime des compromis Ver Gris\/Bran, est condamn\u00e9 \u00e0 retourner \u00e0 la Garde de&nbsp;Nuit. Le voil\u00e0 revenu au point de d\u00e9part, mais en fait, c&rsquo;est un <em>nouveau<\/em> d\u00e9part. Car il part bient\u00f4t \u00e0 la t\u00eate de sauvageons souriants, pour conqu\u00e9rir pacifiquement des territoires au-del\u00e0 du Mur. Et s\u2019enfonce, magnifiquement, dans la for\u00eat des origines, tandis qu&rsquo;une premi\u00e8re fleur repousse : <em>Winter is gone<\/em>. <\/p>\n\n\n\n<p>Le voil\u00e0 porteur d\u2019une morale encore plus importante: nous ne sommes pas <em>destin\u00e9s<\/em> \u00e0 quelque chose, nous sommes <em>ce que nous choisissons de devenir<\/em>. Jon Snow est un targaryen, donc h\u00e9ritier du tr\u00f4ne, donc fou ? (7) Pas du tout&nbsp;: Jon Snow est avant tout le fils d\u2019un p\u00e8re adoptif qui l\u2019a bien \u00e9duqu\u00e9&nbsp;: Ned Stark, le seul v\u00e9ritable h\u00e9ros de la s\u00e9rie. \u00c9lev\u00e9 par un p\u00e8re aimant et dans les bonnes valeurs, son \u00e9ducation prime sur le sang. Ce n\u2019est pas parce que je suis h\u00e9ritier du tr\u00f4ne que je dois en h\u00e9riter, ce n\u2019est pas parce que ma famille est folle que je dois l\u2019\u00eatre, ce n&rsquo;est pas parce que je suis targaryen que je ne suis pas un vrai nordique. Tout simplement parce que j\u2019ai \u00e9t\u00e9 \u00e9duqu\u00e9 ainsi, et que je choisis de le rester\u2026 <\/p>\n\n\n\n<p>Ce n&rsquo;est pas pour rien que le <strong>Tr\u00f4ne de Fer<\/strong> plait \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur du petit cercle de fans de <em>l\u2019Heroic fantasy<\/em>. Car il d\u00e9truit le mythe du surhomme, de la destin\u00e9e, pour y superposer la politique et la vie.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Brisons le quatri\u00e8me mur (et la fascination que nous avons engendr\u00e9e)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab <em>I had nothing to do but think these past two weeks. About our bloody history. &nbsp;About mistakes we\u2019ve made. What unites people? Armies? Gold? Flags? Stories. There\u2019s nothing more powerful in the world than a good story.<\/em>\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Les s\u00e9ries qui se terminent le font tous : un grand flash-back qui r\u00e9unit tous les personnages (8), dont nous sommes follement tomb\u00e9s amoureux (ou alors, que faisons-nous&nbsp;devant notre \u00e9cran huit ans plus tard&nbsp;?(9)). <\/p>\n\n\n\n<p>Ces personnages, nous voulons les revoir une derni\u00e8re fois. Il y a plusieurs fa\u00e7ons de faire sa sortie, en la ratant fa\u00e7on <strong>Lost<\/strong> (finir comme on a dit qu&rsquo;on ne finirait pas), ou fa\u00e7on <strong>Twin Peaks<\/strong> saison 3 (par une immense destruction de tout ce qui a pr\u00e9c\u00e9d\u00e9). On peut aussi finir brillamment (Le <strong>Twin Peaks<\/strong> premi\u00e8re mani\u00e8re avec une fin en forme de boucle, ou <strong>Friday Night lights<\/strong>, dont le final moral et choral ressemble beaucoup \u00e0 celui de <strong>GoT<\/strong>). <\/p>\n\n\n\n<p>On peut aussi ramener tout le cast (<strong>Six Feet Under, The Wire<\/strong>), et les mettre en prison pour l\u2019ensemble de leurs \u0153uvres (<strong>Seinfeld<\/strong>). Les s\u00e9ries les plus malines s\u2019en tirent souvent par une pirouette (<strong>Mad Men, Les Sopranos<\/strong>). <\/p>\n\n\n\n<p>Mais toutes les grandes s\u00e9ries passent par le scandale, et la d\u00e9ception. Et il est normal qu&rsquo;une grande fascination engendre une toute aussi grande frustration. Car chacun, en r\u00e9alit\u00e9, veut <em>sa<\/em> fin. Les d\u00e9sirs des spectateurs sont par d\u00e9finition <em>multiples<\/em>&nbsp;; ils entrent en conflit avec la fin, <em>forc\u00e9ment unique,<\/em> choisie par le sc\u00e9nariste. <\/p>\n\n\n\n<p>Dans <strong>Game of Thrones<\/strong>, le Professore Ludovico en pin\u00e7ait