{"id":2350,"date":"2013-01-31T16:21:16","date_gmt":"2013-01-31T14:21:16","guid":{"rendered":"http:\/\/www.cinefast.com\/?p=2350"},"modified":"2014-01-02T15:14:24","modified_gmt":"2014-01-02T14:14:24","slug":"the-rock","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cinefast.com\/?p=2350","title":{"rendered":"The Rock"},"content":{"rendered":"<p>En 1996, \u00a0<strong>The Rock<\/strong> signe l&rsquo;aboutissement du film \u00ab\u00a0<em>High Concept<\/em>\u00a0\u00bb mis en place par le duo \u00a0de producteurs Simpson\/Bruckheimer\u00a0; une aventure des eighties \u00e0 d\u00e9couvrir dans <em>Box Office<\/em>, <a href=\"http:\/\/www.cinefast.com\/?p= 434\">le passionnant livre de Charles Fleming<\/a> consacr\u00e9 \u00e0 Don Simpson.<\/p>\n<p>Or ce film, c&rsquo;est aussi le dernier\u00a0: la m\u00eame ann\u00e9e, Don Simpson meurt dans ses toilettes,\u00a0une bio d\u2019Oliver Stone \u00e0 la main. Incident cardiaque, d\u00fb \u00e0 l&rsquo;abus de m\u00e9dicaments et de drogues. Simpson ne verra pas <strong>Armageddon<\/strong>, futur film de leur poulain Michael Bay. Or, <strong>The Rock<\/strong> n&rsquo;est que le brouillon <a href=\"http:\/\/www.cinefast.com\/?p=5\">d&rsquo;<strong>Armageddon<\/strong><\/a>, en alignant les m\u00eames th\u00e9matiques, et les m\u00eames figures de style. D\u00e9monstration.<\/p>\n<p><strong>Le parcours du h\u00e9ros<\/strong><\/p>\n<p><strong>The Rock<\/strong> et <strong>Armageddon<\/strong>, c&rsquo;est &#8211; malgr\u00e9 les apparences &#8211; la m\u00eame histoire, le m\u00eame <em>Parcours du H\u00e9ros<\/em> Simpsono-Bruckheimerien. Deux types ordinaires, deux <em>real McCoys<\/em> sauvent la plan\u00e8te, en combattant \u00e0 la fois l\u2019ennemi int\u00e9rieur (qui n\u2019en est pas vraiment un) et l\u2019Etat Tyran \u00a0(qui nous a vraiment mis dans le p\u00e9trin).<\/p>\n<p>Dans <strong>Armageddon<\/strong>, c&rsquo;est le duo Willis\/Affleck, bin\u00f4me antique Vieux Con\/Jeune Con, qui sauve la plan\u00e8te, aid\u00e9 par une joyeuse bande de <em>Village People<\/em> issue des recoins de l\u2019Am\u00e9rique trash. Dans <strong>The Rock<\/strong>, ce bin\u00f4me est d\u00e9j\u00e0 l\u00e0\u00a0: Nicolas Cage d\u00e9bute sa fructueuse coop\u00e9ration avec les S&amp;B dans le r\u00f4le de Stanley Goodspeed (\u00ab\u00a0<em>Bon vent<\/em>\u00a0\u00bb en anglais (1)), un ing\u00e9nieur sp\u00e9cialis\u00e9 dans les armes bact\u00e9riologiques. Sean Connery est John Patrick Mason, un ancien d\u00e9tenu d\u2019Alcatraz, \u00e9vad\u00e9 multir\u00e9cidiviste. Les voil\u00e0 oblig\u00e9s de faire \u00e9quipe pour emp\u00eacher un g\u00e9n\u00e9ral ren\u00e9gat, Hummel, (Ed Harris, en beaut\u00e9\u00a0!), de bombarder San Francisco, pour (sic\u00a0!), restaurer l\u2019honneur perdu des centaines de <em>Marines<\/em> morts au combat dans des missions secr\u00e8tes. Pour cela, le duo Mason\/Goodspeed doit se rendre sur <em>The Rock<\/em>, qui n&rsquo;est pas un ast\u00e9ro\u00efde tueur mais bien la prison d\u2019Alcatraz, dans la baie de San Francisco.