{"id":4390,"date":"2016-10-19T23:31:49","date_gmt":"2016-10-19T21:31:49","guid":{"rendered":"http:\/\/www.cinefast.com\/?p=4390"},"modified":"2022-02-23T18:07:30","modified_gmt":"2022-02-23T17:07:30","slug":"heat-la-grande-scene","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cinefast.com\/?p=4390","title":{"rendered":"Heat, La Grande Sc\u00e8ne"},"content":{"rendered":"<p>Hier sur NRJ 12, c&rsquo;\u00e9tait la <a href=\"http:\/\/www.cinefast.com\/?p=2901\">Grande Sc\u00e8ne <\/a>de <strong>Heat<\/strong>. La sc\u00e8ne du tunnel, o\u00f9 Neil (Robert De Niro), qui a tout r\u00e9ussi, apr\u00e8s deux heures de trahisons, de flics pugnaces, d\u2019ennemis implacables, et d\u2019alli\u00e9s \u00e9limin\u00e9s, \u00e0 garder n\u00e9anmoins l\u2019argent de son hold-up, \u00e0 sauver une partie de son gang, et m\u00eame \u00e0 convaincre sa belle (Amy Brenneman) de partir avec lui en Nouvelle-Z\u00e9lande pour oublier tout \u00e7a et b\u00e2tir une nouvelle vie. Le bonheur, enfin. La paix. Mais Neil va, contre toute attente, retarder son d\u00e9part pour se venger. Un choix fatal qui va se terminer en trag\u00e9die. Car la d\u00e9finition de la trag\u00e9die, c&rsquo;est bien quand le h\u00e9ros agit &#8211; en toute irrationalit\u00e9 &#8211; contre son int\u00e9r\u00eat.<\/p>\n<p>C&rsquo;est sublimement film\u00e9. Neil est dans sa voiture. Il roule dans un oc\u00e9an de lumi\u00e8res qui s\u2019appelle Los Angeles. Neil appelle une derni\u00e8re fois son mentor (Jon Voight) qui lui confirme que tout est bien qui finit bien ; un avion l\u2019attend, il est dans les temps \u00ab <em>So, so long, brother. You take it easy. You&rsquo;re home free<\/em> \u00bb. Mais qui lui dit aussi, parce que c&rsquo;est le code de l\u2019honneur du Milieu, qui lui dit que l\u2019objet de sa vengeance, le n\u00e9onazi Waingro, le traitre qui a plant\u00e9 le gang depuis le d\u00e9but, est \u00e0 l\u2019h\u00f4tel <em>Marquis<\/em>, pas loin de l&rsquo;A\u00e9roport. Il lui dit parce qu\u2019il serait impardonnable que cela ne soit pas dit. Mais bien s\u00fbr, ajoute-t-il, c&rsquo;est trop tard. Oui, dit Neil, c&rsquo;est trop tard. Il raccroche. Il sourit.<\/p>\n<p>Ce moment-l\u00e0, Michael Mann ne le filme pas n\u2019importe comment, il le filme de mani\u00e8re irr\u00e9elle. Magique. Parce que ce moment-l\u00e0, c&rsquo;est le destin. Le moment o\u00f9 la vie bascule. La voiture entre dans un tunnel \u00e9clair\u00e9 d\u2019une lumi\u00e8re blanche, s\u00e9pulcrale, intense. Puis on passe au bleu, qui est la couleur de Heat. De Niro sourit, Brenneman sourit. Et le sourire de De Niro se fige. Les spectateurs ont d\u00e9j\u00e0 compris ; il va faire demi-tour, se venger, parce que la vengeance est in\u00e9luctable, elle est dans les g\u00e8nes du personnage depuis le d\u00e9but. Et \u00e9videmment mourir. La trag\u00e9die \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat pur.<\/p>\n<p>Pourquoi est-ce la Grande Sc\u00e8ne ? Parce que si une grande sc\u00e8ne d\u00e9finit un film ou un s\u00e9rie, alors cette sc\u00e8ne-l\u00e0 d\u00e9finit \u00e9videmment <strong>Heat<\/strong>, la grande trag\u00e9die grecque de Michael Mann. Ou plut\u00f4t un ensemble de trag\u00e9dies grecques entrecrois\u00e9es.<\/p>\n<p>L\u2019affrontement d\u2019un gangster gentleman (De Niro) et d\u2019un flic voyou (Al Pacino), la d\u00e9sesp\u00e9rance d\u2019une gamine suicidaire (Natalie Portman) en qu\u00eate d\u2019un p\u00e8re de substitution (Pacino, encore), des couples qui se d\u00e9chirent (Pacino\/Venora ou Kilmer\/Judd), la lutte implacable entre les voyous qui ont un code de l&rsquo;honneur (la bande Neil) et ceux qui n&rsquo;en ont pas (les autres).<\/p>\n<p>Le g\u00e9nie de Michael Mann est bien s\u00fbr de m\u00e9langer tout cela, \u00e0 l\u2019instar de ce dernier acte o\u00f9 le r\u00e9alisateur lie la trag\u00e9die de la belle fille de Vincent Hanna (Natalie Portman), et celle Neil, incapable de r\u00e9sister \u00e0 l\u2019appel de la vengeance.<\/p>\n<p><em>Don\u2019t tell. Show.<\/em> Si quelqu&rsquo;un sait faire cela, c&rsquo;est bien le Michael Mann de <strong>Heat<\/strong>, qui, non content de d\u00e9clamer la plus belle ode qui soit \u00e0 Los Angeles, utilise toute la force du symbole pour raconter son histoire. Exemple parmi d&rsquo;autres : De Niro chez lui, dans son appartement trop grand, qui regarde la temp\u00eate \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur, m\u00e9taphore de la temp\u00eate int\u00e9rieure qui l\u2019habite. Ou encore la derni\u00e8re sc\u00e8ne des amoureux maudits (Chris\/Charlene) o\u00f9, d\u2019un simple geste de la main, Ashley Judd (dans son plus beau r\u00f4le) quitte l&rsquo;amour de sa vie, mais lui sauve la sienne.<\/p>\n<p>C&rsquo;est \u00e7a le cin\u00e9ma. Un cin\u00e9ma sans dialogue, la pure expression de l\u2019image, de la musique, des visages des acteurs, des m\u00e9taphores et des symboles. Quand, dans le dernier plan, De Niro mourant tend la main pour que Pacino y mette la sienne, c&rsquo;est le Dieu et l\u2019Adam de la Chapelle Sixtine. Et il devient \u00e9vident que doit alors retentir le <em>God Moving Over The Face Of The Waters<\/em> de Moby. Qui est aussi le deuxi\u00e8me verset de la Gen\u00e8se *<\/p>\n<p>D\u00e8s cette image, <strong>Heat <\/strong>devint un classique.<\/p>\n<p><em>*\u00ab La terre \u00e9tait informe et vide: Il y avait des t\u00e9n\u00e8bres \u00e0 la surface de l&rsquo;ab\u00eeme, et l&rsquo;esprit de Dieu se mouvait au-dessus des eaux. \u00bb<br \/>\nGen\u00e8se 1.2<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Hier sur NRJ 12, c&rsquo;\u00e9tait la Grande Sc\u00e8ne de Heat. 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