{"id":4940,"date":"2018-01-20T18:34:26","date_gmt":"2018-01-20T17:34:26","guid":{"rendered":"http:\/\/www.cinefast.com\/?p=4940"},"modified":"2018-01-20T19:04:44","modified_gmt":"2018-01-20T18:04:44","slug":"full-metal-jacket-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cinefast.com\/?p=4940","title":{"rendered":"Full Metal Jacket"},"content":{"rendered":"<p>Quand Kubrick, en 1987, lance <strong>Full Metal Jacket<\/strong>, il est aur\u00e9ol\u00e9 du succ\u00e8s de <strong>Shining<\/strong>. Pourtant, tout le monde pense qu&rsquo;il arrive bien trop tard. La vague Vietnam, lanc\u00e9 en 1978 par <strong>Le Retour<\/strong>, de Hal Ashby, est en fin de cycle ; tous les grands sont pass\u00e9s par l\u00e0 et ont sign\u00e9 des chefs-d&rsquo;\u0153uvre : Oliver Stone, Francis Ford Coppola, Michael Cimino.  <\/p>\n<p>Comme tous les Kubrick, <strong>Full Metal Jacket<\/strong> d\u00e9\u00e7oit donc de prime abord. Pas de jungle, pas d\u2019h\u00e9lico en furie sur du Wagner, pas de questionnement Nietzsch\u00e9en, pas de soldat en d\u00e9tresse prisonnier du Vi\u00eat-minh. Au contraire, <strong>Full Metal Jacket<\/strong> se passe en ville (la bataille de Hue, en 1968) et est bizarrement structur\u00e9 en deux parties ; une qui suit les huit semaines de classe des Marines, et l\u2019autre o\u00f9 l\u2019on retrouve deux protagonistes au Vietnam, pendant cette offensive du T\u00eat. <\/p>\n<p>Car Kubrick as une id\u00e9e particuli\u00e8re \u00e0 l&rsquo;esprit ; il a d\u00e9test\u00e9 <strong>Officier et Gentleman<\/strong>, la bluette militaro-romantique de Taylor Hackford et en particulier son sergent dur mais juste. <strong>Full Metal Jacket<\/strong> doit r\u00e9gler son sort \u00e0 cette mythologie. <\/p>\n<p>Sa premi\u00e8re mission va \u00eatre de trouver un acteur cr\u00e9dible dans le r\u00f4le. Il a engag\u00e9 comme consultant un vrai sergent instructeur, R. Lee Ermey, mais celui-ci ne se prive pas de dire qu\u2019aucun des acteurs ne tient la route. D&rsquo;ailleurs, il pourrait le faire, lui. Selon la l\u00e9gende, Kubrick lui r\u00e9pond gentiment non. Celui-ci lui claque alors un garde-\u00e0-vous, hurlant , que quand on parle au <em>Drill Instructor<\/em>, on se tient debout ! Kubrick, en un r\u00e9flexe, s&rsquo;ex\u00e9cute\u2026 et le recrute. Il ne le regrettera pas : Ermey est extraordinaire dans le r\u00f4le, et prouvera ensuite qu\u2019il est capable de jouer ailleurs (<strong>Seven, Meurtres \u00e0 Alcatraz, Mississipi Burning, Dead Man Walking, Toy Story<\/strong> !)<\/p>\n<p>Le film va n\u00e9anmoins \u00eatre un succ\u00e8s et, progressivement, comme les autres Kubrick, devenir un classique tandis que la concurrence s&rsquo;efface progressivement (<strong>Platoon<\/strong>, pour ne pas le nommer). Car comme les autres \u0153uvres, <strong>Full Metal Jacket <\/strong>est riche de th\u00e9matiques fortes. Voir ci-dessous. <\/p>\n<p><strong>La patrouille perdue<\/strong><br \/>\nC&rsquo;est comme si, depuis le d\u00e9but, Kubrick faisait toujours le m\u00eame film. Depuis <strong>Peur et D\u00e9sir<\/strong>, le