<\/p>\n<p><strong>L&rsquo;Etat Tyran, l\u2019Etat Menteur<\/strong><\/p>\n<p>Constante am\u00e9ricaine, constante r\u00e9publicaine, constante simpsono-bruckheimerienne : depuis la R\u00e9volution de 1776, les am\u00e9ricains semblent vivre dans l\u2019angoisse du retour de la tyrannie, sous la f\u00e9rule d\u2019un ennemi ext\u00e9rieur (les british, les communistes, les extraterrestres), ou int\u00e9rieur (l\u2019administration f\u00e9d\u00e9rale, le FBI, Washington) (2). Un propos parfaitement illustr\u00e9 par <strong>X-Files<\/strong>, <strong>24<\/strong> ou <strong>Homeland<\/strong>.<\/p>\n<p>Mais chez Simpson\/Bruckheimer, l\u2019ennemi ext\u00e9rieur n\u2019existe pas. Les Russes d\u2019<strong>Armageddon<\/strong> sont nos amis. Les Russes d\u2019<strong>USS Alabama<\/strong> sont nos amis, aussi, \u00e0 part quelques exalt\u00e9s, vite r\u00e9duits au silence par les troupes loyalistes. Il y a bien une menace ext\u00e9rieure dans <strong>Top Gun<\/strong> (des Lybiens), mais le v\u00e9ritable ennemi de Maverick, c&rsquo;est lui-m\u00eame. La constante de Simpson\/Bruckheimer, c&rsquo;est bien la tyrannie int\u00e9rieure, le risque d&rsquo;un \u00e9tat centralisateur, omnipotent, manipulateur, qui commande tous les espaces de nos vies. L&rsquo;\u00e9tat est une menace\u00a0; l&rsquo;\u00e9tat, c&rsquo;est LA menace.<\/p>\n<p>C&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment l\u2019argument de <strong>The Rock<\/strong> : le G\u00e9n\u00e9ral Hummel prend Alcatraz, ses 80 touristes, et la ville de San Francisco en otage pour extorquer au gouvernement 100M$ : une r\u00e9compense pour les familles des soldats morts en op\u00e9ration secr\u00e8te, sans s\u00e9pulture. On n\u2019a rien dit aux familles\u00a0: premier mensonge. Cet argent, Hummel veut qu&rsquo;il provienne des trafics d&rsquo;armes de la CIA, c&rsquo;est \u00e0 dire l&rsquo;<em>Irangate<\/em> (vente d\u2019armes \u00e0 l\u2019Iran pour financer les Contras nicaraguayens). Deuxi\u00e8me mensonge.<\/p>\n<p>Pour cela on fait appel \u00e0 Mason, un type qui a pass\u00e9 trente ans \u00e0 Alcatraz, parce qu&rsquo;il est l\u2019agent secret britannique qui a vol\u00e9&#8230; les dossiers secrets de Hoover ! \u00ab\u00a0<em>This man knows our most intimate secrets from the last half century! The alien landing at Roswell, the truth behind the J.F.K. assassination<\/em>. \u00bb Troisi\u00e8me, quatri\u00e8me, cinqui\u00e8me mensonge\u00a0!!! L&rsquo;\u00e9tat nous ment, et il nous ment depuis toujours\u00a0! Kennedy, Zone 51, Irangate.<\/p>\n<p>Dans cette introduction, Bay a pos\u00e9 le dilemme : m\u00eame si ses m\u00e9thodes sont contestables, Hummel met le doigt o\u00f9 \u00e7a fait mal, sur l\u2019\u00e9tat manipulateur, qui surveille les citoyens, bafoue leurs libert\u00e9s individuelles, et qui &#8211; terrible p\u00e9ch\u00e9 \u2013 nous ment. Comme dans <strong>Armageddon<\/strong>, <strong>Ennemi d\u2019Etat<\/strong>, <a href=\"http:\/\/www.cinefast.com\/?p=378\"><strong>USS Alabama<\/strong><\/a>, ou <a href=\"http:\/\/www.cinefast.com\/?p=131\"><strong>D\u00e9j\u00e0 Vu<\/strong><\/a>.