{"id":355,"date":"2009-01-15T22:22:13","date_gmt":"2009-01-15T20:22:13","guid":{"rendered":"http:\/\/www.cinefast.com\/?p=355"},"modified":"2009-01-15T22:30:16","modified_gmt":"2009-01-15T20:30:16","slug":"blade-runner","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cinefast.com\/?p=355","title":{"rendered":"Blade Runner"},"content":{"rendered":"<p><em><\/p>\n<p>I&rsquo;ve seen things you people wouldn&rsquo;t believe.<br \/>\nAttack ships on fire off the shoulder of Orion.<br \/>\nI watched C-beams glitter in the dark near the Tannhauser gate.<br \/>\nAll those moments will be lost in time, like tears in rain.<br \/>\n<\/em><\/p>\n<p>Ah, magie de <strong>Blade Runner <\/strong>! Magie toujours \u00e0 l&rsquo;\u0153uvre, malgr\u00e9 les ans, malgr\u00e9 les effets sp\u00e9ciaux num\u00e9riques, malgr\u00e9 <strong>Matrix<\/strong>. Magie qui, d&rsquo;ailleurs, masque une histoire assez faible (le chasseur tombe amoureux de la proie, le chasseur est une proie), bref, une histoire aussi vieille que le monde lui-m\u00eame.<\/p>\n<p>Non, ce qui reste de Blade Runner, ce sont les acteurs, et la d\u00e9co. <strong>Blade Runner <\/strong>est un film de r\u00e9v\u00e9lations : Harrison Ford dans un vrai personnage (c&rsquo;\u00e9tait un scoop, \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque) ; il fera beaucoup mieux et beaucoup moins bien. Mais il y a aussi l&rsquo;immense Rutger Hauer, qui ne fera malheureusement rien de mieux, il y a Daryl Hannah, et l&rsquo;incroyable beaut\u00e9 de Sean Young. G\u00e9nie de Ridley Scott, qui transformera une tr\u00e8s mauvaise actrice (Hollywood le pensait avant, et le pensera apr\u00e8s, quand elle harcelera sexuellement le gratin local pour d\u00e9goter le r\u00f4le de Catwoman) en ic\u00f4ne sexuelle, beaut\u00e9 <em>bondage forties <\/em>dans le bureau de la Tyrell Corporation, ou Ophelia pre-rapha\u00e9lite endormie dans le lit de Deckard.<\/p>\n<p>C&rsquo;est un chef d&rsquo;\u0153uvre typiquement scottien, que de repl\u00e2trer tout \u00e7a pour laisser une vision embl\u00e9matique, avec 20 ans d&rsquo;avance, de notre monde d&rsquo;aujourd&rsquo;hui. C&rsquo;est l&rsquo;apog\u00e9e du syst\u00e8me Scott (mettre tout l&rsquo;argent et toute l&rsquo;\u00e9nergie dans la d\u00e9co et d&rsquo;innombrables prises).  Apr\u00e8s 3 films sublimes (<strong>Duellistes<\/strong>, <strong><a href=\"http:\/\/www.cinefast.com\/?p=196\">Alien<\/a><\/strong>, <strong>Blade Runner<\/strong>), Scott passera \u00e0 \u00ab autre chose \u00bb (<strong>Traqu\u00e9e<\/strong>, <strong>Black Rain<\/strong>&#8230;)<\/p>\n<p>Mais l\u00e0, tout est dans la d\u00e9co, et c&rsquo;est ce qui reste : une pr\u00e9figuration g\u00e9niale du futur : la g\u00e9n\u00e9tique partout, la mondialisation, l&rsquo;\u00e9closion chinoise, la pollution, les grandes corporations, la surpopulation&#8230; Tout est dans Blade Runner, qui inspire aujourd&rsquo;hui jusqu&rsquo;aux urbanistes*. <a href=\"http:\/\/www.cinefast.com\/?p=6\">Tout \u00e7a est l&rsquo;\u0153uvre de Scott, ancien chef d\u00e9co dans la pub<\/a>, sous influence <em>M\u00e9tal Hurlant <\/em>(Moebius, Bilal), que Scott a d\u00e9j\u00e0 amen\u00e9 sur Alien, et qu&rsquo;il imposera \u00e0 la prod\u2019 de Blade Runner. C&rsquo;est aussi l&rsquo;\u0153uvre de Syd Mead, dessinateur industriel, venu pour dessiner 4 voitures, et qui en dessinera 27, et toute la ville qui git derri\u00e8re.<\/p>\n<p>C&rsquo;est enfin la volont\u00e9 maniaque, kubrickienne, de surcharger l&rsquo;image de d\u00e9tails, d&rsquo;accessoires, de lumi\u00e8res, de figurants, qui permettra \u00e0 Scott d&rsquo;aboutir au chef d&rsquo;\u0153uvre. Il suffit de regarder chaque plan pour comprendre ce souci du d\u00e9tail : les tasses \u00e0 caf\u00e9, le pistolet, les Kanji (id\u00e9ogrammes japonais), l&rsquo;appartement Frank Lloyd Wright de Deckard, la foule cosmopolite aux parapluies de n\u00e9on, le Bradbury Hotel de JF Sebastian, les parcm\u00e8tres \u00e9lectrifi\u00e9s, le feu rouge qui parle (\u00ab <em>Walk&#8230; Walk <\/em>\u00bb)&#8230; idem pour l&rsquo;image : reflets aquatiques chez Tyrell, spots a\u00e9riens chez Sebastian, stores v\u00e9nitiens partout, n\u00e9ons, neige, pluie, soleil. Et idem pour le son : crissements, chuintements, vibrations, bruits d&rsquo;ascenseurs et d&rsquo;h\u00e9licopt\u00e8res, bips \u00e9lectroniques.