{"id":2089,"date":"2012-09-21T16:35:01","date_gmt":"2012-09-21T14:35:01","guid":{"rendered":"http:\/\/www.cinefast.com\/?p=2089"},"modified":"2012-09-21T16:21:53","modified_gmt":"2012-09-21T14:21:53","slug":"fight-club","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cinefast.com\/?p=2089","title":{"rendered":"Fight Club"},"content":{"rendered":"<p>\u00ab <em>The first rule of Fight Club is: you do not talk about Fight Club.<br \/>\nThe second rule of Fight Club is: you DO NOT talk about Fight Club! <\/em>\u00bb<\/p>\n<p>C&rsquo;\u00e9tait en 1999. Et, il faut bien l&rsquo;avouer, un moment pas glorieux du Professore.<\/p>\n<p>On sortait de <strong>Fight Club<\/strong> par l&rsquo;escalier qui m\u00e8ne \u00e0 Saint Eustache, <em>downtown Paris<\/em>, UGC Cin\u00e9 Cit\u00e9 Les Halles. Et James Malakansar, le sourire aux l\u00e8vres, qui me balance son traditionnel \u00ab <em>Alors ? <\/em>\u00bb*<\/p>\n<p>Je le connais ce sourire. Je sais qu&rsquo;il a aim\u00e9. Il a d\u00e9j\u00e0 ador\u00e9 <strong>Seven<\/strong>, ce film de pubard, trop brillant pour \u00eatre honn\u00eate. Je suspecte le Malakansar d&rsquo;\u00eatre b\u00eatement fascin\u00e9 par ce cin\u00e9ma de chef op&rsquo;, beau et vide, tendance Jeunet\/Ridley Scott&#8230; C&rsquo;est un de nos rares points d&rsquo;achoppement.<\/p>\n<p>Moi, j&rsquo;ai d\u00e9test\u00e9 <strong>Fight Club<\/strong>. Et je le dis. \u00ab <em>Un film qui s&rsquo;\u00e9coute parler. Un film scandaleux, faussement provocateur, sale, mais proprement sale, pour seulement choquer le bourgeois !<\/em> \u00bb Mais heureusement, je laisse une phrase en suspens, qui me sauvera plus tard : \u00ab <em>En m\u00eame temps, c&rsquo;est peut-\u00eatre l\u2019<strong>Orange M\u00e9canique<\/strong> des ann\u00e9es quatre-vingt-dix ! <\/em>\u00bb<\/p>\n<p>2005. Par une nuit sans lune, arm\u00e9 d&rsquo;un simple lecteur DVD, le Grand Sorcier Framekeeper initie quatre jeunes Padawan \u00e0 l&rsquo;Epiphanie Fincherienne. <strong>Seven, Fight Club<\/strong>, un bout de <strong>The Game<\/strong>. Colombes, trois heures du matin. Trois hommes nus, recouvert du sang sacrificiel tir\u00e9 d&rsquo;un journaliste de <em>T\u00e9l\u00e9rama<\/em>, psalmodient en ch\u0153ur l&rsquo;Indicible Dyptique \u00ab <em>Fincher est un Cin\u00e9aste Chr\u00e9tien ! Fincher est un Cin\u00e9aste Chr\u00e9tien ! <\/em> \u00bb Ils abandonnent leur identit\u00e9, et prennent des noms de bataille : <em>Michel Vaillant, The Snake, Professore Ludovico.<\/em> CineFast est n\u00e9.<\/p>\n<p>Enfin, nous avons LA r\u00e9v\u00e9lation. Il y a dans <strong>Fight Club<\/strong>, un film dans le film. Et d\u00e9j\u00e0, en trois films, une \u0153uvre. Un artiste.<\/p>\n<p>2011. On montre <strong>Fight Club<\/strong> \u00e0 la Professorinette. En Premi\u00e8re CFA, le programme est charg\u00e9 : <strong>Alien, Fight Club<\/strong>, bient\u00f4t <strong>Citizen Kane<\/strong> et <strong>Orange M\u00e9canique<\/strong>. Et interro \u00e9crite.<\/p>\n<p><strong>Fight Club<\/strong>, le film n&rsquo;a pas pris une ride. Si mani\u00e9r\u00e9 \u00e0 sa sortie, et pourtant propre comme un sou neuf. Limpide m\u00eame, beaucoup plus clair que la premi\u00e8re fois. Entre temps, je l&rsquo;ai d\u00e9j\u00e0 revu une fois, certes, et j&rsquo;ai lu le livre (excellent)\u2026<\/p>\n<p>Mais surtout c&rsquo;est un film pr\u00e9monitoire : les tours qui s&rsquo;\u00e9croulent&#8230; l&rsquo;\u00e9ffondrement du cr\u00e9dit&#8230; la col\u00e8re masculine&#8230;l&rsquo;obsession de l&rsquo;apparence&#8230; la consommation impulsive&#8230; la tyrannie des marques&#8230; Fight club, c&rsquo;est <em>No Logo<\/em>, un an avant Noemie Klein.