{"id":2386,"date":"2013-02-13T12:47:31","date_gmt":"2013-02-13T10:47:31","guid":{"rendered":"http:\/\/www.cinefast.com\/?p=2386"},"modified":"2013-02-14T14:54:55","modified_gmt":"2013-02-14T12:54:55","slug":"eternal-sunshine-of-the-spotless-mind","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cinefast.com\/?p=2386","title":{"rendered":"Eternal Sunshine of the Spotless Mind"},"content":{"rendered":"<p><em>How happy is the blameless vestal&rsquo;s lot!<br \/>\nThe world forgetting, by the world forgot<br \/>\nEternal sunshine of the spotless mind!<br \/>\nEach prayer accepted, and each wish resigned<br \/>\n<\/em><\/p>\n<p>Soleil \u00e9ternel d\u2019un esprit sans tache, pour les vestales irr\u00e9prochables ? Le message du film de Michel Gondry est pourtant d&rsquo;affirmer le contraire du tr\u00e8s beau po\u00e8me d&rsquo;Alexander Pope : non, il n&rsquo;y a pas de soleil \u00e9ternel, ni d&rsquo;\u00e2me sans tache, que l&rsquo;on soit irr\u00e9prochable ou pas. Et le coup de g\u00e9nie, c&rsquo;est d&rsquo;en faire un film l\u00e9ger, dr\u00f4le, sympa, et \u00e9mouvant, qui d\u00e9poussi\u00e8re au passage la com\u00e9die romantique.<\/p>\n<p>L&rsquo;argument est simple : que se passerait-il si nous pouvions effacer les gens qui nous d\u00e9plaisent de notre m\u00e9moire ? Et en particulier, les histoires d&rsquo;amour rat\u00e9es ? <\/p>\n<p>C&rsquo;est ce que d\u00e9cide Joel Barish, impeccablement jou\u00e9 par Jim Carrey. Joel veut se d\u00e9barrasser de tous ses souvenirs de Clementine (Kate Winslet), amour fantasque aux cheveux mandarines : la belle histoire d&rsquo;amour a tourn\u00e9 au couple aigri. S&rsquo;en d\u00e9barrasser comme l&rsquo;on d\u00e9barrasse son bureau en changeant de job : toute une vie dans un carton et hop, poubelle ! L\u2019image sera r\u00e9utilis\u00e9e plus tard. <\/p>\n<p>Mais rien n&rsquo;est simple dans la vie, et cet \u00ab effa\u00e7age \u00bb va tourner \u00e0 la catastrophe, et d\u00e9montrer l&rsquo;inanit\u00e9 de la proposition.<\/p>\n<p>Dans ce film-cerveau, Michel Gondry est \u00e0 l\u2019aise comme un poisson dans l&rsquo;eau. Il suffit de comparer avec ce que Spike Jonze avait fait du m\u00eame mat\u00e9riau : <strong>Dans la peau de John Malkovich<\/strong> (fourni par le m\u00eame sc\u00e9nariste Charlie Kaufman). Autant Jonze avait accouch\u00e9 &#8211; selon la belle formule de Philippe de Winterfell &#8211; d\u2019un film \u00ab <em>avec un cerveau, mais pas de c\u0153ur<\/em> \u00bb, autant <strong>Eternal Sunshine of the Spotless Mind<\/strong> montre ses muscles. Un film de c\u0153ur tout autant que de cerveau.  <\/p>\n<p>D&rsquo;abord, parce que c&rsquo;est une vraie <em>love story<\/em>, entre deux d\u00e9ficients de l&rsquo;amour, un Barish autiste, et une Clementine virevoltante.<\/p>\n<p>Ensuite, parce que l\u2019histoire est magnifi\u00e9e par un message, un vrai : nous ne sommes pas des \u00eatres parfaits, et nous n&rsquo;avons pas vocation \u00e0 le devenir. Aucune machine ne peut enlever les taches de nos souvenirs malodorants, de nos erreurs, de nos fautes. Nous ne pouvons pas r\u00e9\u00e9crire nos histoires Une id\u00e9e anti-am\u00e9ricaine s&rsquo;il en est, au pays de la \u00ab <em>seconde chance<\/em> \u00bb.<\/p>\n<p>Enfin, parce que ce message est sublim\u00e9 par le g\u00e9nie visuel et graphique de Michel Gondry. Sa narration explos\u00e9e supprime tous les temps morts, et coupe au sein d\u2019une sc\u00e8ne tout ce qui est inutile. Ce pourrait \u00eatre qu\u2019un d\u00e9lire esth\u00e9tique de plus, dans un monde o\u00f9 le montage est un art \u00e0 la port\u00e9e du moindre utilisateur de Mac. Mais Gondry est un vrai cin\u00e9aste, et sa mise en sc\u00e8ne d\u00e9constructiviste sert parfaitement le propos d\u00e9lirant du film. <\/p>\n<p>C&rsquo;est d&rsquo;autant plus fort que ses effets sp\u00e9ciaux, fort co\u00fbteux au demeurant, sont utilis\u00e9s avec beaucoup de discr\u00e9tion : une couverture de livre qui s&rsquo;efface par ci, une maison qui s&rsquo;\u00e9croule par l\u00e0, dans l&rsquo;obscurit\u00e9 d&rsquo;un arri\u00e8re-plan.<\/p>\n<p>A aucun moment, Gondry ne fait \u00e9talage de sa virtuosit\u00e9 ; il conserve m\u00eame, gr\u00e2ce \u00e0 son intrigue secondaire et ses personnages annexes (Kirsten Dunst, Mark Ruffalo, Elijah Wood, Tom Wilkinson), une sorte d&rsquo;humour foutraque, utile contrepoint de la trag\u00e9die ambiante. <\/p>\n<p>On comprend mieux pourquoi on vient de confier les manettes de <strong>L&rsquo;Ecume des Jours <\/strong>: qui d&rsquo;autre que lui peut adapter le d\u00e9lire po\u00e9tique de Boris Vian ?<\/p>\n<p>Apr\u00e8s <strong>Soyez Sympas, Rembobinez<\/strong>, Gondry affirme \u00e0 nouveau son amour du cin\u00e9ma. Le cin\u00e9ma, c&rsquo;est la vie. <\/p>\n<p>Effacer ses souvenirs, c&rsquo;est effacer le cin\u00e9ma. Mais rien n\u2019effacera Eternal, qui porte si bien son nom, finalement. <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>How happy is the blameless vestal&rsquo;s lot! The world forgetting, by the world forgot Eternal sunshine of the spotless mind! Each prayer accepted, and each wish resigned Soleil \u00e9ternel d\u2019un esprit sans tache, pour les vestales irr\u00e9prochables ? 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