<\/p>\n<p>Tout cela ne serait rien s&rsquo;il n&rsquo;y avait une histoire solide (un polar un peu trop classique, mais solide), et surtout un fond philosophique. C&rsquo;est ici que surgit Philip K. Dick, plus mauvais \u00e9crivain que la plan\u00e8te SF ait port\u00e9**, mais le plus profond aussi, le plus g\u00e9nial inventeur de concepts et d&rsquo;interrogations m\u00e9taphysiques. Blade Runner pose en fait l&rsquo;\u00e9ternelle question dickienne : sommes-nous s\u00fbrs d\u2019\u00eatre nous m\u00eames ?<\/p>\n<p>Question qui hanta Dick, qui regretta toute sa vie de n&rsquo;\u00eatre pas mort \u00e0 la place de sa s\u0153ur jumelle, d\u00e9c\u00e9d\u00e9e trois mois apr\u00e8s leur naissance.<\/p>\n<p>Qu&rsquo;est ce qu&rsquo;\u00eatre humain ? Ne sommes nous pas des marionnettes manipul\u00e9es par Deus sup\u00e9rieur ? Avons-nous vraiment v\u00e9cu ces souvenirs qui nous hantent ? Transpos\u00e9 dans l&rsquo;univers futuriste de Blade Runner, Dick fait poser sa question pascalienne par des andro\u00efdes : qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;\u00eatre un andro\u00efde, si ce n&rsquo;est un plus qu&rsquo;humain ou un moins qu&rsquo;humain, un esclave ? Peut-on r\u00e9duire \u00e0 l&rsquo;esclavage, \u00e0 la prostitution, \u00e0 la guerre, ces cr\u00e9atures ? <\/p>\n<p>Fantaisistes il y a 30 ans, ces questions ne sont plus ridicules aujourd&rsquo;hui, et se posent d\u00e9j\u00e0, par exemple pour les embryons.<\/p>\n<p>Ridley Scott r\u00e9ussit \u00e0 adapter ces interrogations \u00e0 un divertissement grand public, ce qui n&rsquo;est pas une mince affaire. Rutger Hauer, son chantre sur ces th\u00e8mes, compose un personnage d&rsquo;une ambigu\u00eft\u00e9 incroyable et vole litt\u00e9ralement la vedette \u00e0 Harrison Ford, dans un final Wagn\u00e9rien, splendide \u00e9vocation de la futilit\u00e9 de la vie, \u00ab co<em>mme des larmes dans la pluie<\/em> \u00bb. <\/p>\n<p>Reste la fin, ou plut\u00f4t les fins, car il existe deux Blade Runner : la version originale, qui comprenait une voix off, et un final bucolique (travelling avant speed\u00e9 sur &#8211; enfin !- une prairie d&rsquo;un vert immacul\u00e9. Le Blade Runner sauve la r\u00e9plicante. Happy end \u00e9cologique.<\/p>\n<p>La derni\u00e8re version en date a \u00f4t\u00e9 la voix off et a ajout\u00e9 un plan de licorne gambadant dans la for\u00eat. Bien maigre Director&rsquo;s cut en v\u00e9rit\u00e9, mais pourtant <em>cliffhanger <\/em>existentiel. Car cette licorne, elle existe sous la forme d&rsquo;un origami d\u00e9pos\u00e9e par l&rsquo;autre Blade Runner, Gaff, dans l&rsquo;appartement de Deckard. Deckard serait-il lui aussi un andro\u00efde ? Et toi spectateur ? Es-tu s\u00fbr d&rsquo;\u00eatre humain ?<\/p>\n<p><em>*Mike Davis : Au-del\u00e0 de Blade Runner, Los Angeles et l\u2019imagination du d\u00e9sastre <\/p>\n<p>**L&rsquo;histoire gagesque de Blade Runner r\u00e9sume sa vie. \u00c9crivain paum\u00e9, vivant au crochet de ses femmes successives, surveill\u00e9 par le FBI pour communisme, drogu\u00e9, chr\u00e9tien&#8230; En 1980, Hampton Fancher ach\u00e8te pour 5000$ une option sur \u00ab Les Andro\u00efdes R\u00eavent-Ils de Moutons \u00c9lectriques ? \u00bb, loin d&rsquo;\u00eatre le meilleur livre du schizo californien. R\u00e9\u00e9crit en Blade Runner, le film devient petit \u00e0 petit un projet plus important (Harrison Ford, Ridley Scott). Dick assiste \u00e0 la projection, et &#8230;meurt ! Il ne conna\u00eetra jamais le succ\u00e8s de Blade Runner, ni la vague d&rsquo;adaptations dickiennes qui s&rsquo;est abattue depuis (<strong>Minority Report, Next, Confession d&rsquo;un Barjo, Totall Recall<\/strong>), et qui ont rendu ses ayants droits immens\u00e9ment riches.<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>I&rsquo;ve seen things you people wouldn&rsquo;t believe. Attack ships on fire off the shoulder of Orion. I watched C-beams glitter in the dark near the Tannhauser gate. All those moments will be lost in time, like tears in rain. Ah, magie de Blade Runner ! 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