{"id":2065,"date":"2012-09-09T19:29:55","date_gmt":"2012-09-09T17:29:55","guid":{"rendered":"http:\/\/www.cinefast.com\/?p=2065"},"modified":"2023-03-03T23:09:01","modified_gmt":"2023-03-03T22:09:01","slug":"dune","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cinefast.com\/?p=2065","title":{"rendered":"Dune"},"content":{"rendered":"<p>\u00ab <em>Sur Dune, nous avons un dicton : Dieu a cr\u00e9\u00e9 Arrakis pour \u00e9prouver les fid\u00e8les<\/em>. \u00bb<\/p>\n<p>Il a cr\u00e9\u00e9 le film, aussi.<\/p>\n<p>Rappel des faits. 1981. Apr\u00e8s des ann\u00e9es d&rsquo;attente, et un <a href=\"http:\/\/www.cinefast.com\/?p=187\">projet avort\u00e9 avec Jodorowski<\/a>, la nouvelle tombe : David Lynch va adapter <em>Dune<\/em>.<\/p>\n<p>C&rsquo;est deux bonnes nouvelles en m\u00eame temps. David Lynch est un r\u00e9alisateur de talent, aur\u00e9ol\u00e9 par le succ\u00e8s <em>freak<\/em> d&rsquo;<strong>Elephant Man<\/strong>. Apr\u00e8s un film atroce et passionnant, (<strong>Eraserhead<\/strong>), Mel Brooks lui a confi\u00e9 l&rsquo;adaptation de la pi\u00e8ce sur John Merrick. <strong>Elephant Man <\/strong>est un immense succ\u00e8s public et critique, m\u00e9langeant les obsessions tr\u00e8s particuli\u00e8res de Lynch avec un m\u00e9lo d&rsquo;excellente facture. Un auteur vient de na\u00eetre.<\/p>\n<p>Quelqu&rsquo;un d&rsquo;autre veut acc\u00e9der \u00e0 ce graal, c&rsquo;est Dino de Laurentis. Producteur <em>arty <\/em>\u00e0 ses d\u00e9buts (<strong>La Strada, Barrage Contre le Pacifique<\/strong>), il ne produit plus de la GCA dans les ann\u00e9es 70 (<strong>Un Justicier dans la Ville, King Kong, Flash Gordon<\/strong>) : De Laurentiis veut redorer son blason. La SF s\u2019est mise \u00e0 cartonner (<strong>Star Wars, Alien, Outland, Blade Runner<\/strong>) et Dino de Laurentis veut adapter un chef d&rsquo;\u0153uvre : ce sera <em>Dune<\/em>. Pour cela, il adoube sa fille, Rafaella, comme productrice qui sort de <strong>Conan le Barbare<\/strong>. Pour cela, il suffit de prendre le r\u00e9alisateur le plus <em>hot <\/em>du moment (Lynch), qui a l&rsquo;avantage de ne pas co\u00fbter trop cher. Lynch n&rsquo;a qu&rsquo;un inconv\u00e9nient : il n&rsquo;a jamais dirig\u00e9 de superproduction, ni de film en couleurs.<\/p>\n<p>Pr\u00e9curseurs, les De Laurentis d\u00e9cident de tourner au Mexique, o\u00f9 les studios Churubusco proposent \u00e0 moindre prix techniciens, d\u00e9cors, et figurants. Ces choix, qui semblent frapp\u00e9s au coin du bon sens pour le film le plus cher de tous les temps (\u00e0 l\u2019\u00e9poque, 80M$) vont s\u2019av\u00e9rer catastrophiques.<\/p>\n<p>Car <em>Dune <\/em>n&rsquo;est pas un roman ordinaire. Le Professore a \u00ab <em>repli\u00e9 l\u2019espace<\/em> \u00bb vers Arrakis \u00e0 quinze ans, et n&rsquo;en est jamais revenu. Le sujet est \u00e9tonnant, et son traitement encore plus. Ecrit en 1965, <em>Dune <\/em>pr\u00e9figure en effet les futures crises p\u00e9troli\u00e8res et l&rsquo;explosion du Proche Orient. Sur la plan\u00e8te Arrakis (ou Dune), de grandes Maisons Nobles s&rsquo;affrontent pour le contr\u00f4le d&rsquo;une mati\u00e8re premi\u00e8re, l&rsquo;Epice, qui n&rsquo;est pas du p\u00e9trole, mais une drogue qui permet les voyages intersid\u00e9raux. Le \u00ab\u00a0h\u00e9ros\u00a0\u00bb, Paul Atr\u00e9ides, va mener la population locale (les Fremen) \u00e0 l&rsquo;insurrection et au contr\u00f4le de l&rsquo;Epice.