{"id":3392,"date":"2014-11-05T19:35:32","date_gmt":"2014-11-05T18:35:32","guid":{"rendered":"http:\/\/www.cinefast.com\/?p=3392"},"modified":"2014-11-05T00:13:53","modified_gmt":"2014-11-04T23:13:53","slug":"3392","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cinefast.com\/?p=3392","title":{"rendered":"Gone Girl"},"content":{"rendered":"<p>\u00c7a commence mal. \u00c0 vrai dire, nous nous demandions, depuis son adaptation tr\u00e8s sage de <strong><a href=\"http:\/\/www.cinefast.com\/?p=1653\">Millenium<\/a><\/strong>, si nous n\u2019avions pas perdu David Fincher\u2026 Et de fait, pendant trente minutes, nous cherchons le r\u00e9alisateur qui cherche Amy, l&rsquo;\u00e9pouse disparue, la <strong>Gone Girl<\/strong> du titre, l&rsquo;\u00e9blouissante Rosamund Pike. Et comme Ben Affleck, l&rsquo;\u00e9poux un peu b\u00eata*, nous restons longtemps les bras crois\u00e9s devant ce myst\u00e8re. David Fincher a disparu.<\/p>\n<p>A dire vrai, nous n&rsquo;allons jamais le retrouver, car <strong>Gone Girl<\/strong> n&rsquo;est pas le \u00e9ni\u00e8me chef d&rsquo;\u0153uvre de Fincher. Ce n&rsquo;est ni <strong>Seven<\/strong>, ni <strong><a href=\"http:\/\/www.cinefast.com\/?p=878\">The Social Network<\/a><\/strong>**. C&rsquo;est juste un tr\u00e8s, tr\u00e8s bon film qui aurait pu \u00eatre dirig\u00e9 par, par exemple, &#8230; Ben Affleck***. Ou, en remontant le temps, Alfred Hitchcock&#8230; Ou encore, \u00eatre l&rsquo;un de ces merveilleux thrillers des ann\u00e9es 80, fa\u00e7on <strong>A Double Tranchant, Randonn\u00e9e pour un Tueur, Mort \u00e0 l\u2019Arriv\u00e9e, Suspect<\/strong>, ou <strong>Liaison Fatale<\/strong>. <\/p>\n<p>En effet, <strong>Gone Girl<\/strong> n&rsquo;a pas la patte habituelle de l&rsquo;auteur de <strong>The Game<\/strong>. Cette photographie noire qui cr\u00e9\u00e9 depuis <strong>Seven <\/strong>cette ambiance cauchemardesque et si particuli\u00e8re du quotidien. Il n&rsquo;a pas le faux rythme de l\u2019auteur de <strong>Zodiac<\/strong>, qui nous laisse toujours dans cet entre-deux, une forme confuse  de r\u00eave \u00e9veill\u00e9. Il n&rsquo;a pas les dialogues ac\u00e9r\u00e9s du <strong>Social Network<\/strong> d\u2019Aaron Sorkin, m\u00eame s\u2019il s&rsquo;y essaie. <\/p>\n<p>C&rsquo;est peut-\u00eatre parce que le mat\u00e9riel de d\u00e9part est quelconque, un polar adapt\u00e9 en sc\u00e9nario par son auteur, et cela se sent.  On est sur le terrain connu du thriller, mais pas sur les terres Fincheriennes.<\/p>\n<p>Quoique. <\/p>\n<p>Une fois le film vu, un tout autre paysage s\u2019offre \u00e0 nous. Et l\u2019on ne peut que souscrire, une fois de plus, \u00e0 l&rsquo;\u00e9tonnante th\u00e9orie du Framekeeper : le g\u00e9nie de Fincher n&rsquo;est pas d&rsquo;<em>\u00e9crire<\/em> ses sc\u00e9narios (il n\u2019en a \u00e9crit aucun), mais de les <em>choisir<\/em> pr\u00e9cautionneusement. Qui, bout \u00e0 bout, forment une \u0153uvre. <\/p>\n<p>A cette aune &#8211; et <strong>Gone Girl<\/strong> en est la derni\u00e8re it\u00e9ration &#8211; il semble que l&rsquo;objectif que s&rsquo;est fix\u00e9 David Fincher dans la vie n&rsquo;est rien d&rsquo;autre que de d\u00e9truire, brique apr\u00e8s brique, les fondamentaux des valeurs am\u00e9ricaines. Et d\u2019en d\u00e9voiler toute l&rsquo;hypocrisie.