pour Cersei. Et l\u2019ombre de Machiavel esquissait une belle fin pour la plus belle des MILF de Westeros&nbsp;: pendant que les idiots se battaient contre le Prince de la Nuit, la flamboyante rousse ramassait les morceaux, \u00e0 l\u2019instar des am\u00e9ricains laissant les russes d\u00e9faire les nazis. Mais le Professore n&rsquo;est pas sc\u00e9nariste de <strong>Game of Thrones<\/strong>, pas plus que ceux qui souhaitaient&nbsp; que Jon et Daenerys se marient et aient plein de petits targaryens r\u00e9gnant en paix sur le monde. <\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est ce message qui est adress\u00e9 au spectateur, dans la Grande Sc\u00e8ne des Ar\u00e8nes. Un apart\u00e9 th\u00e9\u00e2tral de Tyrion destin\u00e9 en apparence aux familles de Westeros mais en r\u00e9alit\u00e9 au public&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>J&rsquo;ai bien r\u00e9fl\u00e9chi derni\u00e8rement<\/em>&nbsp;\u00bb Vous aussi, le public&nbsp;? Vous en avez \u00e9labor\u00e9 des fins pour GoT, non&nbsp;? \u00ab&nbsp;<em>Mais qu&rsquo;est-ce qui unit vraiment les gens&nbsp;? Les histoires&nbsp;; il n&rsquo;y a rien de plus puissant qu\u2019une bonne histoire\u2026&nbsp;<\/em>\u00bb <\/p>\n\n\n\n<p>Tu dois comprendre, ami spectateur, que tu n\u2019es <em>qu&rsquo;un<\/em> spectateur&nbsp;; on ne peut pas\nfaire plaisir \u00e0 tout le monde, on ne peut pas te donner la fin que tu souhaites.\nR\u00e9veille-toi&nbsp;! Tu ne nous as pas suivis jusque-l\u00e0 pour entendre ce genre\nde fadaises&nbsp;??? Il faut que nous, les auteurs, nous finissions cette\nhistoire, pour vous unir une derni\u00e8re fois. <\/p>\n\n\n\n<p>Alors oui, nous avons \u00ab&nbsp;<em>commis des erreurs, connu des mariages, des guerres, des naissances&nbsp;<\/em>\u00bb, nous avons eu \u00ab&nbsp;<em>nos triomphes, et nos d\u00e9faites<\/em>&nbsp;\u00bb mais tu dois accepter cette fin&nbsp;: Bran sera le d\u00e9positaire de cette histoire, car tu n\u2019as pas d\u2019autre choix, petit spectateur. (10) Tu peux faire tes p\u00e9titions en ligne, rugir sur les r\u00e9seaux sociaux, mais l\u2019artiste, c&rsquo;est <em>nous<\/em>, et <em>personne d\u2019autre<\/em>. M\u00eame pas George Martin, dont tu aurais tout autant critiqu\u00e9 la fin de<em> Game of Thrones <\/em>qui lui reste \u00e0 \u00e9crire\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Tais-toi. <br \/>Arr\u00eate de tout vouloir contr\u00f4ler. <br \/>Regarde. <br \/>Ressens. <br \/>Et pleure&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p><em>(1) Ce n&rsquo;est pas pour rien qu\u2019\u00e0 l&rsquo;\u00e9pisode pr\u00e9c\u00e9dent (S08e05), Twingodex, jeune philosophe de 17 ans, nous faisait remarquer que Daenerys et son dragon-B.52 ne faisaient qu\u2019appliquer le programme du Prince, chapitre 2 \u00ab&nbsp;Comment on doit gouverner les Cit\u00e9s ou Etats qui avant d&rsquo;\u00eatre occup\u00e9s vivaient sous leur propres lois&nbsp;?&nbsp;\u00bb R\u00e9ponse machiav\u00e9lienne&nbsp;: \u00ab&nbsp;En v\u00e9rit\u00e9 il n&rsquo;y a pas d\u2019autre fa\u00e7on s\u00fbre de les poss\u00e9der que de les d\u00e9truire. Et qui devient seigneur d\u2019une cit\u00e9 habitu\u00e9e \u00e0 vivre libre, et ne la d\u00e9truit pas, doit s\u2019attendre \u00e0 \u00eatre d\u00e9truit par elle&nbsp;\u00bb<\/em><br \/><em>(2) \u00ab When she murdered the slavers of Astapor, I&rsquo;m sure no-one but the slavers complained; after all, they were evil men. When she crucified hundreds of Meereenese nobles, who could argue they were evil men? The Dothraki khals she burned alive, they would have done worse to her. Everywhere she goes, evil men die and we cheer her for it. \u00bb<\/em><br \/><em>(3) Tyrion : \u201cLove is more powerful than reason\u201d <br \/>Jon Snow: \u00ab\u00a0Love is the death of duty. And sometimes, duty is the death of love\u00a0\u00bb(4) Daenerys Targaryen: Because I know what is good. And so do you.