{"id":457,"date":"2009-09-10T20:29:13","date_gmt":"2009-09-10T18:29:13","guid":{"rendered":"http:\/\/www.cinefast.com\/?p=457"},"modified":"2017-11-27T15:49:33","modified_gmt":"2017-11-27T14:49:33","slug":"eyes-wide-shut","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cinefast.com\/?p=457","title":{"rendered":"Eyes Wide Shut"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/www.cinefast.com\/?p=337\">J&rsquo;avais pris des engagements Kubrickiens au d\u00e9but de l&rsquo;ann\u00e9e<\/a>, et puis vous savez ce que c&rsquo;est, le boulot s&rsquo;accumule (<strong>The Wire-Lost-les Tudors<\/strong>), et on a le temps de rien. Et puis tout \u00e0 coup hier soir, l&rsquo;insomnie pointe : il est temps de regarder <strong>Eyes Wide Shut<\/strong>.<\/p>\n<p>Ce qui est important de noter, tout d&rsquo;abord, c&rsquo;est que c&rsquo;est le dernier film de Kubrick. On dit que les chats sentent leur mort venir, eh bien les grands cin\u00e9astes, aussi. Le grand Stanley se l\u00e2che dans <strong>Eyes Wide Shut <\/strong>comme jamais. On retiendra par exemple que le dernier mot prof\u00e9r\u00e9 \u00e0 jamais par le Ma\u00eetre (du moins, dans ses films, mais s&rsquo;est-il jamais exprim\u00e9 ailleurs ?), ce dernier mot, c&rsquo;est \u00ab Fuck \u00bb.<\/p>\n<p>\u00c7a ouvre \u00e0 toutes les interpr\u00e9tations possibles (<em>fuck <\/em>the studio, <em>fuck <\/em>la censure), mais pas besoin d&rsquo;aller bien loin : <strong>Eyes Wide Shut <\/strong>est le <strong>2001 <\/strong>du sexe. Du fessier de Nicole Kidman (plan 1), \u00e0 cette derni\u00e8re r\u00e9plique, rien n&rsquo;aura chang\u00e9 sous le soleil : on d\u00e9clinera le fuck \u00e0 toutes les sauces.<\/p>\n<p>Alors Kubrick, pervers p\u00e9p\u00e8re sur le retour ? S\u00fbrement pas, tant son \u0153uvre est irrigu\u00e9e par le sexe : des sous-entendus graveleux de <strong>Spartacus<\/strong>, des orgies de <strong>Barry Lyndon <\/strong>\u00e0 <strong>Orange M\u00e9canique<\/strong>, des viols de <strong>Full Metal Jacket <\/strong>aux probl\u00e8mes de fluides corporels de <strong>Dr Folamour<\/strong>, le sexe n&rsquo;est pas ce qui manque aux films du sexologue SK. Avec en ligne de mire, l\u2019irrationalit\u00e9 de nos pulsions, la sauvagerie bestiale du d\u00e9sir. <\/p>\n<p>Mais l\u00e0, dans EWS, il y a une ambition particuli\u00e8re : faire un film entier l\u00e0-dessus, sur le d\u00e9sir et la jalousie, sur l&rsquo;incompr\u00e9hension entre les sexes. Et une autre ambition, plus perverse : faire tourner ensemble le couple le plus <em>hot <\/em>du moment, Cruise-Kidman. Un viol des conventions, deux giga-stars vont tourner ensemble, faire l&rsquo;amour ensemble, puis avec d&rsquo;autres, se d\u00e9chirer, une prise de risque \u00e9norme pour des acteurs de ce niveau. Mais bon, qui refuse quelque chose \u00e0 Kubrick ?<\/p>\n<p>\u00c7a commence donc tr\u00e8s fort, comme un <em>disclaimer <\/em>de jeu vid\u00e9o : interdit au moins de 18 ans, on n&rsquo;est pas l\u00e0 pour rigoler. Premier plan : les fesses de Mrs Kidman. Deuxi\u00e8me plan : Nicole s&rsquo;essuie apr\u00e8s avoir fait pipi. Troisi\u00e8me plan, elle remet sa culotte. En 1999, le choc est \u00e9norme : on entre dans les cuisines des Cruise. Imaginez aujourd&rsquo;hui la m\u00eame chose avec Angelina Jolie et Brad Pitt&#8230;<\/p>\n<p>Mais cet effet de banalit\u00e9, appliqu\u00e9 sur des stars habitu\u00e9es au Walhalla Hollywoodien, c&rsquo;est \u00e0 la fois une m\u00e9thode de domination de Stanley (\u00ab <em>Vous ferez tout ce que je vous demanderais <\/em>\u00bb), mais aussi un introduction au propos d&rsquo;Eyes Wide Shut : Qui suis-je ? Qui est r\u00e9ellement ma femme ? O\u00f9 suis-je dans l&rsquo;\u00e9chelle sociale ?