<\/p>\n<p>Un bref retour en arri\u00e8re sur sa filmographie permet d\u2019en juger : <strong>Seven <\/strong>n&rsquo;est rien d&rsquo;autre qu&rsquo;une critique implacable de la fausse <em>Religiosit\u00e9<\/em> am\u00e9ricaine. Ce peuple, qui pr\u00e9tend vivre <em>under god<\/em>, et qui ne fait que se vautrer dans les sept p\u00e9ch\u00e9s capitaux. <\/p>\n<p><strong>Fight Club<\/strong>, sur un mode plus comique et Voltairien, s\u2019attaque au <em>culte de la Consommation<\/em>. Derri\u00e8re l\u2019Envie, o\u00f9 est l\u2019\u00eatre humain ? <\/p>\n<p><strong>The Game<\/strong> est une critique frontale de la <em>R\u00e9ussite <\/em>\u00e0 tout crin, qui ne peut en aucun cas r\u00e9soudre les traumas personnels. <\/p>\n<p><strong>Panic Room<\/strong> fait le deuil d\u2019un <em>espace qui serait r\u00e9serv\u00e9 aux am\u00e9ricains<\/em>, alors que la pauvret\u00e9 du monde cogne \u00e0 la porte. <\/p>\n<p><strong>Zodiac <\/strong>tue pour toujours le mythe de la <em>justice<\/em> ; les m\u00e9chants ne seront pas punis, et on ne les retrouvera jamais. <strong><\/strong><strong>L&rsquo;Etrange Histoire de Benjamin Button<\/strong> enterre en l\u2019inversant le mythe de la <em>jeunesse \u00e9ternelle<\/em>.  <\/p>\n<p>Et <strong><a href=\"http:\/\/www.cinefast.com\/?p=1341\">The Social Network<\/a> <\/strong>est peut-\u00eatre la critique la plus acerbe, la plus frontale, la plus d\u00e9vastatrice du mod\u00e8le am\u00e9ricain en d\u00e9truisant le mythe du <em>self made man<\/em>. Pour gagner contre la noblesse (Harvard et ses h\u00e9ritiers des Grandes Familles qui gouvernent l&rsquo;Am\u00e9rique depuis 1636), il n&rsquo;y a pas d\u2019autres solutions que de se comporter comme un voyou. Une th\u00e9matique \u00e0 l&rsquo;oeuvre aussi dans <strong><a href=\"http:\/\/www.cinefast.com\/?p=2701\">House of Cards<\/a><\/strong>, o\u00f9 Fincher devient le contempteur acharn\u00e9 de Washington et du syst\u00e8me politique am\u00e9ricain. <\/p>\n<p>Avec <strong>Gone Girl<\/strong>, Fincher s&rsquo;attaque au dernier pilier, le plus fondamental peut-\u00eatre : le couple am\u00e9ricain. Une institution qu&rsquo;on a du mal \u00e0 imaginer ici, et particuli\u00e8rement en France. Le mariage est sacr\u00e9 aux Etats-Unis, comme on peut le voir dans les monumentales demandes en mariage qui pars\u00e8ment <em>sitcoms <\/em>et <em>rom-coms<\/em>. L&rsquo;engagement dans le couple doit \u00eatre sans faille, avec d\u00e9clarations grandiloquentes lors de la remise de l&rsquo;alliance. Ce qui en d\u00e9coule, c&rsquo;est que, malgr\u00e9 les in\u00e9vitables al\u00e9as de la vie, on doit \u00eatre \u00ab <em>supportive <\/em>\u00bb de son conjoint tout au long de cette vie. C&rsquo;est \u00e0 dire le soutenir en toutes occasions, bonnes ou mauvaises, et particuli\u00e8rement en public****.<\/p>\n<p>C&rsquo;est \u00e0 cette montagne que s&rsquo;attaque Fincher, et qu&rsquo;il d\u00e9molit consciencieusement. D&rsquo;abord en montrant la gen\u00e8se du couple, plut\u00f4t rock&rsquo;n&rsquo;roll, o\u00f9 le sexe (plut\u00f4t que l&rsquo;amour) a une part majeure : \u00ab <em>I think I love you, Nick Dunne !