{"id":3066,"date":"2014-03-11T13:50:08","date_gmt":"2014-03-11T12:50:08","guid":{"rendered":"http:\/\/www.cinefast.com\/?p=3066"},"modified":"2016-06-18T15:36:08","modified_gmt":"2016-06-18T13:36:08","slug":"docteur-folamour","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cinefast.com\/?p=3066","title":{"rendered":"Docteur Folamour"},"content":{"rendered":"<p>L&rsquo;autre jour, c&rsquo;\u00e9tait \u00e9cole du soir \u00e0 CineFast : dans cette grande dictature \u00e9clair\u00e9e, le Professorino et la Professorinette avaient cours du soir, option Kubrick. \u00c7a n&rsquo;a pas march\u00e9 : trop long, trop vieux, trop compliqu\u00e9. Pour des enfants qui l&rsquo;\u00e9tudient en cours, la Guerre Froide ne signifie pas grand&rsquo;chose, pour nous, si. Petit, je vivais dans l&rsquo;angoisse d&rsquo;une guerre atomique, c&rsquo;est peut-\u00eatre pour \u00e7a que <strong>Docteur Folamour<\/strong> fait rire les gens de ma g\u00e9n\u00e9ration.<\/p>\n<p>Le film reste n\u00e9anmoins une pierre blanche dans la filmographie de Kubrick, et sa meilleure com\u00e9die (c&rsquo;est facile, c&rsquo;est la seule !) Revue de d\u00e9tail.<\/p>\n<p><strong>Eros et Thanatos<\/strong><br \/>\nKubrick avait titr\u00e9 sa premi\u00e8re \u0153uvre <strong><a href=\"http:\/\/www.cinefast.com\/?p=2229\">Peur et D\u00e9sir<\/a> <\/strong>: toute \u00e9tait dit, pour toujours : ce th\u00e8me sera omnipr\u00e9sent dans l&rsquo;\u0153uvre kubrickienne, et \u00e0 son apex dans <strong>Eyes Wide Shut<\/strong>.<\/p>\n<p>Dans <strong>Docteur Folamour<\/strong>, elle prend un sens particulier, c&rsquo;est le fondement m\u00eame de l&rsquo;intrigue : si le colonel Jack D.Ripper lance ses bombardiers \u00e0 l&rsquo;assaut de l&rsquo;URSS, c&rsquo;est bien parce que ses \u00ab\u00a0fluides corporels\u00a0\u00bb sont menac\u00e9s. En clair, il ne bande plus. Kubrick va jouer du motif sexe\/guerre pendant tout le film : dans le coffre des codes nucl\u00e9aires du B-52, il y a des posters de filles nues, dans les rations de survie, cohabitent colt 45 et pr\u00e9servatif, et au lieu de retourner \u00e0 son poste, le general Turgidson (dont le nom est tout un programme) pr\u00e9f\u00e9re rester avec sa secr\u00e9taire en bikini. Quant au salut nazi du Docteur Folamour, il ressemble \u00e0 une \u00e9rection mal contr\u00f4l\u00e9e. Le bon  docteur est en train d&rsquo;expliquer son plan de survie : s&rsquo;enterrer dans des mines pendant en un si\u00e8cle, entour\u00e9 de jeunes femmes s\u00e9lectionn\u00e9es pour leurs \u00ab\u00a0attrait sexuels\u00a0\u00bb afin de favoriser la reproduction, et dans une proportion de dix femmes pour un homme, ce qui ne manque pas d&rsquo;\u00e9mouvoir profond\u00e9ment le General Turgidson (George C. Scott).<\/p>\n<p><strong>L&rsquo;anti-militarisme<br \/>\n<\/strong><em>Peace is our Profession<\/em>. C&rsquo;est ce panneau publicitaire mis en \u00e9vidence dans le cadre \u00e0 plusieurs reprises, dans les arri\u00e8re-plans. Comme <strong>Orange M\u00e9canique<\/strong>, <strong>Docteur Folamour<\/strong> est \u00e9videmment un conte philosophique, une farce pour faire passer un message plus grand que la blague qui le contient. Ici, pas mieux qu&rsquo;ailleurs, les militaires passent un sale quart d&rsquo;heure. Strat\u00e8ge \u00e0 la petite semaine, Petit C\u00e9sar de Bataillon, Jack D&rsquo;Ripper (Jack l&rsquo;Eventreur, Sterling Hayden) est la version dr\u00f4le des brutes galonn\u00e9es qui hantent l&rsquo;\u0153uvre kubrickienne, de <strong>Full Metal Jacket<\/strong> aux <strong>Sentiers de la Gloire<\/strong>, de <strong>Peur et D\u00e9sir<\/strong> \u00e0 <strong>Barry Lyndon<\/strong>. Ici, dans un versant ridicule, mais tout aussi effrayant. Et c\u2019est le message, \u00e9videmment, de Kubrick sur la Guerre Froide : il suffit d&rsquo;un abruti comme Ripper pour sombrer dans l&rsquo;apocalypse.