<\/p>\n<p>Car Bill Harford a toutes les raisons d&rsquo;\u00eatre satisfait de lui-m\u00eame : m\u00e9decin new-yorkais r\u00e9put\u00e9, femme superbe, petite fille gentille, appartement somptueux orn\u00e9 de toiles de ma\u00eetre*, et des amis hauts plac\u00e9s. Pourquoi semble-t-il aussi coinc\u00e9, pendant cette premi\u00e8re demi-heure du film ? Pourquoi sa femme semble-t-elle exc\u00e9d\u00e9e, d\u00e8s qu&rsquo;elle n&rsquo;est plus dans le champ de vision de son mari ?<\/p>\n<p>Bill Harford va bient\u00f4t d\u00e9couvrir qu&rsquo;il vit dans une illusion, et que, si haut que l&rsquo;on soit dans l&rsquo;\u00e9chelle sociale, on est toujours le laquais de quelqu&rsquo;un. Bill Harford, grand m\u00e9decin, n&rsquo;est que l&rsquo;\u00e9boueur de gens beaucoup plus puissants que lui.<\/p>\n<p>Comme l&rsquo;a formidablement racont\u00e9 Frederic Raphael dans son livre <em>Deux ans avec Kubrick<\/em>, le r\u00e9alisateur n&rsquo;a jamais vraiment expliqu\u00e9 le changement radical appliqu\u00e9 \u00e0 la nouvelle de Schnitzler, <em>Rien qu\u2019un R\u00eave<\/em>. Dans cette nouvelle, qui se d\u00e9roule dans le Vienne du d\u00e9but du si\u00e8cle, c&rsquo;est d&rsquo;antis\u00e9mitisme dont il s&rsquo;agit. Le bon docteur croit \u00eatre introduit dans la bonne soci\u00e9t\u00e9 viennoise, mais juif il est, juif il restera. Fascin\u00e9 par cette nouvelle, Kubrick a r\u00eav\u00e9 toute sa vie de l&rsquo;adapter, et a fini par le faire. Mais il a demand\u00e9 \u00e0 son co-sc\u00e9nariste de la goyiser au maximum, en insistant notamment sur le fait que le h\u00e9ros devait avait un nom WASP, et passe-partout. Bill Harford \u00e9tait n\u00e9.<\/p>\n<p>Cette volont\u00e9 simplificatrice, outre l&rsquo;espoir de gommer peut-\u00eatre certains aspects autobiographiques douloureux pour Kubrick, a s\u00fbrement aussi pour but de renforcer l&rsquo;aspect conte de f\u00e9es d&rsquo;<strong>Eyes Wide Shut<\/strong>. Car c&rsquo;est bien d&rsquo;un conte de f\u00e9es dont il s&rsquo;agit. Un conte pour adultes, pour adultes consentants, mais quand m\u00eame un conte de f\u00e9es.<\/p>\n<p>Le h\u00e9ros, gentil prince, subira mille \u00e9preuves pour revenir \u00e0 la maison, transform\u00e9 mais heureux. On ajouterait bien \u00ab pour toujours \u00bb, mais Nicole Kidman nous l\u2019interdit : \u00ab <em>Forever ? Je n&rsquo;aime pas ce mot<\/em> \u00bb. <\/p>\n<p>Avant, notre petit poucet aura travers\u00e9 toutes les tentations du sexe, sans y succomber. Toutes les perversions, m\u00eame : triolisme (les deux filles \u00e0 la f\u00eate), prostitu\u00e9es, p\u00e9dophilie (la tr\u00e8s jeune fille du loueur de costume), homosexualit\u00e9 (le gardien d&rsquo;h\u00f4tel), n\u00e9crophilie (Amanda \u00e0 la morgue), et bien s\u00fbr, la fameuse orgie.