{"id":2572,"date":"2013-06-22T11:59:49","date_gmt":"2013-06-22T09:59:49","guid":{"rendered":"http:\/\/www.cinefast.com\/?p=2572"},"modified":"2020-11-30T15:00:11","modified_gmt":"2020-11-30T14:00:11","slug":"titanic-plongee-n-3","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cinefast.com\/?p=2572","title":{"rendered":"Titanic, plong\u00e9e n\u00b0 3"},"content":{"rendered":"<p>Et voil\u00e0, on retourne plonger &#8211; gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;ami Pacobalcon &#8211; sur la plus c\u00e9l\u00e8bre \u00e9pave d&rsquo;Hollywood. L&rsquo;occasion de former une nouvelle fois nos ch\u00e8res t\u00eates blondes (des quatri\u00e8mes de classe europ\u00e9enne) aux myst\u00e8res de la narration, via <strong>Titanic<\/strong>, le chef d&rsquo;\u0153uvre pop de James Cameron.<\/p>\n<p>Rien de nouveau sous le soleil, me direz-vous, mais dans un grand film, il y a toujours mati\u00e8re \u00e0 creuser. Ici, ce n&rsquo;est pas ce qui manque, et on n&rsquo;a toujours pas fouill\u00e9 le Pont B, le Caf\u00e9 Fran\u00e7ais, la Salle des Machines ou la Chambre du Capitaine&#8230;<\/p>\n<p>Aujourd&rsquo;hui, on s&rsquo;attaquera donc \u00e0 Brock Lovett. Oui, Brock, le chasseur de tr\u00e9sor, le pilleur d&rsquo;\u00e9paves interpr\u00e9t\u00e9 par Bill Paxton, notre chouchou d\u2019<strong><a href=\"http:\/\/www.cinefast.com\/?p=446\">Une Cr\u00e9ature de R\u00eave<\/a><\/strong>, <strong>Un Faux Mouvement<\/strong>, <strong>Twister<\/strong>, et <strong><a href=\"http:\/\/www.cinefast.com\/?p=2447\">Apollo 13<\/a><\/strong>.<\/p>\n<p>Qui est donc Brock Lovett ? Eh bien, Brock Lovett, c\u2019est vous ! Le point de vue du film, et aussi l\u2019avatar de James Cameron, sa repr\u00e9sentation au sein de son propre film*.<\/p>\n<p>Dans un film ou une s\u00e9rie, il faut toujours un point de vue : un personnage neutre auquel le spectateur pourra se rattacher pour porter des jugement sur les autres personnages. Jerry Seinfeld est un bon exemple de point de vue, dans <strong>Seinfeld<\/strong>, la s\u00e9rie.<\/p>\n<p>Mais Brock Lovett est un dr\u00f4le de point de vue. Dans la premi\u00e8re sc\u00e8ne du film, Lovett se filme (narcissisme) en train de plonger sur l\u2019\u00e9pave du <em>Titanic<\/em>. Lewis Bodine, son assistant rouquin, Falstaff <em>geek <\/em>, sarcasme vivant, qui arbore en permanence un T-Shirt des <em>Watchmen<\/em>, se pr\u00e9sente imm\u00e9diatement comme sa conscience, son gepetto, son bouffon : \u00ab <em>You&rsquo;re so full of shit, boss ! <\/em>\u00bb. Il va \u00eatre pr\u00e9sent tout au long du film, et particuli\u00e8rement dans l&rsquo;introduction, pour moquer Lovett, mais aussi Rose : \u00ab <em>She&rsquo;s a liar ! She was an actress, goddamit! <\/em>\u00bb.<\/p>\n<p>Mais pour Lovett, la messe est dite : Lovett <em>is only here for the money<\/em>, comme disait Frank Zappa. Un pilleur d\u2019\u00e9pave qui surjoue la trag\u00e9die <em>Titanic<\/em> devant sa cam\u00e9ra, pour faire pleurer dans les chaumi\u00e8res et vendre probablement le <em>making of<\/em> de son exp\u00e9dition. Brock Lovett n&rsquo;est l\u00e0 que pour une seule chose : trouver le plus gros diamant du monde : le <em>C\u0153ur de l&rsquo;Oc\u00e9an.