{"id":378,"date":"2009-03-14T16:55:00","date_gmt":"2009-03-14T14:55:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.cinefast.com\/?p=378"},"modified":"2016-12-15T12:19:55","modified_gmt":"2016-12-15T11:19:55","slug":"uss-alabama","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cinefast.com\/?p=378","title":{"rendered":"USS Alabama"},"content":{"rendered":"<p>Nous partageons avec quelques-uns un culte \u00e9trange pour le Film de Sous-Marin. Genre mineur (en nombre de films), le Film de Sous-Marin exerce une fascination certaine, difficilement explicable au n\u00e9ophyte. <\/p>\n<p>De <strong>Torpilles sous l&rsquo;Atlantique<\/strong>, \u00e0 <strong>A la Poursuite d&rsquo;Octobre Rouge<\/strong>, ce sous-genre du film de guerre existe finalement au travers de quelques figures de style bien senties (affrontement des officiers sup\u00e9rieurs, courage des machinos, claustrophobie pour tout le monde) et surtout de r\u00e9pliques cultes, photocopi\u00e9es \u00e0 l&rsquo;infini. \u00ab <em>Immersion p\u00e9riscopique !<\/em> \u00bb \u00ab <em>Torpilles 1 et 4 par\u00e9es ! <\/em>\u00bb et l\u2019in\u00e9vitable : \u00ab <em>Si on d\u00e9passe les 300 m, la coque ne tiendra pas le choc, Capitaine !!* <\/em>\u00bb<\/p>\n<p>Il \u00e9tait normal que le duo de choc des ann\u00e9es 80-90, Don Simpson et Jerry Bruckheimer, apporte lui aussi sa contribution au genre, avec <strong>Crimson Tide<\/strong>.**<\/p>\n<p>Ador\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque, comme parangon de la GCA, il \u00e9tait temps de v\u00e9rifier l&rsquo;usure du bouzin. Mis en cale s\u00e8che sur le disque dur de la Freebox, il a subi un examen complet de la coque : \u00e9tonnamment, le film passe tr\u00e8s bien la barre et &#8211; osons le dire -, presque mieux qu&rsquo;en 1995. Plus subtil qu&rsquo;il n&rsquo;y para\u00eet, il r\u00e9v\u00e8le (maintenant qu&rsquo;on conna\u00eet <strong>Armageddon<\/strong>, mais aussi <strong>D\u00e9j\u00e0 Vu<\/strong>, ou <strong>Le Plus Beau des Combats<\/strong>), une des clefs de vo\u00fbte de l&rsquo;\u0153uvre Simpsonio-Bruckheimerienne, car \u0153uvre il y a. <\/p>\n<p><strong>Le film n\u00e9on<\/strong><br \/>\nEsth\u00e9tiquement, <strong>USS Alabama <\/strong>poss\u00e8de les caract\u00e9ristiques d&rsquo;usine Simpson-Bruckheimer : grosse cylindr\u00e9e, couleurs p\u00e9tantes (rouge-bleu-vert), montage cut, gros plans l\u00e9ch\u00e9s, tout brille ! M\u00eame le casting : Gene Hackman-Denzel Washington, of course, mais aussi plein de petits qui vont aller loin : Viggo Mortensen, James Gandolfini, Ryan Philips, Lilo Brancato&#8230;) <\/p>\n<p><strong>Tous pour la Marine !<\/strong><br \/>\nDans l\u2019excellent livre de Jean-Michel Valantin \u00ab <em>Hollywood, le Pentagone et Washington , Les trois acteurs d\u2019une strat\u00e9gie globale <\/em>\u00bb, l\u2019auteur explique les liens tiss\u00e9s par les diff\u00e9rents cadors d\u2019Hollywood avec les arm\u00e9es US, pour les aider \u00e0 r\u00e9aliser des films, qui parfois, n\u2019ont plus grand-chose \u00e0 voir avec des films de guerre (<strong>Independance Day<\/strong>, par ex.) Apr\u00e8s le carton <strong>Top Gun,<\/strong> qui amena un afflux de recrutement pour l\u2019A\u00e9ronavale, les deux comp\u00e8res Simpson-Bruckheimer ont d\u00fb garder les cartes de la visite de la Navy, car ici encore, la marine est glorifi\u00e9e (et l\u2019Air Force moqu\u00e9e, via une blague au d\u00e9but du film)<\/p>\n<p><strong>Le film russe <\/strong><br \/>\nNous avons d\u00e9j\u00e0 vu <a