<\/p>\n<p>Pourquoi Bill en est arriv\u00e9 l\u00e0 ? Tout simplement parce qu\u2019\u00e0 la 33\u00e8me minute, Mme Kidman lance le film. Un peu shoot\u00e9e, un peu pompette, elle d\u00e9molit soudain son ben\u00eat de mari, qui croit tout savoir sur les femmes, le d\u00e9sir, les aspirations humaines. Et qui &#8211; tr\u00e8s m\u00e2le am\u00e9ricain -, aime sa femme, ne peut envisager l&rsquo;adult\u00e8re, et ne peut envisager que sa femme l&rsquo;envisage \u00ab <em>I love you. You&rsquo;re my wife. I know you. I trust you. I won\u2019t do it because you\u2019re my wife\u2026<\/em> \u00bb<\/p>\n<p>Mais mon pauvre, lui r\u00e9pond-elle, tu connais que dalle ! Non seulement tu ne comprends rien \u00e0 mes d\u00e9sirs, mais rien non plus aux tiens ! <\/p>\n<p>Cette r\u00e9v\u00e9lation d\u00e9stabilise le pauvre Bill, qui entame alors son odyss\u00e9e nocturne. Auparavant, Kubrick nous a inflig\u00e9e trente minutes p\u00e9nibles, \u00e0 contre-temps du reste du film : la soir\u00e9e chez les Ziegler. Les dialogues y sont longs, tr\u00e8s volontairement \u00e9tir\u00e9s, Cruise et Kidman jouent faux. On se demande dans quelle gal\u00e8re on est tomb\u00e9. Pourtant, les indices kubrickiens sont l\u00e0 : nous sommes dans une phase pr\u00e9paratoire : observe bien l&rsquo;insecte Bill, ami spectateur, car c&rsquo;est de lui le h\u00e9ros de cette histoire. Ce gar\u00e7on est faux, mais pas mauvais au fond. Sa femme va lui donner la bonne le\u00e7on dont il a besoin.<\/p>\n<p>Cette le\u00e7on, c&rsquo;est Manhattan, l&rsquo;\u00eele de la Tentation : abasourdi par les r\u00e9v\u00e9lations, ivre de vengeance, ressassant inutilement les images fantasmatiques de quelque chose qui n&rsquo;a pas eu lieu (sa femme et l&rsquo;officier de Marine), Bill Harford dans ses p\u00e9r\u00e9grinations nocturnes va avoir maintes occasions de se venger de sa femme. Il ne cherche rien ; les femmes viennent \u00e0 lui\u2026 Bizarrement, il ne c\u00e8de \u00e0 aucune. Un coup de fil de sa femme ? Il lui ment, mais renonce \u00e0 coucher avec la jolie prostitu\u00e9e. La vieille fille est pr\u00eate \u00e0 l&#8217;emballer dans la chambre m\u00eame o\u00f9 son p\u00e8re vient de mourir ? Le professionnalisme du Dr Harford reprend le dessus. On lui propose une mineure pas farouche, il refuse. Il retrouve la pute toxico de chez Ziegler \u00e0 la Morgue ; plus trop professionnel, il se penche pour embrasser le cadavre, mais renonce, \u00e0 dix centim\u00e8tres du visage. Quand on est en conflit avec son d\u00e9sir, dirait le psy, c&rsquo;est qu&rsquo;on ne se conna\u00eet pas bien. Le Professore confirme : Bill Harford ne sait plus qui il est. Il passe son temps, d&rsquo;ailleurs, \u00e0 justifier son identit\u00e9 : \u00ab Je <em>suis le Dr Harford <\/em>\u00bb en montrant fr\u00e9n\u00e9tiquement sa carte de m\u00e9decin.<\/p>\n<p>Mais le vrai test, c&rsquo;est \u00e9videmment l&rsquo;Orgie, sc\u00e8ne centrale du film, \u00e9tendard de Eyes Wide Shut. Bill Harford croit \u00eatre quelqu&rsquo;un ? Comment mieux le prouver qu\u2019en entrant dans le Saint des Saints, r\u00e9serv\u00e9 aux initi\u00e9s qui connaissent le mot de passe magique ? Malgr\u00e9 la gentille f\u00e9e (\u00e0 poil) qui tente de le dissuader, il pers\u00e9v\u00e9ra au risque de perdre la vie. La f\u00e9e devra se sacrifier pour le sauver. Mais, humiliation supr\u00eame, l&rsquo;\u00e9preuve n&rsquo;en \u00e9tait pas une, cette c\u00e9r\u00e9monie terrifiante n&rsquo;\u00e9tait qu\u2019un  jeu de r\u00f4les pour capitaines d&rsquo;industries partouzeurs. Un, mon petit Bill, tu ne fais pas partie de ce milieu, et deux, tu es un sacr\u00e9 parano ! Si au lieu de fantasmer, tu allais baiser ta femme, pour commencer ?<\/p>\n<p>Cette chronique ne serait pas compl\u00e8te sans un passage en revue des th\u00e8mes d&rsquo;Eyes Wide Shut. Marchons en cela dans les traces du livre s\u00e9minal de Michel Ciment, <em>Kubrick <\/em>&#8211; que toute personne consid\u00e9rant le cin\u00e9ma comme un art &#8211; devrait lire une fois dans sa vie.