{"id":5055,"date":"2018-04-29T16:23:55","date_gmt":"2018-04-29T14:23:55","guid":{"rendered":"http:\/\/www.cinefast.com\/?p=5055"},"modified":"2018-04-30T13:53:14","modified_gmt":"2018-04-30T11:53:14","slug":"godless","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cinefast.com\/?p=5055","title":{"rendered":"Godless"},"content":{"rendered":"<p>Le <em>big sky<\/em>. Ce n&rsquo;est pas seulement le titre original de <strong> <a href=\"http:\/\/www.cinefast.com\/?p=851\">La Captive aux Yeux Clairs<\/a> <\/strong>d\u2019Howard Hawks, c&rsquo;est la meilleure d\u00e9finition que l\u2019on pourrait donner de la Terre des Fantasmes, quelques secondes apr\u00e8s y avoir pos\u00e9 pour la premi\u00e8re fois le pied. Quand on arrive aux \u00c9tats-Unis d&rsquo;Am\u00e9rique, c&rsquo;est ce qui vous frappe en premier : le ciel. Un immense et bleu, devant, derri\u00e8re, sur les c\u00f4t\u00e9s, sans limite. Un ciel de paradis, blanc comme les nuages qui y paressent\u2026 Un pays de g\u00e9ants, incroyablement beau. <\/p>\n<p>C&rsquo;est aussi ce qui frappe de prime abord dans <strong>Godless <\/strong>: la magnifique repr\u00e9sentation \u2013 renouvel\u00e9e \u2013  de cette immensit\u00e9. Pourtant, elle n\u2019a pas manqu\u00e9 de glorieux repr\u00e9sentants dans le western classique, de la <em>Monument Valley<\/em> de John Ford, aux \u00e9tendues neigeuses immacul\u00e9es de <strong>Jeremiah Johnson<\/strong>. Mais c&rsquo;est comme si Scott Frank avait su trouver pour Godless de nouveaux pinceaux, une nouvelle palette, pour filmer l\u2019ouest, ses grandes plaines, ses d\u00e9serts et ses for\u00eats.<\/p>\n<p>Pour une fois nous allons faire chronique commune avec <a href=\"https:\/\/planetarrakis.wordpress.com\/2018\/04\/29\/godless\/\">Planet Arrakis<\/a>, le blog de jeu de r\u00f4le du Professore. Car par un effet de synchronicit\u00e9 typiquement Jungien, ce qui se passe dans la vie se passe dans la s\u00e9rie, et inversement. Le Professore Ludovico anime depuis quelques mois une partie de jeux de r\u00f4le western baptis\u00e9 <strong>La Nuit des Chasseurs<\/strong>*. L&rsquo;un de ses joueurs, l&rsquo;auguste Beresford, nous signale <strong>Godless<\/strong>, \u00ab une s\u00e9rie qui va vous plaire \u00bb, tant elle ressemble aux aventures qui nous occupent autour de la table de jeu. On regarde donc. Et on est fascin\u00e9 par les ressemblances : la vieille mine, la ville du <em>Wild West<\/em>, son saloon et ses putes, les indiens qui r\u00f4dent, les soldats perdus de la Guerre de S\u00e9cession\u2026 Normal, dira-t-on : dans les deux cas, on fait appel aux clich\u00e9s du western, mais cela va bien au-del\u00e0. Dans le jeu, Karl Ferenc (il y a beaucoup de Cinefasters, \u00e0 commencer par Le Snake, autour de la table), tire dans le genou d&rsquo;un journaliste pour lui apprendre la vie. Dans le film, la peintre tire dans le genou pour apprendre la vie \u00e0 un Agent Pinkerton. Il y a un cercueil, bourr\u00e9 de dollars, qui tra\u00eene quelque part dans <strong>La Nuit des Chasseurs<\/strong>. Idem dans <strong>Godless<\/strong>. Et une ambiance fantastico-biblique p\u00e8se sur le <em>fatum <\/em>des deux fictions.<\/p>\n<p>Les clich\u00e9s, malgr\u00e9 leur mauvaise r\u00e9putation, <em>font<\/em> le genre, au cin\u00e9ma, en jeu de r\u00f4le, en litt\u00e9rature. Ils sont les piliers sur lesquels le public s\u2019appuie pour s\u2019aventurer en terrain connu, et connivent, avec l\u2019auteur. Pas de film de zombie sans blonde hurlante, pas de film de guerre sans soldat h\u00e9ro\u00efque, pas d\u2019<em>heroic fantasy<\/em> sans princesse \u00e0 sauver\u2026 Sans, vraiment ? Pourtant, pas de blonde hurlante dans <strong>Walking Dead<\/strong>, pas de soldat h\u00e9ro\u00efque dans <strong>La Ligne Rouge<\/strong>, et pas de princesse \u00e0 sauver (c&rsquo;est plut\u00f4t le contraire !) dans <strong>Game of thrones<\/strong>\u2026 <\/p>\n<p>Car pour faire \u0153uvre, il faut transcender les limites du genre, les respecter, les violer, bref, jouer avec. C\u2019est exactement ce que fait Scott Frank dans <strong>Godless <\/strong>: plut\u00f4t que d\u2019aligner ces clich\u00e9s, il