{"id":524,"date":"2009-11-25T19:34:13","date_gmt":"2009-11-25T17:34:13","guid":{"rendered":"http:\/\/www.cinefast.com\/?p=524"},"modified":"2012-03-19T14:56:15","modified_gmt":"2012-03-19T12:56:15","slug":"2012","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cinefast.com\/?p=524","title":{"rendered":"2012"},"content":{"rendered":"<p>Avec <strong>2012<\/strong>, Roland Emmerich signe l&rsquo;impossible retour de la Grosse Connerie Am\u00e9ricaine. Retour car c&rsquo;est bien le come-back d&rsquo;un genre englouti (h\u00e9licos, explosions, immeubles qui s&rsquo;\u00e9croulent), mais impossible retour, car le monde a chang\u00e9 de puis l\u2019Age d\u2019Or de la GCA&#8230;<\/p>\n<p>Car, m\u00eame si on peut le regretter, le film catastrophe am\u00e9ricain, la GCA (<strong>Independence Day, Armageddon, Volcano, Le Pic de Dante<\/strong>) a compl\u00e8tement disparu des \u00e9crans. Un coupable ? Oussama Ben Laden, qui offrit un jour de septembre, en direct et en vrai, la destruction de New York et du Pentagone, deux figures de style incontournable de la GCA. Une r\u00e9alit\u00e9 qui a semble-t-il vaccin\u00e9 pendant dix ans le public US contre la fiction, ses explosions, ses tours qui s&rsquo;\u00e9croulent, et sa Maison Blanche en flammes.<\/p>\n<p>Un autre ph\u00e9nom\u00e8ne, artistique lui, est pass\u00e9 par l\u00e0 : le blockbuster intelligent. Apr\u00e8s <strong>Titanic<\/strong>, et ses personnages creus\u00e9s, apr\u00e8s <strong>Deep Impact<\/strong>, et son g\u00e9nial m\u00e9lange m\u00e9lo-filial et ast\u00e9ro\u00efdes dans la gueule, il n&rsquo;est plus possible de faire aujourd&rsquo;hui un film comme <strong>2012<\/strong>. Eh bien Roland Emmerich l&rsquo;a fait, en r\u00e9alisant un film parfaitement distrayant, mais d&rsquo;une connerie abyssale.<\/p>\n<p>On passera rapidement sur l&rsquo;aspect distraction, puisqu&rsquo;il est quasi acquis que vous irez le voir, sinon vous auriez d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 chroniquer ailleurs : oui, les images sont parfaites (malgr\u00e9 beaucoup de s\u00e9quences en vid\u00e9o HD. Eh oui, c&rsquo;est comme \u00e7a, maintenant, ma ptite dame !), les effets sp\u00e9ciaux sont bluffants (la jolie vague, la jolie lave, les beaux navions), m\u00eame si on n&rsquo;est plus gu\u00e8re bluff\u00e9s par les effets sp\u00e9ciaux aujourd&rsquo;hui&#8230;<\/p>\n<p>Non, ce qui est consternant dans <strong>2012<\/strong>, c&rsquo;est la b\u00eatise du sc\u00e9nario. Et c&rsquo;est un type qui v\u00e9n\u00e8re Armageddon qui vous dit \u00e7a&#8230;<\/p>\n<p>Tous les poncifs y passent. Le p\u00e8re, divorc\u00e9 (John Cusack), la femme, remari\u00e9e \u00e0 &#8230; Un chirurgien esth\u00e9tique. Le jeune noir id\u00e9aliste. Le pr\u00e9sident noir id\u00e9aliste. Veuf. Le conseiller blanc du Pr\u00e9sident, corrompu (il s&rsquo;appelle Had\u00e8s). Le m\u00e9chant magnat russe et ses deux enfants ob\u00e8ses. La ma\u00eetresse blonde (et donc fofolle) du magnat russe. Etc, etc.<\/p>\n<p>Comme dans <strong>Le Pic de Dante<\/strong>, ceux qui ont p\u00e9ch\u00e9 sont condamn\u00e9s : les gros, les russes, les chirurgiens esth\u00e9tiques&#8230; Les gentils sont sauv\u00e9s : le divorc\u00e9, les enfants, la femme, et comme l&rsquo;a th\u00e9oris\u00e9 Michael Haneke dans <strong>Funny Games<\/strong>, le chien*\u2026Et puis toujours, cette incroyable contradiction am\u00e9ricaine : les riches ont toujours le mauvais r\u00f4le dans un pays qui v\u00e9n\u00e8re l&rsquo;argent.