<\/p>\n<p><strong>L&rsquo;homme est une machine<\/strong><br \/>\nUn autre \u00e9l\u00e9ment central de <strong>Docteur Folamour<\/strong>, c&rsquo;est le concept de l&rsquo;homme-machine. Une id\u00e9e assez centrale chez Kubrick : quand on met l&rsquo;homme dans un syst\u00e8me, il est capable de tout, et surtout du pire : l&rsquo;ali\u00e9nation du libre arbitre d&rsquo;Alex dans <strong>Orange M\u00e9canique<\/strong>, via la m\u00e9thode Ludovico, la soumission \u00e0 l&rsquo;ordinateur dans <strong>2001<\/strong>, \u00e0 l&rsquo;ordre social dans <strong>Eyes Wide Shut<\/strong>, \u00e0 l&rsquo;esprit de corps dans <strong>Full Metal Jacket<\/strong>. <\/p>\n<p>Dans <strong>Docteur Folamour<\/strong>, Kubrick s&rsquo;attarde tout particulierement \u00e0 cette logique. L&rsquo;introduction, dans le bombardier B52, d\u00e9crit de mani\u00e8re interminable la proc\u00e9dure, extr\u00eamement rigoureuse, \u00e0 appliquer en cas d&rsquo;attaque nucl\u00e9aire. Une fa\u00e7on de montrer que la guerre ne se lance pas \u00e0 la l\u00e9g\u00e8re, pense-t-on. L&rsquo;\u00e9quipe v\u00e9rifie, rev\u00e9rifie, et rev\u00e9rifie encore, gr\u00e2ce \u00e0 des proc\u00e9dures tr\u00e8s absconses, cod\u00e9es comme dans une secte. Mais non, le \u00ab\u00a0code R\u00a0\u00bb a bien \u00e9t\u00e9 d\u00e9clench\u00e9. Apr\u00e8s un petit discours de motivation \u00ab\u00a0<em>je ne suis pas tr\u00e8s dou\u00e9 pour \u00e7a les gars<\/em>,\u00a0\u00bb dit le Major King Kong, alors que son discours est excellent (il promet des r\u00e9compenses et des m\u00e9dailles \u00e0 la fin, m\u00eame pour les noirs !), on se lance de mani\u00e8re tr\u00e8s professionnelle dans l&rsquo;extermination de masse. Sans aucune crise de conscience des membres de l&rsquo;\u00e9quipage. Sans questionnement. Car le pi\u00e8ge de la technique s\u2019est referm\u00e9 sur eux : les soldats sont devenus des robots. Ce que Kubrick va d\u00e9montrer dans la sc\u00e8ne finale, o\u00f9 le sort s&rsquo;acharne sur eux (missile russe, incendie, soute \u00e0 bombes en panne), mais, petits robots d\u00e9vou\u00e9s, ils triompheront des \u00e9l\u00e9ments pour d\u00e9truire l&rsquo;humanit\u00e9. La sc\u00e8ne finale r\u00e9pond alors \u00e0 la premi\u00e8re par une interminable litanie de chiffres : \u00ab\u00a0<em>cap 060, cible 5 miles, CPI enclench\u00e9 \u00e0 7.<\/em>..\u00a0\u00bb Quand la communication a \u00e9chou\u00e9, il ne reste que le programme.<\/p>\n<p>C&rsquo;est le r\u00eave du Docteur Folamour. Lui qui est l&rsquo;incarnation de ce r\u00eave, mi-homme, mi machine, avec son bras m\u00e9canique et sa chaise roulante. Le bon docteur explique en d\u00e9tail &#8211; et avec un plaisir non dissimul\u00e9 &#8211; comment fonctionne la <em>Doomsday Machine<\/em>, l&rsquo;outil de dissuasion ultime, puisque c&rsquo;est un ordinateur russe qui d\u00e9cide, dans aucune intervention humaine, de la riposte nucl\u00e9aire. Petit oubli : pour qu&rsquo;il y ait dissuasion, il faudrait que l&rsquo;ennemi en face le sache, mais les russes avaient oubli\u00e9. <\/p>\n<p>\u00c9chec de la communication humaine, triomphe de la machine, th\u00e8me kubrickien par excellence.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;autre jour, c&rsquo;\u00e9tait \u00e9cole du soir \u00e0 CineFast : dans cette grande dictature \u00e9clair\u00e9e, le Professorino et la Professorinette avaient cours du soir, option Kubrick. \u00c7a n&rsquo;a pas march\u00e9 : trop long, trop vieux, trop compliqu\u00e9. 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