{"id":330,"date":"2008-12-20T12:41:25","date_gmt":"2008-12-20T10:41:25","guid":{"rendered":"http:\/\/www.cinefast.com\/?p=330"},"modified":"2012-07-04T17:20:38","modified_gmt":"2012-07-04T15:20:38","slug":"lost-le-veritable-making-of","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cinefast.com\/?p=330","title":{"rendered":"Lost, le v\u00e9ritable making of."},"content":{"rendered":"<p>Les <em>making of <\/em>sont chiants. La plupart du temps, on n&rsquo;apprend rien, si ce n&rsquo;est que Machin a \u00ab ador\u00e9 \u00bb travailler avec Truc.<\/p>\n<p>Pourtant, ce qui se passe derri\u00e8re le rideau est souvent passionnant. Prenez <strong>Lost<\/strong>, par exemple. On croit souvent (moi le premier !) que cette id\u00e9e sort du cerveau &#8211; g\u00e9nial mais tortur\u00e9 &#8211; de JJ Abrams. En fait, pas du tout&#8230; Vous voulez la v\u00e9ritable histoire ? La voici.<\/p>\n<p>En 2002, ABC, l&rsquo;un des 4 grands networks am\u00e9ricains, est au plus mal. NBC se maintient en pole position, Fox, boost\u00e9e par <strong>American Idol <\/strong>(la <strong>Nouvelle Star <\/strong>US) devient un concurrent s\u00e9rieux, et CBS, revenu d&rsquo;entre les limbes, p\u00e8te le feu avec <strong>Survivor <\/strong>(<strong>Koh Lanta<\/strong>).<\/p>\n<p>Mais surtout, ABC est dans une mauvaise passe manag\u00e9riale : tout se d\u00e9cide au-dessus, chez Disney, entre les mains viriles de Michael Eisner. Lloyd Braun, le Pr\u00e9sident de ABC Entertainment est sur la sellette. Ne risquant plus grand-chose, il part faire un break \u00e0 Hawa\u00ef en famille. A l&rsquo;h\u00f4tel, on passe <strong>Seul  au Monde<\/strong>, avec Tom Hanks. Braun caresse alors l&rsquo;id\u00e9e suivante : une s\u00e9rie, \u00e0 mi-chemin entre le film de Zemeckis et <strong>Survivor<\/strong>, mais r\u00e9aliste. Il a m\u00eame un titre : <strong>Lost<\/strong>. <\/p>\n<p>T\u00e9tanis\u00e9 par Disney, il n&rsquo;ose le proposer, mais quelques mois plus tard, ABC, compl\u00e8tement \u00e0 la ramasse, organise une \u00ab retraite \u00bb de cadres pour trouver de nouvelles id\u00e9es. (Rappelons que cette t\u00e2che est normalement d\u00e9volue \u00e0 la direction des programmes). Braun y pitche son sujet, avec un petit succ\u00e8s. L&rsquo;id\u00e9e est confi\u00e9e \u00e0 un sc\u00e9nariste, Jeffrey Lieber, qui le rebaptise <strong>The Circle<\/strong>. Et en plus, le sc\u00e9nario est tr\u00e8s mauvais. <\/p>\n<p>Braun se rappelle alors qu&rsquo;il a un wonderboy sous son aile : JJ Abrams. Le petit coquin a sign\u00e9 un accord d&rsquo;exclusivit\u00e9 de 4 ans avec Disney, pour la modique somme de 20M$&#8230; Mais JJ n&rsquo;a rien \u00e9crit en quatre ans ! \u00ab <em>Moralement ce n&rsquo;est pas tr\u00e8s juste<\/em>, lui fait remarquer Lloyd Braun (ce qui n\u2019est pas exag\u00e9r\u00e9, NDLR). <em>Il serait temps de payer tes dettes. Vois ce que tu peux faire avec \u00e7a<\/em>. \u00bb<\/p>\n<p>En plus, JJ Abrams n&rsquo;a pas bonne presse, <strong>Alias <\/strong>est un succ\u00e8s critique, mais pas le carton pr\u00e9vu. Disney a demand\u00e9 sa t\u00eate \u00e0 plusieurs reprises. Pourtant Braun lui fait confiance, et JJ revient au bout d&rsquo;une semaine avec une bonne et une mauvaise nouvelle. La bonne, c&rsquo;est qu&rsquo;il a trouv\u00e9 \u00e7a bien, et qu&rsquo;il a quelques id\u00e9es. La mauvaise, c&rsquo;est qu&rsquo;il a trouv\u00e9 \u00e7a bien, et qu&rsquo;il a quelques id\u00e9es ! Et quelles id\u00e9es : \u00ab <em>Votre histoire est nulle<\/em>, leur dit tout de go Abrams. L<em>e vrai personnage, c&rsquo;est l&rsquo;Ile ! Il faut que tout tourne autour d&rsquo;elle. Et il faut tuer Jack d\u00e8s le premier \u00e9pisode. On se concentrera plut\u00f4t sur ce qui s&rsquo;est pass\u00e9 avant, dans la vie des personnages.