les transcende**, d\u00e9montrant qu\u2019avec du travail et du talent, on peut passer du produit commun de s\u00e9rie B au pur chef d&rsquo;\u0153uvre. Car ce n&rsquo;est pas un western normal, m\u00eame si sa forme et son propos restent \u00e9tonnamment classiques. <\/p>\n<p><strong>Godless <\/strong>est d\u2019abord  extraordinairement esth\u00e9tique (ne ratez pas les vingt premi\u00e8res minutes, jamais on a film\u00e9 comme cela les grandes plaines sous l\u2019orage). Mais ses histoires sont toutes simples, pour ne pas dire \u00e9ternelles. Un outlaw sur la voie de la r\u00e9demption, un sh\u00e9rif veuf, inconsolable, et \u00e0 la ramasse, une fermi\u00e8re m\u00e8re courage, et un vieux gangster revenu de tout, <em>godless<\/em>, qui veut r\u00e9cup\u00e9rer un magot et se venger. <\/p>\n<p>Mais dans cette soupe de l\u00e9gumes classique, Scott Frank, sc\u00e9nariste averti d\u2019Hollywood pour pointures 90\u2019s (Branagh, Spielberg, Sonnenfeld, Soderbergh***) ajoute des \u00e9pices tout \u00e0 fait \u00e9tonnantes. La ville est sp\u00e9ciale, peupl\u00e9e quasi uniquement de femmes depuis l\u2019effondrement de la mine qui a tu\u00e9 leurs maris. De cet \u00e9v\u00e9nement quasi biblique, Scott Frank tire parti pour lancer l\u2019id\u00e9e d\u2019une utopie f\u00e9ministe anachronique, \u00e0 l\u2019aube du XX\u00b0 si\u00e8cle. Et fait de ces femmes des personnages qui ont les clefs en mains : au-del\u00e0 de la trag\u00e9die, voil\u00e0 une incroyable opportunit\u00e9 de devenir ma\u00eetresse de son propre destin. On verra ainsi s\u2019esquisser un personnage lesbien absolument pas ridicule (ce qu&rsquo;il craignait fort d&rsquo;\u00eatre), des femmes fortes et de faibles femmes, des hommes forts qui se r\u00e9v\u00e8le faibles et vice versa\u2026<\/p>\n<p>De <strong>Titanic<\/strong>, on disait ici que c&rsquo;\u00e9tait un film con, car les films cons osent tout, et c&rsquo;est \u00e0 \u00e7a qu&rsquo;on les reconna\u00eet. On pourrait dire la m\u00eame chose de <strong>Godless<\/strong>, une s\u00e9rie conne qui ose tout et r\u00e9ussit tout. Un film f\u00e9minin et f\u00e9ministe, un western d\u2019action et contemplatif, une histoire de r\u00e9demption et l\u2019impossibilit\u00e9 de la r\u00e9demption, des histoires d\u2019amour (qui finissent mal en g\u00e9n\u00e9ral\u2026) Tout en maintenant une tension \u00e9rotique pendant six \u00e9pisodes sans jamais succomber \u00e0 la tentation d\u2019en montrer plus\u2026<\/p>\n<p>Et ce n&rsquo;est rien dire des grands acteurs qui transforment ces clich\u00e9s en personnages de chair de et de sang, o\u00f9 m\u00eame les pires ordures auront leur moment de gloire. Car Godless est peupl\u00e9 de ces acteurs \u00ab B \u00bb dont personne (sauf les cinefasters) connaissent le nom :  Jack O&rsquo;Connell (<strong>Skins, \u201971, HHhH<\/strong>), Michelle Dockery (<strong>Downtown Abbey<\/strong>), Scoot McNairy (<strong>Halt&#038;Catch Fire, Monsters, Twelve years a Slave, Fargo<\/strong>), Merritt Wever (<strong>The Walking Dead<\/strong>), Thomas Brodie-Sangster (<strong>Le Labyrinthe, Game of Thrones<\/strong>), Sam Waterston (<strong>La D\u00e9chirure, The Newsroom<\/strong>), Jeff Daniels (<strong>Speed, The Newsroom, The Looming Tower<\/strong>) \u2026<\/p>\n<p>Si une s\u00e9rie est capable de vous donner envie de dresser des \u00e9talons, que vous dire de plus ? <\/p>\n<p><em>* <a href=\"http:\/\/www.misterfrankenstein.com\/wordpress\/?p=4205\"><strong>La Nuit des Chasseurs<\/strong>, par Yno, disponible ici<\/a>&#8230;<br \/>\n** <strong>La Nuit des Chasseurs<\/strong>, aussi, m\u00eame si cette transcendance reste enti\u00e8rement aux mains des joueurs et du Maitre de Jeu<br \/>\n*** qui coproduit <strong>Godless<\/strong><\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le big sky. Ce n&rsquo;est pas seulement le titre original de La Captive aux Yeux Clairs d\u2019Howard Hawks, c&rsquo;est la meilleure d\u00e9finition que l\u2019on pourrait donner de la Terre des Fantasmes, quelques secondes apr\u00e8s y avoir pos\u00e9 pour la premi\u00e8re fois le pied. 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