{"id":3020,"date":"2014-02-22T19:26:55","date_gmt":"2014-02-22T18:26:55","guid":{"rendered":"http:\/\/www.cinefast.com\/?p=3020"},"modified":"2014-03-07T18:38:15","modified_gmt":"2014-03-07T17:38:15","slug":"12-years-a-slave","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cinefast.com\/?p=3020","title":{"rendered":"12 Years a Slave"},"content":{"rendered":"<p>Pour tout prol\u00e9gom\u00e8ne, nous dirons simplement ceci : <strong>12 Years a Slave<\/strong> n&rsquo;est pas le Steve McQueen habituel. Pas de gr\u00e8ve de la faim, pas d\u2019IRA (<strong><a href=\"http:\/\/www.cinefast.com\/?p=2004\">Hunger<\/a><\/strong>), pas d&rsquo;addiction sexuelle, pas de description glac\u00e9e de New York au XXI\u00e8me si\u00e8cle (<strong><a href=\"http:\/\/www.cinefast.com\/?p=1513\">Shame<\/a><\/strong>). Ce qu\u2019on perd en distanciation, on le gagne en \u00e9motion. Car on ne peut douter que ce sujet tienne \u00e0 c\u0153ur \u00e0 l&rsquo;auteur. Moins plasticien, plus classique, McQueen filme ici le biopic comme personne.<\/p>\n<p>On sait pourtant ce qu&rsquo;il va advenir de Salomon Northup, auteur en 1853 de <em>12 Years a Slave<\/em> : le bourgeois noir ais\u00e9 de Saratoga va \u00eatre escroqu\u00e9 par deux petits blancs qui le vendront comme esclave pendant douze ans. Tout est dans le titre. Apr\u00e8s, \u00e9videmment, il sera sauv\u00e9.<\/p>\n<p>Ce qui int\u00e9resse McQueen, ce n&rsquo;est \u00e0 l&rsquo;\u00e9vidence pas le biopic, mais bien, comme toujours, le corps tortur\u00e9. Et l\u00e0,  on est servi. Les esclaves sont des animaux de ferme, et les corps se vendent comme des meubles. Je prendrais bien les deux petits qui vont avec la m\u00e8re\u2026  Ah non, je les vends s\u00e9par\u00e9ment, d\u00e9sol\u00e9. Achet\u00e9 comme du b\u00e9tail, dress\u00e9 comme du b\u00e9tail, avec des variations : le bon fermier (Benedict Cumberbatch) caresse son ouvrier comme on caresse une vache qui a donn\u00e9 beaucoup de lait. Il lui offre un violon quand il travaille bien, et le sauve m\u00eame d&rsquo;une mort certaine. <\/p>\n<p>Le mauvais fermier (Michael Fassbender), lui, s&rsquo;amuse avec son b\u00e9tail, le punit, le fouette pour qu&rsquo;il travaille plus vite, et couche parfois avec. <\/p>\n<p>Mais bon ma\u00eetre ou mauvais ma\u00eetre, en aucun cas, on ne lui redonne sa libert\u00e9. Car l&rsquo;esclave est avant tout une machine co\u00fbteuse, pour laquelle on s&rsquo;est endett\u00e9*. <\/p>\n<p>Le g\u00e9nie de <strong>12 Years a Slave<\/strong>, c&rsquo;est d\u2019aller o\u00f9 les autres ont \u00e9chou\u00e9 ; ne pas jouer le pathos comme le Kunta Kint\u00e9 de <strong>Racines<\/strong>, ou la r\u00e9volte bouffonne tarantinesque de <strong>Django Unchained<\/strong>. <strong>12 Years a Slave<\/strong> ne nous \u00e9pargne rien, aucun coup de fouet, aucune l\u00e2chet\u00e9, aucune compromission, aucune trahison, et nous montre la r\u00e9alit\u00e9 crue, sans jamais utiliser le m\u00e9lo. D\u2019ailleurs, y&rsquo;a-t-il vraiment des personnages ? On peut se le demander, tant le film de McQueen s\u2019apparente plut\u00f4t \u00e0 un <em>Si C\u2019est Un Homme<\/em> de l\u2019esclavage.<\/p>\n<p>Il n&rsquo;y a pas de bons, pas de m\u00e9chants, dans la \u00ab zone grise \u00bb d\u00e9crite par Primo Levi, mais plut\u00f4t un syst\u00e8me, celui de l\u2019industrie allemande associ\u00e9 au diable nazi. Ici, c&rsquo;est l\u2019\u00e9conomie du Sud, drogu\u00e9e au travail servile, qui co\u00fbte peu (mais qui co\u00fbte quand m\u00eame, car comme le montre le film, l\u2019endettement des propri\u00e9taires, c\u2019est aussi leur faiblesse). Un syst\u00e8me qui tuera \u00e0 petit feu le Sud, tandis que le Nord s\u2019industrialisera, s\u2019automatisera, faute de trouver des employ\u00e9s peu chers.  <\/p>\n<p>C&rsquo;est ce que d\u00e9crit Steve McQueen, les ma\u00eetres ivres de pouvoir, les esclaves qui ne peuvent que survivre et s\u00fbrement pas s\u2019entraider, encore moins se r\u00e9volter. La r\u00e9bellion de Salomon, forte au d\u00e9part, finit par se dissoudre peu \u00e0 peu ; il finit par reprendre les premiers conseils qu\u2019on lui a donn\u00e9s : se taire et ob\u00e9ir, pour survivre. Et se r\u00e9fugier dans la religion, chantant en ch\u0153ur, de mani\u00e8re un peu forc\u00e9e au d\u00e9but, puis de plus en plus convaincu, le gospel entonn\u00e9 par les autres esclaves.<\/p>\n<p>Mais personne n&rsquo;est \u00e9pargn\u00e9 par <strong>12 Years a Slave<\/strong>. En dressant, en filigrane, le portrait d\u2019un petit bourgeois noir qui ne se pr\u00e9occupe pas d\u2019esclavage avant sa propre trag\u00e9die, Steve McQueen \u00e9corche aussi bien le Nord, o\u00f9 l\u2019on peut enlever impun\u00e9ment un homme et le Sud, o\u00f9 l\u2019on peut le vendre et le r\u00e9duire en esclavage, mais aussi, en vendant ses charmes, acc\u00e9der au statut des ma\u00eetres (comme la sc\u00e8ne du th\u00e9, formidable, avec Alfre Woodard). Ceux qui risquent, ce sont ceux qui viennent en aide.  <\/p>\n<p>\u00ab <em>There is nothing to forgive<\/em> \u00bb, cette phrase \u00e0 double sens donne  une \u00e9trange conclusion au film, comme si on ne pouvait pardonner aux blancs ce qui avait \u00e9t\u00e9 fait aux noirs, mais aussi un appel \u00e0 la communaut\u00e9 noire : \u00e9chapper \u00e0 l\u2019id\u00e9e de l\u2019esclavage comme un p\u00e9ch\u00e9 originel. <\/p>\n<p><em><\/p>\n<p>*Ce qui est fort bien expliqu\u00e9 dans Lincoln.<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pour tout prol\u00e9gom\u00e8ne, nous dirons simplement ceci : 12 Years a Slave n&rsquo;est pas le Steve McQueen habituel. Pas de gr\u00e8ve de la faim, pas d\u2019IRA (Hunger), pas d&rsquo;addiction sexuelle, pas de description glac\u00e9e de New York au XXI\u00e8me si\u00e8cle (Shame). Ce qu\u2019on perd en distanciation, on le gagne en \u00e9motion. 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