<\/p>\n<p>Cela permet de justifier &#8211; au passage &#8211; le port d&rsquo;arme, autre obsession <em>redneck<\/em>. Chaque citoyen devant \u00eatre capable, comme les <em>Minutemen<\/em> de 1776, de se retrouver armes \u00e0 la main pour casser de l\u2019<em>Habit Rouge<\/em>. C&rsquo;est trait\u00e9 ici au travers d\u2019une blague\u00a0: le gardien d&rsquo;Alcatraz n&rsquo;est pas autoris\u00e9 \u00e0 porter une arme (comme s&rsquo;il pouvait faire quelque chose contre cinquante <em>marines<\/em> surentrain\u00e9s !)\u00a0Une mama noire, touriste otage, se moque de lui : \u00ab\u00a0<em>Oh you&rsquo;re not allowed to carry a gun? I got a goddamned gun! If I&rsquo;d&rsquo;a known this was gonna happen, I&rsquo;d&rsquo;a brought my mother-fuckin&rsquo; gun!\u00a0<\/em>\u00bb Si on avait arm\u00e9 les citoyens, tout cela ne serait pas arriv\u00e9\u00a0; heureusement, deux citoyens <em>lambda<\/em> vont prendre les choses en main.<\/p>\n<p><strong>Le Pr\u00e9sident des Etats-Unis, cr\u00e9ature lucif\u00e9rienne<\/strong><\/p>\n<p>Si les d\u00e9mocrates &#8211; et donc Hollywood en g\u00e9n\u00e9ral &#8211; magnifient souvent la fonction (<strong>A La Maison Blanche, Pr\u00e9sident d\u2019un Jour, Deep Impact, 2012<\/strong>\u2026), c&rsquo;est une antienne du cin\u00e9ma \u00ab r\u00e9publicain \u00bb, que d\u2019en faire la critique. Avec une autre illustration de la tyrannie : l&rsquo;imagerie pr\u00e9sidentielle.<\/p>\n<p>Dans <strong>Armageddon<\/strong>, <em>POTUS\u00a0<\/em>(3) donne l\u2019ordre de faire sauter l&rsquo;ast\u00e9ro\u00efde et sacrifie ainsi Bruce Willis. Idem dans <strong>The Rock\u00a0<\/strong>: le Pr\u00e9sident ne croit plus en Goospeed et Mason, il envoie donc ses avions bombarder le rocher d\u2019Alcatraz, alors que nos h\u00e9ros sont justement sur le point de stopper Hummel et ses <em>Marines<\/em> terroristes.<\/p>\n<p>Manque de confiance dans l\u2019h\u00e9ro\u00efsme du Citoyen <em>lambda\u00a0<\/em>? Usage inconsid\u00e9r\u00e9 de la force brute\u00a0? D\u00e9cisions absurdes, prises dans le brouillard\u00a0? Cette critique de la fonction pr\u00e9sidentielle est d\u00e9j\u00e0 d\u00e9velopp\u00e9s dans l\u2019<strong>USS Alabama<\/strong> de <a href=\"http:\/\/www.cinefast.com\/?p=1987\">Tony Scott<\/a>, o\u00f9 des proc\u00e9dures foireuses, sans t\u00eate, r\u00e9dig\u00e9e en haut lieu sans le pragmatisme du terrain manquent de mener \u00e0 l&rsquo;apocalypse nucl\u00e9aire, c&rsquo;est \u00e0 dire : <em>l\u2019Armageddon<\/em>.<\/p>\n<p>Comment mieux illustrer ce gouvernement \u00ab\u00a0sans t\u00eate\u00a0\u00bb\u00a0? En \u00e9vitant de le filmer. Dans toutes ces oeuvres, on ne voit rien du Pr\u00e9sident des Etats-Unis. Invisible dans <strong>USS Alabama<\/strong>, simple regard bleu-vert dans <strong>The Rock<\/strong>, nimb\u00e9 d&rsquo;une sorte de vapeur (le diable ? l&rsquo;ind\u00e9cision\u00a0?), et carr\u00e9ment dans l\u2019obscurit\u00e9 du Bureau Ovale dans <strong>Armageddon<\/strong>, tel M\u00e9phistoph\u00e9l\u00e8s dans les t\u00e9n\u00e8bres, force immat\u00e9rielle poss\u00e9d\u00e9 de noirs desseins.