th\u00e8me des <em>soldats perdus<\/em> irrigue son \u0153uvre. Soit en majeur, la patrouille \u00e9gar\u00e9e \u00e9tant le c\u0153ur de l\u2019intrigue (<strong>Full Metal Jacket, Les Sentiers de la Gloire, Dr Folamour<\/strong>, et m\u00eame, d&rsquo;une certaine mani\u00e8re, l\u2019errance d\u2019<strong>Eyes Wide Shut<\/strong> \u2026), soit en mineur (un \u00e9pisode de <strong>Barry Lyndon<\/strong>, les astronautes perdus dans l\u2019espace de <strong>2001<\/strong>, les <em>droogs <\/em>perdus dans la campagne anglaise d\u2019<strong>Orange M\u00e9canique<\/strong> \u2026) Mais le th\u00e8me est l\u00e0, toujours pr\u00e9sent ; des hommes se perdent, au-del\u00e0 de leur ligne de front, et retournent \u00e0 la sauvagerie. En se trahissant eux-m\u00eames (<strong>Les Sentiers de la Gloire, Orange M\u00e9canique<\/strong>), ou en se s&rsquo;oubliant symboliquement (Bill Hartford ou Redmond Barry). Et souvent, le sexe n&rsquo;est pas loin. Redmond Barry trouve l&rsquo;amour aupr\u00e8s d&rsquo;une jolie paysanne allemande, Bill Hartford exp\u00e9rimente sa sexualit\u00e9, les soldats de 14 des <strong>Sentiers <\/strong>s\u2019\u00e9meuvent devant le chant d&rsquo;une prisonni\u00e8re allemande. Ici, comme dans <strong>Peur et D\u00e9sir<\/strong>, la patrouille s&rsquo;\u00e9gare vraiment, et finit dans les brouillards des fumig\u00e8nes. Et ici aussi, on attaque et on d\u00e9truit une femme, en une ultime et d\u00e9risoire incarnation de la virilit\u00e9. <\/p>\n<p><strong>La femme viol\u00e9e <\/strong><br \/>\nC\u2019est pr\u00e9sent d\u00e8s le titre de <strong>Peur et D\u00e9sir<\/strong> ! Et le th\u00e8me du viol irrigue tout le film : on parle de prendre des femmes dans toute la premi\u00e8re partie. Et pour cause : pas une femme \u00e0 l\u2019horizon dans le dortoir de Parris Island, et pour seul trou, comme le rappelle le Sgt Hartman (\u00ab\u00a0<em>l\u2019Homme bien Dur<\/em>\u00ab\u00a0), leur M-16 !*<br \/>\nLe th\u00e8me revient au Vietnam avec les prostitu\u00e9es, dont l\u2019une refuse de coucher avec un noir \u00e0 cause de son trop gros sexe, mais qui est forc\u00e9 d\u2019accepter. Et l\u2019id\u00e9e revient dans la sc\u00e8ne finale avec la sniper vietminh\u2026<\/p>\n<p><strong>Le masque <\/strong><br \/>\nIl y a beaucoup de masques chez Kubrick, mais ici, c&rsquo;est au premier degr\u00e9. Du sergent Hartman qui joue les terreurs, mais qui demande aussi, indice de son fonctionnement, au Soldat Guignol de lui montrer sa \u00ab <em>war face<\/em> \u00bb, c&rsquo;est \u00e0 dire un visage et un cri de guerre. Un masque. La <em>war face <\/em>de Guignol n&rsquo;est pas vraiment convaincante, mais elle fera pourtant l&rsquo;affaire.