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">***<\/p>\n<p><strong>Fight Club<\/strong>, c&rsquo;est l&rsquo;histoire d\u2019un type qui d\u00e9couvre son ali\u00e9nation (la Narrateur, Edward Norton), et qui se r\u00e9fugie dans les bras d&rsquo;un gourou, Tyler Durden (Brad Pitt), pr\u00eat \u00e0 se sacrifier pour sauver l&rsquo;humanit\u00e9 du cauchemar consum\u00e9riste. J\u00e9sus-Christ 1999.<\/p>\n<p>Ce que l&rsquo;on ne per\u00e7oit au premier abord, \u00e0 cause de la noirceur de l&rsquo;image et du propos, c&rsquo;est que <strong>Fight Club<\/strong> est une com\u00e9die. Noire, mais une com\u00e9die. Un conte philosophique. <em>Candide<\/em> chez les Dust Brothers. <em>Zadig<\/em> chez Banksy.<\/p>\n<p>Maintenant, on connait mieux Fincher, et on sent plus nettement la com\u00e9die grin\u00e7ante qui rampe sous le propos. Le punk qui sommeille en David F. est l\u00e0, dans tous ses films : le tueur de <strong>Seven<\/strong>, Marc Zuckerberg dans <strong>The Social Network<\/strong>, Tyler Durden dans Fight <strong>Club.<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Mais aussi, la couche girardienne qui irrigue l&rsquo;\u0153uvre. Pitt prend des poses christiques, mais il est aussi Job. Il doit \u00eatre sacrifi\u00e9 pour que les autres survivent. Il en va de m\u00eame pour les ap\u00f4tres du <em>Projet Chaos<\/em>, qui perdent leur nom, mais deviennent Robert Paulson s&rsquo;ils meurent au combat.<\/p>\n<p>Que fait Fincher, sinon d\u00e9crire une \u00e9glise en train d&rsquo;\u00eatre b\u00e2tie (<em>Project Mayhem<\/em>), avec son Proph\u00e8te (Tyler Durden), ses ap\u00f4tres (les Hommes en Noir) et sa mauvaise conscience (le Narrateur) qui semble \u00eatre le seul \u00e0 voir la d\u00e9rive du projet initial ? Venus pour se d\u00e9fouler, les adeptes de Fight Club deviennent des ap\u00f4tres sans cerveau r\u00e9p\u00e9tant mot pour mot ce que dit le messie ; quelle meilleure d\u00e9finition du fondamentalisme religieux ? Ce qui est dit dans la Bible ou la Coran doit \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9 litt\u00e9ralement, disent les int\u00e9gristes. Tandis que d\u2019autre plaident une simple morale religieuse (la foi me commande de ne pas faire certaines choses). Et cette morale peut \u00e9voluer, selon les \u00e9volutions de la soci\u00e9t\u00e9 (Vatican II, par exemple)\u2026<\/p>\n<p>Fincher joue avec cette imagerie (Brad Pitt, les bras en croix), pour mieux passer un message finalement personnel, presque augustinien : la morale, la gr\u00e2ce, le libre arbitre, sont en toi.<\/p>\n<p>Quand aucun homme ne se dresse devant les faux proph\u00e8tes qui hantent tes pens\u00e9es, il ne te reste, m\u00e9taphoriquement, qu\u2019\u00e0 te faire un vrai trou dans la t\u00eate, pour laisser sortir, comme une fum\u00e9e de cigarette, le double schizo\u00efde qui annihile ta pens\u00e9e.<\/p>\n<p>Tu es le seul ma\u00eetre de tes actes, et nul ne peut te les retirer.<\/p>\n<p>Le message &#8211; finalement &#8211; d\u2019<strong>Orange M\u00e9canique<\/strong>. La boucle est boucl\u00e9e.<\/p>\n<p><strong>Fight Club<\/strong> est donc un film indispensable, encore plus aujourd&rsquo;hui qu&rsquo;au si\u00e8cle dernier.<\/p>\n<p>Et en plus, il est dr\u00f4le.<\/p>\n<p><em>* Nous avons une coutume, tous les deux : ne jamais sauter sur l&rsquo;autre apr\u00e8s la projo, pour d\u00e9gotter un avis. Non, comme un bon vin, laissez le g\u00e9n\u00e9rique filer, sortir du cin\u00e9ma, bref, se \u00ab\u00a0r\u00e9veiller\u00a0\u00bb alors, seulement, on a le droit de parler&#8230;<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab The first rule of Fight Club is: you do not talk about Fight Club. The second rule of Fight Club is: you DO NOT talk about Fight Club! \u00bb C&rsquo;\u00e9tait en 1999. Et, il faut bien l&rsquo;avouer, un moment pas glorieux du Professore. 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