{"id":386,"date":"2009-03-27T19:16:17","date_gmt":"2009-03-27T17:16:17","guid":{"rendered":"http:\/\/www.cinefast.com\/?p=386"},"modified":"2015-10-12T18:03:51","modified_gmt":"2015-10-12T16:03:51","slug":"archives-kubrick","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cinefast.com\/?p=386","title":{"rendered":"Archives Kubrick"},"content":{"rendered":"<p>C&rsquo;est une histoire assez dr\u00f4le, et en m\u00eame temps, terriblement Kubrickienne. En 1996, un jeune documentaliste anglais, Jon Ronson, est approch\u00e9 par un myst\u00e9rieux interlocuteur, int\u00e9ress\u00e9 par ses photos prises dans les camps de concentration. Devant l&rsquo;insistance du documentaliste, on finit par lui dire qui est son myst\u00e9rieux commanditaire : Stanley Kubrick. Imm\u00e9diatement, il souhaite rencontrer le g\u00e9nie. Refus, \u00e9videmment.<\/p>\n<p>Kubrick travaille alors sur l&rsquo;adaptation de <em>Wartime Lies<\/em>, un film sur l&rsquo;holocauste. Vex\u00e9 par le succ\u00e8s de <strong>La Liste de Schindler<\/strong>, comme l&rsquo;a brillamment racont\u00e9 Frederic Raphael*, Kubrick passera \u00e0 autre chose : <strong>Eyes Wide Shut<\/strong>, et il mourra.<\/p>\n<p>Quelques ann\u00e9es plus tard, nouveau coup de fil \u00e0 Jon Ronson : \u00ab <em>Toujours int\u00e9ress\u00e9 par visiter la maison Kubrick ?<\/em> \u00bb<\/p>\n<p>\u00c9videmment, oui.<\/p>\n<p>Et l&rsquo;un des adjoints de Stanley de faire visiter les archives Kubrick, dans sa propri\u00e9t\u00e9 d&rsquo;Hertfordshire : la maison, depuis 30 ans, est emplie de bo\u00eetes de rangement, et \u00e7a d\u00e9borde : on a utilis\u00e9 toutes les \u00e9curies, et on a m\u00eame construit des Algeco. Car Kubrick archive tout : sc\u00e9narios, m\u00e9mos, note de lectures, encarts publicitaires, lettres de fans, lettres d&rsquo;insultes\u2026<\/p>\n<p>Maniaquerie, comme le veut une l\u00e9gende tenace ? Plut\u00f4t une m\u00e9thode, hallucinante, pour organiser le chaos. Un exemple, parmi d&rsquo;autres. Un type de Kingman, Arizona envoie une lettre d&rsquo;insultes \u00e0 la sortie de <strong>2001 <\/strong>: il n&rsquo;a pas aim\u00e9 le film, et le fait savoir. Pourquoi garder ce courrier, vingt ans plus tard ? Ce type, on le contactera en 1987, \u00e0 la sortie de <strong>Full Metal Jacket<\/strong>, pour v\u00e9rifier la copie qui passe au cin\u00e9ma de Kingman. <\/p>\n<p>Toute sa carri\u00e8re, Kubrick a travaill\u00e9 ainsi : avec un r\u00e9seau de correspondants, parfois b\u00e9n\u00e9voles. Lecteurs, documentalistes, superviseurs de diffusion TV, de doublage, de pages de pub. Partout dans le monde se trouvaient des collaborateurs \u00e0 la constitution de l&rsquo;\u0153uvre Kubrickienne : un type pour trouver des brosses \u00e0 dent XVIII\u00b0 si\u00e8cle, un type pour doubler en fran\u00e7ais <strong>Shining <\/strong>(Michel Deville), un gendre pour rep\u00e9rer des pas de porte pour <strong>Eyes Wide Shut<\/strong>, un coll\u00e8gue am\u00e9ricain qui s&rsquo;aper\u00e7oit que <strong>Dr Folamour <\/strong>a \u00e9t\u00e9 amput\u00e9 de 10mn par une t\u00e9l\u00e9, etc. Ce peut sembler d\u00e9lirant, mais c\u2019est le pilier de l&rsquo;\u0153uvre de Kubrick. <\/p>\n<p>La perfection, tout simplement.<\/p>\n<p>Pour quelqu&rsquo;un qui n&rsquo;a fait que 12 films en quarante ans, il fallait bien faire \u0153uvre absolue. D&rsquo;abord dans le choix des sujets, le casting, la pr\u00e9production : trouver les bons sujets (des centaines de lecteurs envoient des fiches de lecture), les bons ext\u00e9rieurs (le v\u00e9ritable Overlook Hotel, l&rsquo;usine anglaise transform\u00e9 en capitale vietnamienne). Ensuite, perfection du tournage (15 prises) ; enfin perfection de la vie du film, apr\u00e8s. Et c&rsquo;est peut \u00eatre l\u00e0 que Kubrick est le plus \u00e9tonnant. L\u00e0 o\u00f9 finalement les autres abandonnaient leurs films aux exploitants (salles, TV, DVD), Stanley Kubrick s&rsquo;est toujours pr\u00e9occup\u00e9 de la vie de ses films, de la qualit\u00e9, et de