<br \/>\nUn autre masque est l\u00e0, c\u2019est celui, beaucoup plus inqui\u00e9tant du Soldat Baleine. Le \u00ab <em>visage du mal<\/em> \u00bb kubrickien, d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sent dans <strong>Shining <\/strong>ou <strong>Orange m\u00e9canique<\/strong>, c\u2019est ce regard diabolique, vu d\u2019en-dessous, avec son petit sourire satanique. Baleine est pass\u00e9 dans de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, il est d\u00e9j\u00e0 en enfer. Et porte sur lui le masque du diable. <\/p>\n<p><strong>L\u2019enfer<\/strong><br \/>\nLe final de <strong>Full Metal Jacket<\/strong> est dantesque, dans le sens litt\u00e9ral. Ce n&rsquo;est pas l\u2019apocalypse selon St Coppola ; quelques <em>marines <\/em>contre une seule sniper, mais film\u00e9 au milieu des flammes, comme si nos personnages d\u00e9barquaient au beau milieu de la <em>Divine Com\u00e9die<\/em>. M\u00e9taphoriquement en enfer, ils vont presque mourir, puis avoir \u00e0 prendre une d\u00e9cision hors de la vie, hors de la morale. Il est facile de tuer \u00e0 100m, au bout d\u2019un fusil, mais achever quelqu&rsquo;un \u00e0 bout portant n&rsquo;est pas aussi simple. Ce que va apprendre Guignol \u00e0 ses d\u00e9pens. <\/p>\n<p><strong>Paint it, black<\/strong><br \/>\nLa chanson finale des Rolling Stones n&rsquo;est pas innocente. Kubrick expliquait \u00e0 l\u2019\u00e9poque \u00e0 <em>Premi\u00e8re<\/em>, qu&rsquo;il avait, comme dans ses autres films, trait\u00e9 tr\u00e8s attentivement la musique et essay\u00e9 d\u2019\u00e9viter les anachronismes. C&rsquo;est donc de la musique de 1968, de la chanson patriotique country <em>Hello Vietnam<\/em> au <em>Paint it black<\/em> final. Mais cette chanson est bien plus importante, tant elle s\u2019applique \u00e0 toute l\u2019\u0153uvre kubrickienne : peindre, mais en noir. <\/p>\n<p>Des bas-fonds Angelinos de <strong>l\u2019Ultime Razzia<\/strong>, aux d\u00e9sarrois sexuels de la haute bourgeoisie newyorkaise, de l\u2019homme conqu\u00e9rantdans les espaces infinis, au roturier au coeur de la lutte des classes du XVIII\u00b0si\u00e8cle, Kubrick n\u2019aura fait que peindre l\u2019humanit\u00e9 en noir. Son obscurit\u00e9 terrible (<strong>Shining<\/strong>), ses bassesses (<strong>Barry Lyndon<\/strong>), sa b\u00eatise crasse (<strong>Dr Folamour<\/strong>), son absence de rep\u00e8res moraux (<strong>Orange M\u00e9canique<\/strong>). Kubrick, c&rsquo;est l\u2019\u0153uvre au noir. Comme il se plaisait \u00e0 le dire, la vie n&rsquo;est pas comme dans les films de Frank Capra. <\/p>\n<p><strong>L&rsquo;Idiot<\/strong><br \/>\nIl y a beaucoup d&rsquo;idiots chez Kubrick : George Peatty, le cocu de <strong>l&rsquo;Ultime Razzia<\/strong>, Humbert Humbert de <strong>Lolita<\/strong>, le G\u00e9n\u00e9ral Turgidson de <strong>Dr Folamour<\/strong>, ou les parents d&rsquo;Alex dans <strong>Orange Mecanique<\/strong>. Mais Joker est une incarnation plus subtile de la b\u00eatise, de l&rsquo;inconscience humaine.  Si Joker est le pire des idiots, c&rsquo;est parce qu&rsquo;il est avant tout un gar\u00e7on intelligent et cultiv\u00e9, qui s\u2019engage librement l\u00e0 o\u00f9 tant d\u2019autres sont oblig\u00e9s d\u2019aller \u00e0 la guerre. Par go\u00fbt de l\u2019aventure, lui qui veut \u2013 moiti\u00e9 s\u00e9rieux, moiti\u00e9 provocateur \u2013 d\u00e9couvrir une grande civilisation et \u00eatre le premier de son quartier \u00e0 avoir un mort \u00e0 son actif.