<\/p>\n<p><strong>Les soldats perdus de l&rsquo;extr\u00eame droite<\/strong><\/p>\n<p>Les extr\u00e9mistes de droite sont des personnages r\u00e9currents dans l&rsquo;univers Simpson\/Bruckheimer. Provocation Sudiste et r\u00e9publicaine (4) vers un Hollywood Nordiste, bien-pensant et d\u00e9mocrate\u00a0? Pas seulement. Les personnages tr\u00e8s \u00e0 droite de leurs films sont toujours nuanc\u00e9s et un perp\u00e9tuel mouvement de balancier vise \u00e0 les mettre en perspective. D\u2019abord de mani\u00e8re tr\u00e8s n\u00e9gative, puis sensiblement positive, jusqu&rsquo;au point o\u00f9 ces films finissent irr\u00e9m\u00e9diablement par sonner comme un plaidoyer avec circonstances att\u00e9nuantes. Un processus tout \u00e0 fait \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans <strong>Le Plus Beau des Combats<\/strong>, m\u00e9lo sur le foot US, sorti en 2000. Le facho n&rsquo;est pas celui qu\u2019on croit\u00a0:\u00a0l&rsquo;entraineur\u00a0sudiste a les id\u00e9es plus ouvertes qu\u2019on ne le suppose de prime abord, et le vrai facho (sur le terrain, du moins), c&rsquo;est Denzel Washington, le coach noir impos\u00e9 au premier. A la fin, ce mouvement de balancier aura \u00ab\u00a0positiv\u00e9\u00a0\u00bb les deux personnages, qui deviendront amis, comme dans la vraie vie.<\/p>\n<p>Dans <strong>The Rock<\/strong>, Michael Bay poursuit ce m\u00eame but : Hummel est d&rsquo;abord pr\u00e9sent\u00e9 comme un personnage sombre, terrifiant et sans piti\u00e9\u00a0: il fait tuer des dizaines de soldats pour s&#8217;emparer des munitions. Mason &#8211; tout \u00e0 son r\u00f4le de <em>sidekick<\/em> british &#8211;\u00a0moque l\u2019absurdit\u00e9 de la d\u00e9marche (et au passage, du sc\u00e9nario !) : \u00ab <em>I don&rsquo;t quite see how you cherish the memory of the dead by killing another million. And, this is not combat, it&rsquo;s an act of lunacy, General Sir. Personally, I think you&rsquo;re a fucking idiot.\u00a0<\/em>\u00bb Cette autod\u00e9rision sc\u00e9naristique est une indication du caract\u00e8re comique, autoparodique, de <strong>The Rock.<\/strong><\/p>\n<p>Mais ensuite, Hummel r\u00e9v\u00e8le une grande compassion pour tous les soldats, amis ou ennemis, et un grand sens de l&rsquo;honneur (5). Dans un <em>mexican standoff\u00a0<\/em>(6)<em>\u00a0<\/em>d&rsquo;exception, les <em>Navy Seals<\/em> (command\u00e9s par Anderson, un officier ayant servi sous les ordres du G\u00e9n\u00e9ral) se font pi\u00e9ger dans les douches d&rsquo;Alcatraz, ce Fort Alamo du pauvre. Ils refusent de se rendre, et se font abattre jusqu&rsquo;au dernier.<\/p>\n<p>Hummel, constern\u00e9 par un massacre qu\u2019il a tent\u00e9 d\u2019\u00e9viter, montre alors toute son humanit\u00e9 (au m\u00e9pris de tout r\u00e9alisme sc\u00e9naristique !) Hummel est certes un facho, mais 1) il a des raisons valables (le message politique du film, voir plus haut), 2) il peut se montrer humain. A la fin du film, Hummel d\u00e9viera m\u00eame un missile avant sa chute fatale sur San Francisco. \u00ab\u00a0<em>Me prenez-vous pour un d\u00e9ment ? Je n&rsquo;allais pas tuer des milliers de gens\u00a0!!