<\/em><br \/><em>Jon Snow: I don&rsquo;t!<br \/>Daenerys Targaryen: You do! You do, you&rsquo;ve always known!<br \/>Jon Snow: What about everyone else? All the other people who think they know what&rsquo;s good?<br \/>Daenerys Targaryen: They don&rsquo;t get to choose. Be with me. Build the new world with me! This is our reason! It has been from the beginning, since you were a little boy with a bastard&rsquo;s name and I was a little girl who couldn&rsquo;t count to twenty! We do it together! We break the wheel&#8230;together.<\/em><br \/><em>(5) \u00ab&nbsp;Sons of kings can be stupid as you well know. [Bran] will never torment us. That is the wheel your queen wanted to break. From now on, rulers will not be born, they will be chosen. On this spot, by the lords and ladies of Westeros, to serve the realm. \u00bb <\/em><br \/><em>(6) Comme&nbsp;le faisait remarquer quelqu\u2019un, il n&rsquo;y a pas de raison de se passionner pour Archie, le jeune fils de Meghan et Harry&nbsp;; il n\u2019a aucune chance d\u2019atteindre la couronne d\u2019Angleterre. Ou alors, ce serait bien pire que <strong>Game of Thrones<\/strong>. \u00c7a voudrait dire qu\u2019il aurait tu\u00e9 son p\u00e8re, sa m\u00e8re, son oncle, sa tante&nbsp; et son cousin, sans parler de ses grands-parents\u2026<\/em><br \/><em>(7) \u00ab You think our House words are stamped on our bodies when we&rsquo;re born and that&rsquo;s who we are?! Then I&rsquo;d be fire and blood too! She&rsquo;s not her father, no more than you&rsquo;re Tywin Lannister! \u00bb<\/em><br \/><em>(8)<\/em> <em>D\u2019autres sc\u00e8nes sont l\u00e0 pour faire ce passage (Tyrion raconte toutes les horreurs auxquelles il a particip\u00e9, Brienne \u00e9crit une notice flatteuse de Jaime, Samwell termine A Song of Ice and Fire, le nouveau Conseil r\u00e9unit les anciens personnages, etc.) <\/em><br \/><em>(9) \u00ab Why do you think I came all this way? \u00bb<\/em><br \/><em>(10) \u00ab [Bran] is our memory, the keeper of all our stories: wars. weddings. births. massacres. famines. Our triumphs. Our defeats. Our past. \u00bb<\/em> <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les grandes s\u00e9ries ne meurent jamais. Le Tr\u00f4ne de Fer, apr\u00e8s avoir subi toutes les avanies possibles, le manque d\u2019inspiration, la langueur, puis la stupide acc\u00e9l\u00e9ration, menant de fait \u00e0 la destruction de la physique de son monde (distances abolies, et super h\u00e9ros chevauchant des dragons \u00e0 grande vitesse charg\u00e9s de de k\u00e9ros\u00e8ne), le plus [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[8,6],"tags":[],"class_list":["post-5346","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-le-professor-a-toujours-quelque-chose-a-dire","category-series-tv"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.cinefast.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5346","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.cinefast.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.cinefast.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cinefast.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cinefast.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=5346"}],"version-history":[{"count":8,"href":"https:\/\/www.cinefast.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5346\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":5358,"href":"https:\/\/www.cinefast.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5346\/revisions\/5358"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.cinefast.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=5346"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cinefast.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=5346"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cinefast.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=5346"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}