** <\/p>\n<p>Mais <strong>Full Metal Jacket<\/strong> peint aussi une forme de r\u00e9silience amorale. Joker devra affronter la r\u00e9alit\u00e9 lors de la sc\u00e8ne finale, et sera rattrap\u00e9 par sa b\u00eatise, mais il n&rsquo;en tirera aucune r\u00e9demption. C&rsquo;est le miroir invers\u00e9 de la sc\u00e8ne de la jonque dans <strong>Apocalypse Now<\/strong>. <\/p>\n<p>Willard est le ch\u0153ur grec de la trag\u00e9die du Vietnam. En ach\u00e8vant un bless\u00e9, \u00e0 la stup\u00e9faction des GIs qui l\u2019accompagnent, il est l\u2019<em>acteur conscient du chaos<\/em> mais il en tire pour autant une morale, \u00e0 la fois <em>pour eux<\/em> (\u00ab <em>Je vous avais bien dit de ne pas vous arr\u00eater <\/em>\u00bb) <em>et <\/em>pour le spectateur  (\u00ab <em>Je vous avais dit de ne pas vous engager dans cette guerre stupide<\/em>\u00bb). Joker, lui, est <em>l\u2019idiot utile<\/em>. Il voulait rester un observateur narquois et distant, mais voil\u00e0 que ses hommes l\u2019obligent \u00e0 mettre les mains dans le merdier : il devra achever <em>personnellement<\/em> la sniper vietminh, aux d\u00e9pens de sa sant\u00e9 mentale, mais sans en tirer un quelconque enseignement moral. <\/p>\n<p>Et par cons\u00e9quent, dans le final, dantesque lui aussi (des ombres marchent \u00e0 la surface incendi\u00e9e d&rsquo;un  monde d\u00e9truit) Joker sera, tel l\u2019Alex d\u2019<strong>Orange M\u00e9canique<\/strong>, gu\u00e9ri. <\/p>\n<p>Retourn\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e2ge d\u2019enfant, il pourra chanter tel un <em>boy scout<\/em>, la <em>marche de Mickey Mouse<\/em> aux doubles sens guerriers***. Qu&rsquo;est-ce que l\u2019arm\u00e9e, qu&rsquo;est-ce que la guerre, sinon l\u2019autorisation donn\u00e9e aux grands gar\u00e7ons de retourner \u00e0 une forme de b\u00eatise enfantine ?  <\/p>\n<p>Joker pourra d\u00e9sormais vivre \u00ab <em>dans un monde de merde<\/em> \u00bb, mais il sera vivant.<br \/>\nEt il n&rsquo;aura plus peur. <\/p>\n<p><em>*\u00ab Tonight, you pukes will sleep with your rifles. You will give your rifle a girl&rsquo;s name because this is the only pussy you people are going to get. \u00bb<\/p>\n<p>** \u00ab I wanted to see exotic Vietnam&#8230; the crown jewel of Southeast Asia. I wanted to meet interesting and stimulating people of an ancient culture&#8230; and kill them. I wanted to be the first kid on my block to get a confirmed kill! \u00bb<\/p>\n<p>*** \u00ab We&rsquo;ll have fun, we&rsquo;ll meet new faces.<br \/>\nWe&rsquo;ll do things and we&rsquo;ll go places.<br \/>\nAll around the world were marching.<br \/>\nWho&rsquo;s the leader of the club,<br \/>\nThat&rsquo;s made for you and me?<br \/>\nM-I-C-K-E-Y M-O-you-S-E!<br \/>\nForever man has held a banner<br \/>\nHigh, high, high. High! \u00bb<\/p>\n<p><\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Quand Kubrick, en 1987, lance Full Metal Jacket, il est aur\u00e9ol\u00e9 du succ\u00e8s de Shining. Pourtant, tout le monde pense qu&rsquo;il arrive bien trop tard. 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