<\/em> \u00bb\u00a0: Hummel admet sa d\u00e9faite, et demande \u00e0 ses hommes de se rendre. Mais certains ne sont pas aussi nobles\u00a0: \u00ab<em>\u00a0I want my fucking money !!!<\/em>\u00a0\u00bb Ce sont eux, les v\u00e9ritables tra\u00eetres. Ils n&rsquo;\u00e9taient l\u00e0 que pour l\u2019argent, pas pour l\u2019honneur. CQFD.<\/p>\n<p><strong>La Loi du Talion<br \/>\n<\/strong><br \/>\n\u00ab\u00a0<em>L\u2019Europe est baign\u00e9e dans le culture du Nouveau Testament (\u00e9galit\u00e9, charit\u00e9, pardon), tandis les Etats-Unis sont dans le culte primitif de l\u2019Ancien Testament (Dix Commandements, Loi du Talion)<\/em>\u00a0\u00bb Si je me permets de citer la th\u00e9orie du FrameKeeper, c&rsquo;est que c&rsquo;est une constante du cin\u00e9ma US, qui irrigue tout aussi bien le film d\u2019action (La Loi du Talion) que la com\u00e9die (<em>happy ending<\/em> sur les valeurs familiales). <strong>The Rock<\/strong>, mi-film d\u2019action, mi-com\u00e9die, poss\u00e8de \u00e9videmment les deux.<\/p>\n<p>Quand sonne l\u2019heure du jugement, s\u00e9parant le bon grain de l\u2019ivraie, Hummel \u00ab\u00a0<em>l\u2019Homme d\u2019Honneur<\/em>\u00a0\u00bb meurt dans les bras de Goodspeed, qui a tent\u00e9 de le sauver d&rsquo;un deuxi\u00e8me <em>mexican standoff<\/em>. Comme un ch\u00e2timent divin, il r\u00e9pond au premier : \u00ab\u00a0<em>Qui vit par l\u2019\u00e9p\u00e9e p\u00e9rira par l\u2019\u00e9p\u00e9e !\u00a0<\/em>\u00bb Les autres terroristes\u00a0subissent \u00e9galement la Loi du Talion, symboliquement punis en fonction des crimes commis\u00a0: empal\u00e9 par le missile qu\u2019il allait lancer, ou avalant la munition bact\u00e9riologique qu\u2019il allait r\u00e9pandre sur San Francisco.<\/p>\n<p><strong>La r\u00e9demption des p\u00e8res<\/strong><\/p>\n<p>Si les femmes sont rigoureusement absentes de <strong>The Rock<\/strong>, hormis les quelques apparitions habituelles (et minuscules) de la Fille ou de l\u2019Epouse\/M\u00e8re (7), c&rsquo;est que le th\u00e8me de la famille, et particuli\u00e8rement des d\u00e9faillance paternelles, est central. \u00a0En mineur dans <strong>The Rock<\/strong>, et en vrai th\u00e8me dans <strong>Armageddon<\/strong>, les p\u00e8res sont \u00e0 la ramasse \u00e0 Alcatraz.<\/p>\n<p>Mason a pass\u00e9 sa vie \u00e0 tenter de s&rsquo;\u00e9vader (dans tous les sens du terme) et n&rsquo;a jamais vu sa fille. Nick Cage est un adulescent, qui tripatouille sa guitare et commande via <em>Fed-Ex<\/em> des vinyls des Beatles ; il ne veut pas d&rsquo;enfant. Pas de bol, sa compagne est enceinte.