href=\"http:\/\/www.cinefast.com\/?p=5\">qu&rsquo;Armageddon est un grand film russe <\/a>(les pionniers pragmatiques, le courage, le fatalisme&#8230;) USS Alabama est paradoxalement, un film tr\u00e8s russe, lui aussi\u2026 Sa musique est un long requiem digne des ch\u0153urs de l&rsquo;Arm\u00e9e Rouge, et le film, un soutien objectif \u00e0 la Russie Eternelle&#8230; Les m\u00e9chants russes sont des d\u00e9magogues qui veulent renverser le gouvernement actuel (pourtant pas un mod\u00e8le de d\u00e9mocratie, mais, \u00e0 la fin, le pouvoir en place (la Russie Eternelle) triomphe, \u00e9crasant la r\u00e9bellion, \u00e0 la satisfaction g\u00e9n\u00e9rale.<\/p>\n<p><strong>Le c\u0153ur de l&rsquo;Am\u00e9rique<\/strong><br \/>\nR\u00e9publicains convaincus, les deux comp\u00e8res n&rsquo;ont jamais cach\u00e9 leur pr\u00e9f\u00e9rence pour le c\u0153ur de l&rsquo;Am\u00e9rique (Oklahoma, Texas, Virginie), plut\u00f4t que pour la d\u00e9cadente Los Angeles, la cynique New York ou la tyrannique Washington&#8230; Surnommer leur sous-marin <em>Alabama <\/em>n&rsquo;est donc pas un hasard, c&rsquo;est \u00e0 la fois l&rsquo;\u00e9tat de l&rsquo;affrontement racial*** c&rsquo;est aussi l&rsquo;\u00e9tat qui vit le commencement de la fin de la s\u00e9gr\u00e9gation. Comme le dit Gene Hackman, le commandant blanc et un peu facho, \u00e0 propos de son bateau : \u00ab <em>It bears a proud name, doesn&rsquo;t it, Mr. Cob? It represents fine people. Who live in a fine, outstanding state. In the greatest country in the entire world. <\/em>\u00bb \u00c7a c\u2019est non seulement l\u2019Alabama, mais le coeur du public des films Simpson-Bruckheimer : leur objectif, avaient-ils coutume de dire, est que \u00e7a plaise aux gars de l\u2019Oklahoma (comprendre, pas aux tafioles de New York ni aux gauchos de Los Angeles). Objectif atteint. <\/p>\n<p><strong><br \/>\nL\u2019affrontement racial<\/strong><br \/>\nC\u2019est \u00e0 la fois le fil rouge du film et un leurre : un capitaine blanc, un second noir, <em>rednecks <\/em>oppos\u00e9s aux blacks <em>soul <\/em>, et cette m\u00e9taphore, sublime, qui sublime le d\u00e9bat : l\u2019anecdote des chevaux lippizans blancs immacul\u00e9s, \u00ab <em>parfaits <\/em>\u00bb, mais \u00ab <em>qui naissent noirs<\/em> \u00bb. Cach\u00e9s derri\u00e8re cette pseudo-confrontation raciale, il y a en fait la v\u00e9rit\u00e9 de la Nation, qui d\u00e9passe la race, les convictions politiques et religieuses. L\u00e0 o\u00f9 le film poss\u00e8de cette deuxi\u00e8me couche, c&rsquo;est bien ici : entre l\u2019intello noir et le chef <em>hard-boiled <\/em>blanc, la diff\u00e9rence, au final sera mince : tout deux se battent pour la libert\u00e9, et pour \u00ab <em>the greatest country in the entire world<\/em>. \u00bb De m\u00eame pour l\u2019\u00e9quipage, o\u00f9 chacun tentera de compter ses troupes, mais o\u00f9 la ligne de partage ne sera pas raciale, mais id\u00e9ologique. <\/p>\n<p>On retrouve exactement le m\u00eame th\u00e8me, transpos\u00e9 \u00e0 l\u2019univers du <em>College Football<\/em>, dans <strong>Le Plus Beau Des Combats<\/strong>. Ici le \u00ab m\u00e9chant \u00bb est Denzel Washington, un coach dur \u00e0 cuire qui remplace &#8211; contre l\u2019avis de tous &#8211; le coach blanc (Will Patton, vu aussi dans <strong>Armageddon<\/strong>), comp\u00e9tent et sympa. Comme dans <strong>USS Alabama<\/strong>, la r\u00e9conciliation est au bout du chemin, contre le racisme et les pr\u00e9jug\u00e9s des deux camps. <\/p>\n<p>Le th\u00e8me racial n\u2019est pas innocent chez