<\/em> Et \u00e7a, c&rsquo;est mal&#8230;<\/p>\n<p>Car comme le CineFaster le sait parfaitement, par cet \u00e9trange retournement philosophique qu&rsquo;op\u00e8re le cin\u00e9ma am\u00e9ricain, l&rsquo;argent, c&rsquo;est mal. Pour un pays qui met le succ\u00e8s au-dessus de tout, c&rsquo;est assez \u00e9tonnant. Pourtant, le cin\u00e9ma US regorge de ces m\u00e9chants ultra-riches, de JR aux fr\u00e8res Winklevoss. Brock Lovett fait partie de ces m\u00e9chants assoiff\u00e9s d\u2019argent. Il sera donc puni. Dans une sc\u00e8ne parfaitement freudienne, Lovett (<em>love it<\/em> ?) fouille un coffre empli d&rsquo;une substance brune et gluante : l&rsquo;argent, c&rsquo;est de la merde.<\/p>\n<p>Pourquoi cette introduction peu rago\u00fbtante, qui semble vouloir nous d\u00e9go\u00fbter d&rsquo;un personnage, qui pourtant est notre point de vue ? Mais parce qu&rsquo;on te parle, spectateur ! Mieux, on te parle&#8230; de TOI ! Car James Cameron sait <em>exactement<\/em> ce que tu es venu faire dans cette salle, petit \u00eatre vil ! Tu n&rsquo;es pas, en effet, anim\u00e9 des meilleures intentions. Tu as pay\u00e9 tes 10 euros pour mater un bon petit film catastrophe des familles. C\u00f4toyer, comme tes cong\u00e9n\u00e8res depuis maintenant un si\u00e8cle, la l\u00e9gende morbide du <em>Titanic<\/em>. Voir des enfants mourir et des femmes pleurer. Voir peut-\u00eatre un peu de romance aussi, un peu de sexe si possible. Ne t\u2019inqui\u00e8te pas, d\u00e9cadent spectateur. On va te donner \u00e7a. Mais pas tout de suite. Pas comme \u00e7a.<\/p>\n<p>Cette introduction &#8211; interminable selon les standards Hollywoodiens (vingt minutes sans star, sans action, sans violence, tout le contraire des r\u00e8gles \u00e9rig\u00e9es par les studios) &#8211; est pourtant un chef d&rsquo;\u0153uvre de mise en place. Tout y est. La catastrophe \u00e0 venir. La trag\u00e9die. La <em>love story<\/em>. Mais avant de passer aux choses s\u00e9rieuses, Cameron veut vous nettoyer s\u00e9rieusement la t\u00eate. Vous amener, immacul\u00e9, devant SON film. Car vous n\u2019\u00eates pas venu voir le 43\u00e8me film sur le Titanic. Vous \u00eates venu voir LE <strong>Titanic <\/strong>de James Cameron. Il vous faut donc, comme Brock Lovett, expier d&rsquo;abord vos p\u00e9ch\u00e9s.<\/p>\n<p>Le p\u00e9ch\u00e9 de voyeurisme. \u00ab Th<em>e experience of it was somewhat different <\/em>\u00bb, r\u00e9pond la vieille Rose \u00e0 Bodine, apr\u00e8s son expos\u00e9 de mauvais go\u00fbt 3D (\u00ab <em>And that&rsquo;s a big ass, we&rsquo;re talking 20-30,000 tons <\/em>\u00bb). Cette sc\u00e8ne est un coup de g\u00e9nie. Elle vide le film, d\u00e8s le d\u00e9but, de son \u00e9tiquette de \u00ab film catastrophe \u00bb, la tumeur canc\u00e9reuse qui pourrait