<\/p>\n<p>Voil\u00e0 donc nos deux personnages principaux confront\u00e9s aux affres de la maturit\u00e9. C&rsquo;est l\u2019objet d\u2019une sc\u00e8ne, lourde de sens, au sommet de San Francisco, dans le jardin du Mus\u00e9e des Beaux Arts (le b\u00e2timent s\u2019appelle aussi <em>Legion of Honor<\/em>\u00a0!) Au milieu de colonnes grecques, de l&rsquo;<em>Athena<\/em> moderne, nos deux m\u00e2les gagnent en sagesse : Mason promet \u00e0 sa fille de revenir, en faisant un <em>mea culpa<\/em> retentissant, et Goodspeed lui sauve la mise (en faisant croire qu&rsquo;il est \u00ab\u00a0<em>en mission<\/em>\u00a0\u00bb, et pas \u00e9vad\u00e9 de nouveau)\u2026<\/p>\n<p>M\u00eame cause, m\u00eame effet dans Armageddon. Bruce Willis n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 un bon p\u00e8re pour Liv Tyler\u00a0: sa r\u00e9demption finale sera de \u00ab\u00a0confier\u00a0\u00bb sa fille \u00e0 Ben Affleck. Will Paxton est divorc\u00e9\u00a0: il retrouvera \u00e9pouse et enfant. Steve Buscemi est un obs\u00e9d\u00e9 sexuel\u00a0: il voudra un enfant, apr\u00e8s ses exploits interstellaires. La morale est sauve\u00a0: tout d\u00e9sordre, m\u00eame apr\u00e8s la pire catastrophe humaine possible (l\u2019armageddon\u00a0!) doit retourner \u00e0 l\u2019ordre moral, social et familial, dans la plus pure tradition puritaine US.<\/p>\n<p><strong>Le Rookie\/L&rsquo;Homme d&rsquo;Exp\u00e9rience<\/strong><\/p>\n<p>Etait-ce une all\u00e9gorie de leur propre association\u00a0? Ou le signe de\u00a0br\u00fblures\u00a0plus intimes ? Les deux producteurs ont multipli\u00e9 les duos de m\u00e2les dans leur cin\u00e9matographie\u00a0: <strong>48 heures, Le Flic de Beverly Hills, Bad Boys, USS Alabama, Jours de Tonnerre<\/strong>, jusqu\u2019\u00e0 ce duo de p\u00e8re et fils virtuels.<\/p>\n<p>Mason, le P\u00e8re, a tout rat\u00e9\u00a0: il multiplie les conseils \u00e0 Goodspeed, son \u00ab\u00a0Fils \u00bb, lui-m\u00eame p\u00e8re en devenir\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Losers always whine about their best. Winners go home and fuck the prom queen !<\/em> \u00bb ; \u00ab\u00a0<em>I&rsquo;m fed up saving your ass. I&rsquo;m amazed you ever got past puberty.<\/em>\u00a0\u00bb ; \u00ab\u00a0<em>I&rsquo;m sure all this will make a great bed time story to tell your kid<\/em>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Selon les canons de la com\u00e9die am\u00e9ricaine, ces personnages ne sont que deux faces interchangeables, que l&rsquo;on r\u00e9concilie \u00e0 la fin. Goodspeed devient courageux et bagarreur, Mason devient sage et plein d&rsquo;honneur. Le coup de g\u00e9nie \u00e9tant d&rsquo;avoir invers\u00e9 les r\u00f4les au d\u00e9but. On croit que Mason est un vieux g\u00e2teux, il est en fait un agent secret en forme exceptionnelle, et Goodspeed, qui a montr\u00e9 son courage dans l\u2019intro en d\u00e9samor\u00e7ant une bombe bact\u00e9riologique serbe, se r\u00e9v\u00e8le plut\u00f4t poule mouill\u00e9e. Les sc\u00e8nes d&rsquo;action du milieu du film s&rsquo;en trouvent renforc\u00e9s, car le spectateur jubile devant l&rsquo;\u00e9nergie du vieux et le regard perp\u00e9tuellement effray\u00e9 du <em>rookie<\/em>, le tout appuy\u00e9 de dialogues d\u00e9licieusement <em>hardboiled<\/em> (\u00ab\u00a0<em>Je vais tr\u00e8s bien, CONNARD\u00a0!!!<\/em>\u00a0\u00bb).