<\/em> \u00bb <\/p>\n<p>C&rsquo;est cette id\u00e9e, \u00e9videmment, qui s\u00e9duit ABC : avec \u00e7a, on tient une s\u00e9rie, on peut facilement multiplier les \u00e9pisodes. Tr\u00e8s vite, et contre toutes les r\u00e8gles hollywoodiennes en cours, Lloyd Braun d\u00e9cide la fabrication d&rsquo;un pilote : le sc\u00e9nario n&rsquo;est pas \u00e9crit, \u00e0 peine poss\u00e8de-t-on un synopsis deux fois trop long, mais le casting a d\u00e9but\u00e9 et le tournage commence. Une fois lanc\u00e9, JJ Abrams fait joujou. Il commande une v\u00e9ritable carcasse d\u2019avion, rajoute des personnages \u00e0 chaque r\u00e9union\u2026 le budget et la dur\u00e9e du pilote explosent : 2 heures, 12 M$. <\/p>\n<p>Et comme pr\u00e9vu, Lloyd Braun est vir\u00e9.<\/p>\n<p>Braun a d\u00e9j\u00e0 pris tous les risques pour mettre son b\u00e9b\u00e9 sur les rails, mais il franchit une nouvelle ligne jaune : il propose Lost aux cha\u00eenes concurrentes (NBC, CBS), et m\u00eame \u00e0 la Warner ! Il fait d\u00e9poser, de nuit, des cassettes vid\u00e9os du pilote dans des bo\u00eetes aux lettres de ces d\u00e9cideurs ! Car Braun est alors convaincu que son enfant ch\u00e9ri &#8211; trop long, trop cher, trop feuilletonant &#8211; ne passera pas l&rsquo;hiver.<\/p>\n<p>On s&rsquo;interroge en effet chez Disney sur le sort \u00e0 r\u00e9server \u00e0 <strong>Lost <\/strong>: s\u00e9rie \u00e0 part enti\u00e8re ou, pour sauver les meubles, mini-s\u00e9rie de prestige sur 6 \u00e9pisodes ? Mais aux Etats-Unis, les films et les s\u00e9ries sont toujours s\u00e9v\u00e8rement test\u00e9s par les services marketing, et <strong>Lost <\/strong>est test\u00e9 lui aussi. Divine surprise, c&rsquo;est plut\u00f4t bon, comme <strong>Desperate Housewives<\/strong>. ABC n&rsquo;a plus le choix : avec seulement ces deux cartes en mains, et le surco\u00fbt d\u00e9lirant de <strong>Lost<\/strong>, la cha\u00eene d\u00e9cide de tout miser sur ces deux s\u00e9ries dans sa campagne marketing de rentr\u00e9e. Des sacs d&rsquo;aspirateurs <strong>Desperate Housewives<\/strong> sont distribu\u00e9s en supermarch\u00e9, et de v\u00e9ritables bouteilles \u00e0 la mer <strong>Lost <\/strong>sont jet\u00e9s sur la c\u00f4te atlantique. <\/p>\n<p>Vient l&rsquo;heure du jugement, le 22 septembre 2004, \u00e0 20h, cr\u00e9neau in\u00e9dit pour ce genre de s\u00e9rie (<em>drama<\/em>) : <strong>Lost <\/strong>est un \u00e9norme succ\u00e8s, le meilleur score d&rsquo;ABC pour une s\u00e9rie depuis 4 ans (<strong>Desperate Housewives<\/strong> fera encore mieux dix jours plus tard). <\/p>\n<p>Le premier r\u00e9flexe de JJ Abrams est d&rsquo;appeler Lloyd Braun ; ils sont tous deux au bord des larmes&#8230; Quelques semaines plus tard, Braun recevra un grand paquet \u00e0 la maison : dans un cadre, un poster d\u00e9dicac\u00e9 par Abrams, Lindelof et Burk (producteur) : la carcasse de l&rsquo;Oceanic 815, seul souvenir, d\u00e9sormais, de l&rsquo;\u00e9pop\u00e9e Lostienne de Braun&#8230;<\/p>\n<p>Le seul ? Pas vraiment. Toutes les semaines, <strong>Lost <\/strong>paie son tribut \u00e0 son g\u00e9niteur. Un tout petit tribut, en fait. Au d\u00e9but de chaque \u00e9pisode, une voix off \u00e2nonne la phrase qui, chaque semaine, lance toutes les s\u00e9ries du monde : \u00ab <em>Previously on Lost<\/em>&#8230; \u00bb Cette voix, personne ne la conna\u00eet. Elle n\u2019est pas tr\u00e8s virile, ni tr\u00e8s basse comme il convient. Abrams et sa bande avouent eux-m\u00eames ne pas savoir qui s\u2019est occup\u00e9 du casting voix. Pourtant, des cadres d\u2019ABC jurent avoir d\u00e9j\u00e0 entendu cette voix quelque part\u2026 Pour cette voix, la production a choisi un acteur d\u00e9butant, un parfait inconnu : un certain&#8230; Lloyd Braun.<\/p>\n<p>Son nom n&rsquo;est pas au g\u00e9n\u00e9rique (celui de Jeffrey Lieber l&rsquo;est), mais, pour toujours, la trace de Braun est grav\u00e9e dans le granit de l&rsquo;Ile.<\/p>\n<p><em>NB : cet article n&rsquo;est pas le fruit d&rsquo;une longue enqu\u00eate, mais de la lecture &#8211; passionnante &#8211; du livre de Bill Carter, Desperate Networks, une chronique des t\u00e9l\u00e9s am\u00e9ricaines ces dix derni\u00e8res ann\u00e9es; l&rsquo;arriv\u00e9e des grandes s\u00e9ries, et la r\u00e9volution de la t\u00e9l\u00e9 r\u00e9alit\u00e9.  <\/p>\n<p>Bill Carter, Desperate Networks<br \/>\nBroadway Books<br \/>\n<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les making of sont chiants. 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