<\/p>\n<p><strong>Le Diable <\/strong><\/p>\n<p>Pour un film sur la tentation, qui emprunte parfois ses codes au film d&rsquo;horreur (musique, \u00e9clairage), la pr\u00e9sence du Grand Fourchu dans <strong>Eyes Wide Shut <\/strong>n&rsquo;\u00e9tait pas une surprise. Il appara\u00eet par deux fois, en s\u00e9ducteur hongrois chez les Ziegler, puis sous la forme du pianiste (petite barbiche, sourire machiav\u00e9lique, et \u00e9clairage en contre plong\u00e9e&#8230;) Le satanisme n&rsquo;est pas loin, dans la c\u00e9r\u00e9monie initiatique de l&rsquo;orgie, mais aussi dans ces \u00e9tranges \u00e9clairage de No\u00ebl chez les Ziegler, qui font penser \u00e0 des pentacles mal\u00e9fiques. Mais apr\u00e8s, tout, Victor Ziegler n&rsquo;est-il pas le vrai diable dans cette affaire ?<\/p>\n<p><strong>Eros et Thanatos<\/strong><\/p>\n<p>On dit que la pr\u00e9sence de la mort est indispensable \u00e0 la m\u00e9canique du d\u00e9sir : Kubrick reprend en tout cas cette th\u00e8se \u00e0 son compte. Avant d&rsquo;\u00eatre \u00e9rotique, <strong>Eyes Wide Shut <\/strong>fait surtout peur. Musique glaciale de l\u2019orgie (oppos\u00e9e \u00e0 la soupe jazzy de la f\u00eate new-yorkaise), masques terrifiants, d\u00e9claration d&rsquo;amour dans la chambre d&rsquo;un mort, embrassade de cadavres, sans parler du sida qui tra\u00eene : Kubrick joue sur les contrastes. L&rsquo;\u00e9clairage du film est \u00e0 l&rsquo;avenant, opposant le violent au pastel, et les beiges\/orang\u00e9es, couleurs chaudes de la vie, au bleus glacials de la nuit et de la mort.<\/p>\n<p><strong>L&rsquo;odyss\u00e9e<\/strong><\/p>\n<p>On pense \u00e9videmment \u00e0 Hom\u00e8re, et son h\u00e9ros voguant sur des oc\u00e9ans dangereux, tandis que son \u00e9pouse est rest\u00e9e \u00e0 la maison. Bill rencontre des sir\u00e8nes et des monstres, et rentrera aussi \u00e0 la maison, heureux apr\u00e8s un beau voyage. Mais on pense aussi \u00e0 Joyce, \u00e0 l&rsquo;errance de Daedalus, le cocu de Dublin, et au monologue de Molly.<\/p>\n<p><strong>Venise\/Shakespeare<\/strong><\/p>\n<p>Pas \u00e0 proprement parler un th\u00e8me, mais plut\u00f4t un motif : Venise, ou plut\u00f4t une Venise de pacotille, une Venise shakespearienne, parcourt le film. Les masques bien s\u00fbr, Dom Juan et le Commandeur, mais aussi Fidelio, et la pizzeria V\u00e9rone, ostensible dans les rues de New York.<\/p>\n<p><strong>Le conte de f\u00e9es<\/strong><\/p>\n<p>Sa femme s&rsquo;appelle Alice, et elle l&rsquo;entra\u00eene dans un <em>wonderland <\/em>pour adultes. Mais d&rsquo;autres emprunts signe l&rsquo;aspect fabuleux d&rsquo;<strong>Eyes Wide Shut <\/strong>: les deux filles proposent d&#8217;emmener Bill \u00ab <em>under the rainbow <\/em>\u00bb, allusion au <strong>Magicien d&rsquo;Oz<\/strong>. Il finit par y aller, seul : le magasin de costumes s&rsquo;appelle Rainbow. On y trouve des japonais bizarres, dont l&rsquo;un d&rsquo;entre eux est m\u00eame habill\u00e9 en lapin ! Et l\u00e0, la fille du costumier murmure, presque de mani\u00e8re inaudible (comme un sort, ou un code secret) : \u00ab <em>Vous devriez prendre un col d&rsquo;Hermine <\/em>\u00bb. Myst\u00e8re et boule de gomme\u2026<\/p>\n<p>L&rsquo;orgie est aussi une c\u00e9r\u00e9monie initiatique : mot de passe, d\u00e9guisement, masque pour entrer au ch\u00e2teau. Une gentille f\u00e9e essaie de le pr\u00e9venir, comme dans un