<\/p>\n<p><strong><br \/>\nLe partenariat avec la Navy<\/strong><\/p>\n<p>Avec <a href=\"http:\/\/www.cinefast.com\/?p=553\"><strong>Top Gun<\/strong><\/a>, les Simpson Bruckheimer ont d\u00e9velopp\u00e9 un partenariat riche avec l\u2019US Navy (8). La Marine avait mis \u00e0 leur disposition porte-avions et F-15 sans compter, elle fut r\u00e9compens\u00e9e par un clip de recrutement de 110 mn. Ces bonnes relations serviront ensuite \u00e0 monter <strong>USS Alabama<\/strong>, et <strong>The Rock<\/strong>. Les \u00ab\u00a0m\u00e9chants\u00a0\u00bb sont des <em>Marines<\/em>, les gentils des <em>Navy Seals<\/em>, et les m\u00e9chants avions qui vont les bombarder sont eux aussi pr\u00eat\u00e9s par la <em>Navy<\/em> (mais on cache soigneusement leur appartenance !)<\/p>\n<p><strong>Figures stylistiques<\/strong><\/p>\n<p>C\u00f4t\u00e9 style, rien de nouveau sous le soleil : l&rsquo;\u0153uvre simpsono-bruckheimerienne n&rsquo;est qu&rsquo;un \u00e9ternel <em>work in progress<\/em>, de <strong>Flashdance \u00a0<\/strong>aux <strong>Experts<\/strong>. Entre les deux, la \u00ab\u00a0<em>patte\u00a0<\/em>\u00bb S&amp;B se sera install\u00e9e, elle aura m\u00eame fait flor\u00e8s dans tout Hollywood.<\/p>\n<p>C\u00f4t\u00e9 image, <strong>The Rock<\/strong> perfectionne le look fluo mis en place d\u00e8s <strong>Top Gun<\/strong>. Vert et bleu p\u00e9tant, et jolis filtres Belkin, furieusement <em>eighties<\/em>, pour des couchers de soleil couleur tabac. C\u00f4t\u00e9 musique, grosse pop qui tache pour vendre des CD, et musique russo-wagn\u00e9rienne de gros tonnage pour le reste.<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de cette averse de couleurs et de sons, un d\u00e9luge ph\u00e9nom\u00e9nal de cascades et d&rsquo;explosions, m\u00eame quand l&rsquo;action le justifie peu. L&rsquo;\u00e9vasion de Mason dans San Francisco donne lieu par exemple \u00e0 une course-poursuite dantesque et totalement irr\u00e9aliste (la Ferrari 355 explosant fen\u00eatres et devantures sans jamais se rayer, jusqu&rsquo;\u00e0 sa destruction finale.) Le tout, faut-il le souligner, sans aucun trucage num\u00e9rique\u2026<\/p>\n<p>Ce style apocalyptique est devenu la marque de fabrique de l&rsquo;usine Bruckheimer. Des <strong>Experts<\/strong>\u00a0\u00e0 l\u2019ensemble de la filmographie qui va suivre\u00a0: <strong>Les Ailes de l\u2019Enfer, 60 Secondes Chrono, Black Hawk Down, Bad Company, The Island, Transformers<\/strong>\u2026<\/p>\n<p>Mais <strong>The Rock<\/strong> est s\u00fbrement l&rsquo;apog\u00e9e de ce style. Don Simpson va mourir. Le duo commen\u00e7ait \u00e0 battre de l&rsquo;aile, devant ses exc\u00e8s coke-m\u00e9docs-putes, mais la mort de Simpson va profond\u00e9ment affecter Jerry Bruckheimer. De fait, sa production va s&rsquo;assagir : moins de violence (<strong>Coyote Ugly<\/strong>), plus de films familiaux gr\u00e2ce \u00e0 un contrat en or avec Disney (<strong>Pirates des Cara\u00efbes, Benjamin Gates<\/strong>), ou plus profonds (<strong>Le Roi Arthur, Le Plus Beau des Combats<\/strong>). Il entamera aussi une s\u00e9rie de succ\u00e8s exceptionnels \u00e0 la t\u00e9l\u00e9 avec <strong>Les Experts<\/strong>, mais aussi <strong>Cold Case<\/strong>, et <strong>FBI\u00a0: Port\u00e9 Disparus<\/strong>. \u00a0Aujourd&rsquo;hui, son royaume est consensuel. Question de business, mais aussi d\u2019\u00e2ge.