<\/p>\n<p>Le probl\u00e8me de <strong>2012<\/strong>, c&rsquo;est, encore une fois, de rater son genre. Si Roland Emmerich veut faire une trag\u00e9die, il doit lorgner du cot\u00e9 de <strong>Deep Impact<\/strong> ou <strong>Titanic<\/strong>. S&rsquo;il cherche le divertissement, il doit assumer le fun d&rsquo;<strong>Armageddon<\/strong>, le d\u00e9lire <strong>Fast &amp; Furious<\/strong>, la d\u00e9mesure <strong>Transformers<\/strong>, l&rsquo;humour <strong>Pirates des Cara\u00efbes<\/strong>&#8230;<\/p>\n<p>Quelques exemples :<\/p>\n<p>Les sc\u00e8nes tragiques ne fonctionnent pas dans <strong>2012<\/strong>. On rit \u00e0 gorges d\u00e9ploy\u00e9e, et \u00e9videmment ce n&rsquo;est pas voulu. Pourquoi !? Les personnages n&rsquo;ont aucune \u00e9paisseur psychologique, et sont jou\u00e9s par des com\u00e9diens sans \u00e2me, et surtout, sans personnage.<\/p>\n<p>Au contraire, Tea Leoni, dans <strong>Deep Imp<\/strong>act a un vrai personnage : jeune journaliste, belle, carri\u00e9riste, dou\u00e9e, appr\u00e9ci\u00e9e de ses chefs, mais en conflit avec son p\u00e8re. Ces \u00e9l\u00e9ments, lentement amen\u00e9s dans le film, \u00e9clairent superbement ses choix \u00e0 la fin du film : l&rsquo;\u00e9motion est l\u00e0.<\/p>\n<p>Dans <strong>Titanic<\/strong>, les seconds r\u00f4les ont une histoire, m\u00eame minime. Le couple de retrait\u00e9s qui se couchent paisiblement dans leur cabine envahi par l&rsquo;eau, la m\u00e8re qui endort ses enfants avec un conte de f\u00e9es, ces sc\u00e8nes seraient ridicules, si ces personnages n&rsquo;avaient pas \u00e9t\u00e9 \u00ab pos\u00e9es \u00bb avant par Cameron.<\/p>\n<p>Roland Emmerich aurait pu choisir l&rsquo;autre option, fun, r\u00e9publicaine, mauvais esprit, Simpson-Bruckheimer, mais il est trop pr\u00e9tentieux pour cela. Il agite pourtant les m\u00eames th\u00e8mes : \u00ab <em>Washington vient d&rsquo;\u00eatre balay\u00e9e ! <\/em>\u00bb \u00ab <em>Bonne nouvelle ! Depuis le temps qu&rsquo;il fallait nettoyer ce bazar !<\/em> \u00bb\u2026 Le porte-avion <em>Kennedy <\/em>qui \u00e9crase la Maison Blanche (attention, symbole !), et toujours cette vision simplificatrice du monde (les tib\u00e9tains, sages, les chinois, ouvriers, les indiens, scientifiques, les italiens, cathos, les fran\u00e7ais, en DS&#8230;) Mais il manque par trop d&rsquo;humour, pour que la sauce prenne. Le film veut \u00eatre pris au s\u00e9rieux : il l&rsquo;est.<\/p>\n<p>Finalement, Emmerich est comme toujours le cul entre deux chaises : pas vraiment am\u00e9ricain (il est allemand), il a le syndrome de l&rsquo;immigr\u00e9**, et fait tout pour \u00eatre am\u00e9ricain, en s\u2019emparant de la mythologie US : <strong><a href=\"http:\/\/www.cinefast.com\/?p=402\">The Patriot<\/a>,<\/strong> <strong>Independance Day<\/strong>&#8230; Mais il n&rsquo;y est jamais vraiment, et ne peut s&#8217;emp\u00eacher \u00e0 chaque fois de d\u00e9truire l&rsquo;Am\u00e9rique : dans <strong>Le Jour d&rsquo;Apr\u00e8s<\/strong>, les yankees demandent l&rsquo;asile (sublime ironie !) aux mexicains !!!<br \/>\nDans <strong>2012<\/strong>, l&rsquo;Am\u00e9rique est engloutie et c&rsquo;est l&rsquo;Afrique qui survit&#8230;<\/p>\n<p>Dans <strong>Deep Impact, Armageddon, Transformers<\/strong>, et m\u00eame <strong>La Guerre des Mondes<\/strong>, la M\u00e8re Patrie est toujours sauv\u00e9e \u00e0 la fin&#8230;<\/p>\n<p>Allez, Roland, encore un effort pour \u00eatre am\u00e9ricain&#8230;<\/p>\n<p><em>* Qui s&#8217;empressa d&rsquo;en tuer un d\u00e8s la premi\u00e8re sc\u00e8ne de sa terrifiante critique du cin\u00e9ma am\u00e9ricain.<\/em><\/p>\n<p>** Th\u00e8se d\u00e9fendue par A.G. Beresford. (Cette chronique n&rsquo;aurait pu \u00eatre possible sans le concours, dans la salle puis au pub, de deux docteurs honoris causa de la GCA, James Malakansar et A.G., qui comptent plusieurs dizaines de GCA \u00e0 leur actif. Qu\u2019ils en soient publiquement remerci\u00e9s ici.)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Avec 2012, Roland Emmerich signe l&rsquo;impossible retour de la Grosse Connerie Am\u00e9ricaine. 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