l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 de leur projection. Faire repeindre une salle \u00e0 New York parce que les murs sont brillants, interdire une diffusion de Folamour parce que le film est coup\u00e9, ren\u00e9gocier en Australie les tarifs publicitaires parce que l&rsquo;on s&rsquo;est fait escroquer de quelques millim\u00e8tres&#8230; C&rsquo;est \u00e7a le syst\u00e8me Kubrick, et qui fait que son \u0153uvre est diffus\u00e9e telle quelle, sans alt\u00e9ration, et que c&rsquo;est toujours le cas aujourd&rsquo;hui. Ca n\u2019a l&rsquo;air de rien, mais c&rsquo;est rarissime dans le domaine artistique, et encore plus dans le cin\u00e9ma. Si Kubrick est v\u00e9n\u00e9r\u00e9 par ses coll\u00e8gues, c&rsquo;est parce qu&rsquo;il a trac\u00e9 une voie unique : Spielberg, Lucas, Cameron ont depuis suivi cette m\u00e9thode avec succ\u00e8s.<\/p>\n<p>Tout l&rsquo;int\u00e9r\u00eat du documentaire, <strong>Stanley Kubrick Boxes <\/strong>(<strong>Stanley Kubrick &#8211; Archives d&rsquo;une Vie<\/strong>) qui passe en ce moment sur TCM, c&rsquo;est de montrer, au travers l&rsquo;\u00e9tendue des archives, un bout du cerveau du g\u00e9nie.<\/p>\n<p>Et qui dit g\u00e9nie, dit aussi folie, th\u00e8me Kubrickien par excellence. L&rsquo;alignement de tous ces cartons, tous semblables (avec un prototype de carton con\u00e7u par Kubrick lui-m\u00eame !), ne peut manquer de faire penser aux si nombreuses images de la folie dont Kubrick a parsem\u00e9 ses films : le labyrinthe de <strong>Shining<\/strong>, les m\u00e9moires d\u00e9faillantes de HAL dans <strong>2001<\/strong>, l&rsquo;application rigide des consignes dans <strong>Folamour<\/strong>&#8230;<\/p>\n<p>D&rsquo;o\u00f9 la question fondamentale que pose tout Kubrickophile, et Michel Ciment le premier** : Kubrick \u00e9tait-il fou ? Ou a-t-il fait du cin\u00e9ma pour \u00e9viter de le devenir ?<\/p>\n<p><em>Merci \u00e0 Alexandra, qui m&rsquo;a conseill\u00e9 ce documentaire. Il \u00e9tait -inexplicablement- pass\u00e9 sous mon K-Radar.<\/p>\n<p><strong>Stanley Kubrick Boxes<\/strong>, un documentaire de Jon Ronson sur TCM<br \/>\nLundi 30 Mars 2009 &#8211; 14:40<br \/>\nJeudi 9 Avril 2009 &#8211; 04:20<br \/>\nDimanche 12 Avril 2009 &#8211; 05:44<\/p>\n<p>* <\/em><em>Frederic Raphael : Deux ans avec Kubrick, chez Plon . Dans cet excellent livre, qui  raconte la gestation d&rsquo;Eyes Wide Shut, le sc\u00e9nariste revient sur l&rsquo;anecdote suivante : Kubrick, trop lent, s&rsquo;est  fait grill\u00e9 par Spielberg (un ami) sur l&rsquo;Holocauste. Apr\u00e8s le succ\u00e8s ph\u00e9nom\u00e9nal de <strong>La Liste de Schindler<\/strong>, Stanley Kubrick savait que tout autre film serait jug\u00e9 \u00e0 l&rsquo;aune du Spielberg. <\/p>\n<p>Un jour, n&rsquo;y tenant plus, Kubrick lance le sujet, sournoisement.<\/p>\n<p>&#8211; Vous l&rsquo;avez vu, La Liste de Schindler ?<br \/>\n&#8211; Oui, Stanley.<br \/>\n&#8211; Et vous en pensez quoi ?<br \/>\n&#8211; C&rsquo;est Hollywoodien, mais c&rsquo;est pas mal pour un film sur l&rsquo;Holocauste&#8230;<br \/>\n&#8211; un film sur l&rsquo;Holocauste ? Vous trouvez que c&rsquo;est un film sur l&rsquo;Holocauste ?<br \/>\n&#8211; Ben oui, fait Frederic Raphael, d\u00e9contenanc\u00e9. Pour vous, ce n&rsquo;est pas un film sur l&rsquo;Holocauste&#8230; ???<br \/>\n&#8211; Un film sur l&rsquo;Holocauste avec une happy end ? C&rsquo;est plut\u00f4t un film sur le succ\u00e8s, non ?<\/p>\n<p>** auteur de la bible sur le sujet : Kubrick, chez Calmann-Levy<\/p>\n<p><\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>C&rsquo;est une histoire assez dr\u00f4le, et en m\u00eame temps, terriblement Kubrickienne. En 1996, un jeune documentaliste anglais, Jon Ronson, est approch\u00e9 par un myst\u00e9rieux interlocuteur, int\u00e9ress\u00e9 par ses photos prises dans les camps de concentration. Devant l&rsquo;insistance du documentaliste, on finit par lui dire qui est son myst\u00e9rieux commanditaire : Stanley Kubrick. 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