<\/p>\n<p>De son c\u00f4t\u00e9, Michael Bay sera finalement le plus fid\u00e8le continuateur (9), avec des films sur-vitamin\u00e9s (<strong>Bad Boys II<\/strong>), mais eux aussi plus profonds (<strong>The Island<\/strong>), ou plus familiaux, sous influence de Spielberg (<strong>Transformers<\/strong>)<\/p>\n<p><strong>The Rock<\/strong>, (<strong>Ge Rock<\/strong> pour les intimes, attach\u00e9s \u00e0 la prononciation toute particuli\u00e8re de Sir Connery) sera \u00e9videmment massacr\u00e9 par la critique \u00e0 sa sortie et tout aussi \u00e9videmment un formidable succ\u00e8s en salle.<\/p>\n<p>Il reste aujourd&rsquo;hui le parangon de ce cin\u00e9ma dr\u00f4le et \u00e9cervel\u00e9.<\/p>\n<p>Et, disons-le tout net, un classique.<\/p>\n<ol>\n<li><em>On dit aussi God speed, ce qui est aussi le nom d\u2019un bateau c\u00e9l\u00e8bre, charg\u00e9 de colons qui qui fond\u00e8rent la colonie de Jamestown en Virginie. Les P\u00e8res Fondateurs, encore, toujours.<\/em><\/li>\n<li><em>Comme le dit le Commandant Anderson (Michael Biehn), chef des Navy Seals venus l\u2019intercepter : \u00ab But like you, I swore to defend this country against all enemies, FOREIGN, sir&#8230; and DOMESTIC\u00a0\u00bb<\/em><\/li>\n<li><em>President Of The United States<\/em><\/li>\n<li>Jerry Bruckheimer est un des rares donateurs du parti r\u00e9publicain \u00e0 Hollywood<\/li>\n<li><em><\/em><em>Tout comme le personnage de\u00a0<strong>D\u00e9j\u00e0 Vu<\/strong>, interpr\u00e9t\u00e9 par Jim Caviezel<\/em><\/li>\n<li><em>Figure de style ch\u00e8re au western spaghetti, o\u00f9 trois cowboys\u00a0<\/em><em>\u00a0(ou plus) se menacent mutuellement. \u00c7a finit en g\u00e9n\u00e9ral par un carnage.<\/em><\/li>\n<li><em>On notera l&rsquo;obsession Bayenne pour les filles pointues, aux yeux en amande et brunes : Kate Beckinsale dans\u00a0<strong>Pearl Harbor<\/strong>, Liv Tyler dans\u00a0<strong>Armageddon<\/strong>, Vanessa Marcil dans\u00a0<strong>The Rock,\u00a0<\/strong>Megan Fox dans\u00a0<strong>Transformers<\/strong><\/em><\/li>\n<li><em>Il faut \u00e0 ce propos absolument lire l\u2019excellent livre de Jean-Michel Valantin \u00ab Hollywood, le Pentagone et Washington, Les trois acteurs d\u2019une strat\u00e9gie globale\u00a0\u00bb.<\/em><\/li>\n<li><em>Il fera encore trois films avec Jerry Bruckheimer\u00a0: <strong>Armageddon, Pearl Harbor et Bad Boys II<\/strong><\/em><\/li>\n<\/ol>\n<p><em>\u00a0<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En 1996, \u00a0The Rock signe l&rsquo;aboutissement du film \u00ab\u00a0High Concept\u00a0\u00bb mis en place par le duo \u00a0de producteurs Simpson\/Bruckheimer\u00a0; une aventure des eighties \u00e0 d\u00e9couvrir dans Box Office, le passionnant livre de Charles Fleming consacr\u00e9 \u00e0 Don Simpson. 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