<\/em> \u00bb dit Amy\u2026 en pleine g\u00e2terie. Puis dans le d\u00e9veloppement du couple, et ses in\u00e9vitables lassitudes, que Fincher d\u00e9crit avec une pr\u00e9cision chirurgicale et sans anesth\u00e9sie g\u00e9n\u00e9rale. Est-ce une raison pour tuer sa femme ? A la fin, le thriller aura r\u00e9pondu \u00e0 cette angoissante question.<\/p>\n<p>Il y a en plus une deuxi\u00e8me couche \u00e0 <strong>Gone Girl<\/strong> ; une critique f\u00e9roce des m\u00e9dias, qui est pour Fincher l&rsquo;expression majoritaire de cette hypocrisie US. D\u00e8s que l\u2019on s\u2019\u00e9carte du <em>storytelling <\/em>pr\u00e9d\u00e9termin\u00e9 par les m\u00e9dias (d\u00e9solation obligatoire du mari, veill\u00e9e aux flambeaux des voisins, larmes au talk show), on court  forc\u00e9ment \u00e0 sa perte. Car les t\u00e9l\u00e9s ne veulent que des histoires \u00e0 raconter, soit celle du mari \u00e9perdu d\u2019amour pour sa femme, soit celle du mari volage qui pourrait bien l\u2019avoir assassin\u00e9\u2026<\/p>\n<p>Alors que Ben Affleck vient de mentir consciencieusement \u00e0 la t\u00e9l\u00e9 am\u00e9ricaine, l&rsquo;un des personnages dit : \u00ab <em>C&rsquo;est cet homme-l\u00e0 que je veux !<\/em> \u00bb<\/p>\n<p>Le menteur. L\u2019hypocrite. <\/p>\n<p>On retrouve l\u00e0 les pr\u00e9occupations augustiniennes de Fincher sur le libre arbitre. O\u00f9 est-il permis de penser, d&rsquo;agir, de baiser, dans cette Am\u00e9rique r\u00e9gie par la t\u00e9l\u00e9 et Internet ?  N&rsquo;y a-t-il d\u2019autre choix que de se comporter comme un singe savant et terriblement ob\u00e9issant ? <\/p>\n<p>Si <strong>Gone Girl<\/strong> n&rsquo;est pas un Fincher, il y ressemble diablement.<\/p>\n<p><em>* Le casting et la direction d\u2019acteur reste l\u2019un des points forts de Fincher. Prendre deux acteurs quelconques et en faire des Ferrari, c&rsquo;est \u00e0 mettre \u00e0 son cr\u00e9dit.<br \/>\n** Il est amusant de noter que la publicit\u00e9 joue sur ces deux films pour faire la promo du troisi\u00e8me. C&rsquo;est dire que <strong>Social Network<\/strong> n&rsquo;est peut-\u00eatre plus le chef d&rsquo;\u0153uvre invisible que nous saluions hier, mais bien l\u2019un des plus grands films du Ma\u00eetre, et consid\u00e9r\u00e9 comme tel.<br \/>\n*** L\u2019auteur de <strong>Gone Baby Gone, Argo<\/strong> et <strong>The Town<\/strong> y aurait \u00e9t\u00e9 parfaitement \u00e0 l\u2019aise.<br \/>\n**** Le Professore en fit l\u2019am\u00e8re exp\u00e9rience. Remerciant un ami am\u00e9ricain de lui avoir fait piloter son avion (\u00ab the best 15mn of my life \u00bb), il ne suscita que consternation et d\u00e9go\u00fbt. Comment ces quinze minutes de Cessna pouvaient-elles \u00eatre meilleures que sa rencontre avec sa femme ou la naissance de sa fille ?<br \/>\n<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c7a commence mal. \u00c0 vrai dire, nous nous demandions, depuis son adaptation tr\u00e8s sage de Millenium, si nous n\u2019avions pas perdu David Fincher\u2026 Et de fait, pendant trente minutes, nous cherchons le r\u00e9alisateur qui cherche Amy, l&rsquo;\u00e9pouse disparue, la Gone Girl du titre, l&rsquo;\u00e9blouissante Rosamund Pike. 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