{"id":2597,"date":"2013-07-08T10:45:12","date_gmt":"2013-07-08T08:45:12","guid":{"rendered":"http:\/\/www.cinefast.com\/?p=2597"},"modified":"2024-06-24T09:33:10","modified_gmt":"2024-06-24T07:33:10","slug":"princesse-sabine-et-cendrillon-bartoli","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cinefast.com\/?p=2597","title":{"rendered":"Princesse Sabine et Cendrillon Bartoli"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/www.cinefast.com\/?p=423\">On l&rsquo;a d\u00e9j\u00e0 dit ici<\/a>, le sport est un formidable outil dramaturgique. Comme le cin\u00e9ma, m\u00eame si rien n&rsquo;y est \u00e9crit \u00e0 l&rsquo;avance.<\/p>\n<p>Quoique.<\/p>\n<p>Le cadrage, le timing, c&rsquo;est bien le r\u00e9alisateur de t\u00e9l\u00e9vision qui les d\u00e9cide. Et qui utilise les astuces dramaturgiques (ralentis, gros plan, plan large, \u2026) pour signifier l\u2019\u00e9v\u00e8nement. Samedi, tandis que nous patientions jusqu&rsquo;au soir (ces choses-l\u00e0 ne se regardent qu&rsquo;\u00e0 la nuit tomb\u00e9e) pour regarder le terrible <strong>S309<\/strong>, notre t\u00e9l\u00e9commande zappa entre Wimbledon et Castre-Ax 3 Domaines.<\/p>\n<p>Dun c\u00f4t\u00e9, le gazon de la noblesse anglaise, ce parfait petit carr\u00e9 vert o\u00f9 deux chevali\u00e8res en jupette blanche en venaient aux mains ; de l&rsquo;autre, les prolos du Tour de France, bleu de chauffe et les muscles luisants, fabriquaient la victoire de Sky \u00e0 grands coups de p\u00e9dale.<\/p>\n<p>Deux univers, deux dramaturgies. Duel \u00e0 mort d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, sans limite de temps : l\u2019affrontement tennistique peut durer des heures, des jours. Mais pour que cela s\u2019arr\u00eate, il suffit que l&rsquo;un des pr\u00e9tendants mettent deux fois de suite le genou \u00e0 terre. De l&rsquo;autre, une fin pr\u00e9vue, in\u00e9luctable, toujours aux alentours de 17 heures, mais dont le d\u00e9roulement n&rsquo;est jamais pr\u00e9visible. D&rsquo;o\u00f9 cette dramaturgie particuli\u00e8re du Tour de France : une \u00e9tape, c&rsquo;est &#8211; forc\u00e9ment &#8211; de plus en plus int\u00e9ressant. Ainsi, on se passionne pour l&rsquo;\u00e9chapp\u00e9e du petit fran\u00e7ais d&rsquo;AG2R, tandis qu&rsquo;un nouveau personnage prend subitement la vedette, Quintana, le jeune premier Colombien. On fait l&rsquo;erreur de zapper vers Wimbledon, et quand on revient, Mister Froome a pris deux minutes \u00e0 tout le monde : il gagne l&rsquo;\u00e9tape, son \u00e9quipe prend les cinq premi\u00e8res places, et il a peut-\u00eatre d\u00e9j\u00e0 gagn\u00e9 le Tour, apr\u00e8s une seule semaine de comp\u00e9tition. \u00c7a apprendra \u00e0 \u00eatre infid\u00e8le \u00e0 la Grande Boucle.<\/p>\n<p>De l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9, un autre drame se noue : la belle Princesse Sabine Lisicki, jeune biche blonde aux yeux bleus, subit les coups implacables du laideron, Cendrillon Bartoli. Et l&rsquo;impensable arrive : Princesse Sabine se met \u00e0 pleurer. Pas sur le banc, pas \u00e0 la fin du match. Non, au milieu du service. Du jamais-vu en finale. Bambi regarde sa m\u00e8re, laideron impassible, parfaite douairi\u00e8re, \u00e0 qui l&rsquo;\u00e9motion de sa fille ne fait ni chaud ni froid. Des larmes, tu en verseras d&rsquo;autres, ma fille. C&rsquo;est le sort des femmes que de pleurer.<\/p>\n<p>Mais Sabine ne pleure pas des m\u00e9chancet\u00e9s de Bartoli, non, elle pleure contre elle-m\u00eame, son fameux service qui la l\u00e2che aujourd&rsquo;hui, devant tout le monde. Et contre ses retours minables&#8230; Elle pleure de d\u00e9cevoir le public, ce public anglais si chic dans ses jolies tenues blanches, <em>strawberries and cream<\/em> \u00e0 la main. Car la foule penche \u00e9videmment pour sa princesse saxonne, si blonde et si jolie, <em>so charming<\/em>.<\/p>\n<p>La t\u00e9l\u00e9vision, consciente de ce qui se joue l\u00e0, de cette dramaturgie in\u00e9dite, ne rate aucun gros plan de la Princesse. Ni ses larmes, ni ses gestes de d\u00e9sespoir vers sa m\u00e8re impavide.<\/p>\n<p>En face, Bartoli serre le poing \u00e0 chaque point marqu\u00e9, comme une mama corse. Le public ne peut pas l&rsquo;aimer ; elle n&rsquo;est pas belle, elle n&rsquo;est pas gentille, elle ne peut pas gagner, ce serait une terrible injustice. Pourtant, comme sa pr\u00e9d\u00e9cesseuse, Arantxa Sanchez, Bartoli gagne. Et comme dans la meilleur des <em>drama<\/em>, Bartoli court vers la tribune, pour embrasser son coach, son Prince Charmant, qui vient de lui donner sa victoire, vers Mauresmo, sa m\u00e8re de substitution, et &#8211; moment magique &#8211; elle se jette finalement dans les bras de son p\u00e8re. Ce Barbe-Bleue qui l&rsquo;accompagne depuis la plus tendre enfance et qu&rsquo;elle vient pourtant de r\u00e9pudier, quelques semaines auparavant.<\/p>\n<p>Le p\u00e8re, visiblement g\u00ean\u00e9, ne sut pas vraiment embrasser sa fille. Ce qui rendit l&rsquo;histoire encore plus belle.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>On l&rsquo;a d\u00e9j\u00e0 dit ici, le sport est un formidable outil dramaturgique. 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