tuer le film dans l\u2019\u0153uf. C\u2019est \u00e7a que vous \u00eates venus voir ? Un naufrage ? Le voil\u00e0 ! semble nous dire Cameron. Mais moi, je suis venu vous montrer une trag\u00e9die. Une exp\u00e9rience humaine comparable \u00e0 nulle autre. Et toi, Bodine, fan habituel de mes films (<strong>Aliens, Terminator&#8230;<\/strong>), <em>geek <\/em>sans conscience, qui ne respecte rien et se moque de tout&#8230; Eh bien, c&rsquo;est un nouveau Cameron que tu vas voir ici.<\/p>\n<p>P\u00e9ch\u00e9 d&rsquo;impatience ? Oui, nous sommes comme Lovett, coinc\u00e9s dans ce cin\u00e9ma depuis vingt minutes. Et, oui, nous n\u2019en pouvons plus de ce film documentaire que tu nous ass\u00e8nes, Jim. Des plans vid\u00e9o de l\u2019\u00e9pave. Des robots qui se baladent dans les coursives et qui retournent des planches pourries\u2026 et ce piano fig\u00e9 dans l\u2019eau pour toujours&#8230; Mais nous voulons de l&rsquo;action, nous voulons Leo, nous voulons Kate, nous voulons notre film catastrophe\u2026 pas ce documentaire sur <em>History channel<\/em>.<\/p>\n<p><em>&#8211;\u00a0 Tell us this story, Rose<\/em>.<\/p>\n<p>C&rsquo;est \u00e0 cet endroit pr\u00e9cis que Cameron nous prend au bout de sa ligne, qu\u2019il a app\u00e2t\u00e9 avec des morceaux de vieille dame indigne (Rose) depuis vingt minutes :<\/p>\n<p><em>&#8211; Do you want to hear this story or not?<\/em><\/p>\n<p>Symboliquement, Lovett s&rsquo;assoit au pied de Rose, dans une position qui \u00e9voque celle du spectateur du cin\u00e9ma, le bon vieux m\u00e9canisme de transfert film-spectateur.<\/p>\n<p>Le film peut enfin commencer. \u00ab\u00a0<em>It&rsquo;s been 84 years, and I can still smell the fresh paint. The china had never been used. The sheets had never been slept in. Titanic was called the Ship of Dreams, and it was. It really was<\/em>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Belles voitures, beaux chapeaux, gants beurre frais, les riches et les pauvres, le <em>ship of dreams<\/em>, l&rsquo;iceberg, <em>Plus Pr\u00e8s de Toi Mon Dieu<\/em>\u2026 tout le monde est pr\u00eat \u00e0 voir enfin LE <strong>Titanic <\/strong>de monsieur Cameron.<\/p>\n<p>On retrouvera les m\u00eames trois heures plus tard, dans une position l\u00e9g\u00e8rement diff\u00e9rente. Film\u00e9 \u00e0 hauteur d&rsquo;homme (ils ont grandi) et les yeux embu\u00e9s de larmes, m\u00eame Falstaff-Bodine.<\/p>\n<p>Le shaman Kameron nous a emmen\u00e9 au-del\u00e0 de l&rsquo;espace et du temps, nous a racont\u00e9 le grand mythe r\u00e9dempteur du <em>Titanic<\/em>, la folie que les hommes croyaient insubmersible, dans une \u00e9poque o\u00f9 les riches pouvaient enfermer les pauvres \u00e0 fond de cale, et les femmes, avec un diamant. Enfin \u00e9duqu\u00e9s, Lovett, Bodine, peuvent se laisser aller \u00e0 l&rsquo;\u00e9motion. Le spectateur, lui, pleure comme une madeleine depuis le mitan du film, quand Jack a \u00ab lib\u00e9r\u00e9 \u00bb Rose, dans un baiser devenu iconique, \u00e0 la proue du bateau.