Simpson-Bruckheimer : ce duo de producteurs, tr\u00e8s \u00e0 droite, (voir plus loin), a fait d\u00e8s le d\u00e9but une large place aux noirs dans leurs films. <strong>Le Flic de Beverly Hills <\/strong>ainsi, fut le premier blockbuster de l\u2019histoire avec un h\u00e9ros noir (Eddie Murphie, en 1983 !) Une intuition marketing, bien s\u00fbr, mais plus que \u00e7a. Les noirs dans les films Simpson-Bruckheimer, ont toujours une place de choix, ce ne sont jamais des victimes. Denzel dans <strong>Le Plus Beau Des Combats<\/strong> est un leader, pas une victime de la s\u00e9gr\u00e9gation. Il emm\u00e8ne ses \u00e9l\u00e8ves d\u00e9sunis au petit matin se recueillir sur le champ de bataille de Gettysburg, o\u00f9 tant de jeunes am\u00e9ricains blancs, d\u00e9sunis comme eux, sont morts pour ou contre l\u2019esclavage (\u00ab <em>United we stand, divided we fall <\/em>\u00bb, selon le c\u00e9l\u00e8bre mot d\u2019Abraham Lincoln). <strong>Le Flic de Beverly <\/strong>Hills, <strong>Bad Boys I&#038;II <\/strong>proposent des r\u00f4les de flic tr\u00e8s proactifs, qui ne subissent ni les gangsters, ni les brimades d\u2019autres coll\u00e8gues. <\/p>\n<p><strong>La compassion pour l\u2019extr\u00eame droite<\/strong><br \/>\nA l\u2019oppos\u00e9, la droite dure est toujours vue avec une certaine compassion dans les films du duo. C\u2019est <a href=\"http:\/\/www.cinefast.com\/?p=131\">le tr\u00e8s beau personnage de <strong>D\u00e9j\u00e0 Vu<\/strong>, <\/a>incarn\u00e9 par Jim Caviezel, c\u2019est Ed Harris, le colonel \u00ab \u00e0 principes \u00bb dans <strong>The Rock<\/strong>, ici c&rsquo;est Gene Hackman, un facho, mais aussi un grand chef, appr\u00e9ci\u00e9 de ses hommes. <\/p>\n<p>Au final, <strong>USS Alabama<\/strong> propose plut\u00f4t un combat de principe, entre les l\u00e9galistes et les pragmatiques. Un peu ridicule en 1995, ce l\u2019est moins aujourd\u2019hui, quand on voit l\u2019usage que l\u2019administration Bush a pu faire du concept de guerre pr\u00e9ventive. On a ainsi droit, au plein milieu du film, \u00e0 une sc\u00e8ne d\u2019explication &#8211; surr\u00e9aliste dans un film US &#8211; sur Clausewitz. Devant James Gandolfini en beauf m\u00e9dus\u00e9, Denzel p\u00e9rime le penseur prussien : \u00ab <em>A l\u2019\u00e8re nucl\u00e9aire, le v\u00e9ritable ennemi, c&rsquo;est la guerre elle-m\u00eame. <\/em> \u00bb<\/p>\n<p><strong>A bas Washington !<\/strong><br \/>\nA la fin, le m\u00e9chant blanc pardonnera \u00e0 l\u2019intello noir, et vice-versa, car c&rsquo;est comme d&rsquo;habitude l\u2019Etat qui a merd\u00e9 : l\u2019Etat centralisateur, en cr\u00e9ant un bug dans la prise de d\u00e9cision nucl\u00e9aire. <\/p>\n<p>CQFD. <\/p>\n<p><em>*proph\u00e9tie qui, bizarrement, ne se r\u00e9alise jamais&#8230;<br \/>\n** <strong>USS Alabama <\/strong>cite d\u2019ailleurs, via un bizutage, un des parangons du genre, <strong>Torpilles sous l\u2019Atlantique<\/strong>. Denzel Washington en appellera ensuite aux m\u00e2nes de <strong>Star Trek<\/strong>, qui lui aussi s\u2019apparente au Film de Sous-Marin (relisez les trois phrases-type et vous comprendrez)<br \/>\n*** cf. la chanson de Neil Young, et la r\u00e9plique de Lynyrd Skynyrd, Sweet Home Alabama<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Nous partageons avec quelques-uns un culte \u00e9trange pour le Film de Sous-Marin. Genre mineur (en nombre de films), le Film de Sous-Marin exerce une fascination certaine, difficilement explicable au n\u00e9ophyte. 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