r\u00eave. Mais il sera d\u00e9masqu\u00e9 et humili\u00e9, par son talon d&rsquo;Achille : il ne connaissait pas un mot de passe&#8230; qui en fait n&rsquo;existe pas, comme le r\u00e9v\u00e9lera le Magicien (Ziegler). Au final, nous r\u00e9alisons de plus que tout cela n&rsquo;est rien qu\u2019un r\u00eave&#8230;<\/p>\n<p><strong>Les masques<\/strong><\/p>\n<p>C&rsquo;est le gimmick du film, sa signature, mais c&rsquo;est surtout qu\u2019<strong>Eyes Wide Shut <\/strong>est un film sur les apparences. Bas les Masques ! Derri\u00e8re le gentil bourgeois, p\u00e8re aimant, mari attentionn\u00e9 se cache quelqu&rsquo;un d&rsquo;autre. Bill ne cesse de se cacher, derri\u00e8re une multitude masques : son nom, sa profession, son professionnalisme froid et mesur\u00e9 (porte d&rsquo;entr\u00e9e dans la haute bourgeoisie, ou porte de sortie chez la vieille fille). Il croit pouvoir se cacher en empruntant des codes (mot de passe, d\u00e9guisement), mais est trahi par son ignorance (il n&rsquo;existe pas de mot de passe), sa b\u00eatise (le contrat de location), et sa basse extraction (il est venu en taxi).<\/p>\n<p><strong>No\u00ebl <\/strong><\/p>\n<p>C&rsquo;est le positionnement dans le temps de cette histoire (la fin de l&rsquo;ann\u00e9e), mais c&rsquo;est s\u00fbrement plus que \u00e7a. Dans presque tous les d\u00e9cors, il y a des sapins de No\u00ebl. Au d\u00e9but assez \u00e9vidents, ils deviennent un sujet d&rsquo;interrogations a posteriori, d&rsquo;autant que le film se termine dans un magasin de jouets. Car en rentrant chez lui apr\u00e8s son ultime \u00e9preuve, Tom Cruise \u00e9teint le Sapin. Il ne croit plus au P\u00e8re No\u00ebl ? Sa femme va le ramener au magasin, et &#8211; gentille M\u00e8re No\u00ebl -, le rassurer et lui confier le fin mot de l&rsquo;histoire : \u00ab <em>Il ne reste qu&rsquo;une chose \u00e0 faire, <\/em>(maintenant que nous ne sommes plus des enfants ?) <em>: baiser !<\/em> \u00bb<\/p>\n<p><strong>Eyes Wide Shut<\/strong>, comme tous les Kubrick, fut une d\u00e9ception \u00e0 sa sortie, pour les Kubrickiens en premier, t\u00e9tanis\u00e9s par la rumeur que le Ma\u00eetre, mort avant la sortie, n&rsquo;aurait pas fini le film. Il d\u00e9\u00e7ut aussi la Warner, qui avait pari\u00e9 beaucoup sur le caract\u00e8re porno de l&rsquo;affaire et sur le scandale aff\u00e9rent : on masqua les corps aux USA, mais le film ne fut pas remont\u00e9. Au final, <strong>Eyes Wide Shut<\/strong> ramena de l&rsquo;argent, comme tous les Kubrick : 55 millions de dollars (pour un budget de 65M$, et fini par gagner de l\u2019argent \u00e0 l\u2019international). Comme tous les Kubrick, il est r\u00e9guli\u00e8rement diffus\u00e9 \u00e0 la t\u00e9l\u00e9, signe \u00e9vident de la post\u00e9rit\u00e9 qui s&rsquo;annonce&#8230; Annonciateur de la vague porno-chic, le film a fait \u00e9cole. Mais surtout, il reste le dernier t\u00e9moignage d&rsquo;un auteur r\u00e9put\u00e9 misanthrope, et qui laisse pourtant un film plein d&rsquo;humanit\u00e9.<\/p>\n<p><em>* sign\u00e9 par Mme Kubrick, comme dans Orange M\u00e9canique<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>J&rsquo;avais pris des engagements Kubrickiens au d\u00e9but de l&rsquo;ann\u00e9e, et puis vous savez ce que c&rsquo;est, le boulot s&rsquo;accumule (The Wire-Lost-les Tudors), et on a le temps de rien. Et puis tout \u00e0 coup hier soir, l&rsquo;insomnie pointe : il est temps de regarder Eyes Wide Shut. 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