<\/p>\n<p>D\u00e9sormais, il ne reste qu&rsquo;une chose \u00e0 faire : conclure cette intrigue \u00ab\u00a0B\u00a0\u00bb (Lovett, l&rsquo;\u00e9pave, la vieille Rose) avant de conclure l&rsquo;intrigue principale \u00ab\u00a0A\u00a0\u00bb (O\u00f9 est pass\u00e9 le <em>C\u0153ur de\u00a0<\/em><i>l\u2019Oc\u00e9an<\/i>\u00a0? Rose retrouvera-t-elle son Jack ?)<\/p>\n<p>C&rsquo;est chose faite dans l&rsquo;une des rares sc\u00e8nes rat\u00e9es du film : sur l&rsquo;entrepont, Brock Lovett se confie \u00e0 Lizzy, la petite fille de Rose : \u00ab <em>3 ans que je bosse sur Titanic, et je suis pass\u00e9 \u00e0 c\u00f4t\u00e9<\/em>** \u00bb ; Lovett jette son cigare sans le fumer : le symbole du succ\u00e8s est \u00e0 la poubelle, il a \u00e9chou\u00e9, il ne retrouvera jamais le C\u0153ur de l&rsquo;Oc\u00e9an, d&rsquo;ailleurs il n&rsquo;en a plus envie, maintenant qu&rsquo;il a touch\u00e9 du doigt la v\u00e9rit\u00e9 vraie de la trag\u00e9die du <em>Titanic<\/em>.<\/p>\n<p>Mal jou\u00e9e, mal film\u00e9e, cette sc\u00e8ne est pourtant conserv\u00e9e telle quelle. Probablement parce qu&rsquo;elle comptait \u00e9norm\u00e9ment pour James Cameron. Comment ne pas y voir, en effet, l&rsquo;expression de sa propre angoisse de cr\u00e9ateur ? L&rsquo;angoisse de \u00ab rater \u00bb <strong>Titanic<\/strong>, le film ? De c\u00e9der aux injonctions des studios, de faire ce film catastrophe avec des stars que la Fox et Paramount exigent de lui ? De subir cette pression de 200 millions de dollars qui manque de l&rsquo;\u00e9craser, et dont il ne se prot\u00e8ge qu&rsquo;en renon\u00e7ant \u00e0 toute forme de salaire pour conserver le <em>final cut<\/em>*** ?<\/p>\n<p>Brock Lovett, c&rsquo;est \u00e9videmment lui. Et Lizzy, c&rsquo;est Cameron APRES le film, qui regarde le premier avec ce regard amus\u00e9 que les femmes posent sur l&rsquo;immaturit\u00e9 des hommes. Tu n&rsquo;as pas atteint le succ\u00e8s, Brock, mais tu as grandi. Tu as finalement touch\u00e9 du doigt cette trag\u00e9die. Tu as laiss\u00e9 les sentiments t\u2019envahir.<\/p>\n<p>Maintenant, tu es un homme &#8230;<\/p>\n<p><em>* Bill Paxton est aussi un des fid\u00e8les de Cameron : <strong>Aliens, True Lies, Titanic, Terminator<\/strong><br \/>\n**Three years, I&rsquo;ve thought of nothing except Titanic; but I never got it&#8230; I never let it in.<br \/>\n*** Des droits qui lui furent gracieusement restitu\u00e9s par les studios devant l&rsquo;immense succ\u00e8s du film<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Et voil\u00e0, on retourne plonger &#8211; gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;ami Pacobalcon &#8211; sur la plus c\u00e9l\u00e8bre \u00e9pave d&rsquo;Hollywood. L&rsquo;occasion de former une nouvelle fois nos ch\u00e8res t\u00eates blondes (des quatri\u00e8mes de classe europ\u00e9enne) aux myst\u00e8res de la narration, via Titanic, le chef d&rsquo;\u0153uvre pop de James Cameron. 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