<\/p>\n<p>Formidablement \u00e9crit, <em>Dune <\/em>fait plus penser \u00e0 une pi\u00e8ce de Shakespeare qu&rsquo;\u00e0 <em>Fondation<\/em>. Il n&rsquo;y a pas les clich\u00e9s habituels de la SF (\u00e9p\u00e9e laser, jeunes princesses en string et batailles intersid\u00e9rales). Non, il s&rsquo;agit de politique, de complots, et d\u2019int\u00e9r\u00eats sup\u00e9rieurs qui engagent des plan\u00e8tes enti\u00e8res. La religion n&rsquo;est pas une r\u00e9v\u00e9lation, une \u00e9piphanie, mais bien une technique de contr\u00f4le des masses. Paul Atreides est un h\u00e9ros authentique, mais surtout un <em>Prince<\/em>, au sens machiav\u00e9lien du terme : reprendre ou conserver le pouvoir, \u00e9carter les ordres religieux, voil\u00e0 ses objectifs. L&rsquo;\u00e9cologie, fait nouveau dans les ann\u00e9es soixante, tient une place centrale dans toute l&rsquo;\u0153uvre de Frank Herbert, et <em>Dune <\/em>est son livre-th\u00e8se sur ce sujet. La plan\u00e8te Arrakis y est minutieusement d\u00e9crite, faune et flore incluse, alors qu&rsquo;il ne s&rsquo;agit que d&rsquo;un immense d\u00e9sert.<\/p>\n<p>En s&rsquo;attaquant \u00e0 <em>Dune<\/em>, les De Laurentis n&rsquo;ont donc pas choisi la facilit\u00e9. Comme <em>Le Seigneur des Anneaux<\/em>, <em>Dune <\/em>poss\u00e8de une base hardcore pr\u00eate \u00e0 discuter dans les moindres d\u00e9tails de l&rsquo;uniforme de Duncan Idaho ou de l&rsquo;accordage en r\u00e9 mineur de la balisette de Gurney Halleck. C&rsquo;est sur cette base, gros comme un iceberg de dix millions de lecteurs, que va se naufrager le film.<\/p>\n<p>Car s&rsquo;il re\u00e7oit un accueil tr\u00e8s positif en France (2 millions d\u2019entr\u00e9es, dont 6 du Professore), c&rsquo;est un bide partout dans le monde. Les De Laurentis ne s&rsquo;en remettront pas, mais chevaleresques, n&rsquo;en voudront pas \u00e0 David Lynch, et produiront m\u00eame son film suivant (<strong>Blue Velvet<\/strong>), authentique chef d&rsquo;\u0153uvre qui l&rsquo;installera directement au panth\u00e9on des artistes d&rsquo;Hollywood.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">***<\/p>\n<p>Maintenant, le temps est venu d&rsquo;initier la jeune g\u00e9n\u00e9ration. Apr\u00e8s des essais infructueux aupr\u00e8s de la Professorinette (lui offrir le livre n&rsquo;a pas suffi), c&rsquo;est le Professorino qui est demandeur. Et l\u00e0, catastrophe, le film est pire que dans mon souvenir&#8230;<\/p>\n<p><strong>Effets sp\u00e9ciaux pourris<\/strong><br \/>\nLe grand drame de <strong>Dune<\/strong>, c&rsquo;est d&rsquo;\u00eatre le dernier grand film de SF produit avant l&rsquo;\u00e8re num\u00e9rique (les fameux yeux bleus des fremens sont peints \u00e0 la main un par un : \u00e7a se voit\u2026) Les explosions, vaisseaux spatiaux, vers des sables sur fond bleu\u2026 tout \u00e7a atrocement mal vieilli, mais avouons que ce n&rsquo;\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 pas terrible \u00e0 l\u2019\u00e9poque\u2026<\/p>\n<p><strong>Dialogues lamentables<\/strong><br \/>\nLa grande force de <em>Dune<\/em>, le livre, ce sont ses dialogues, de tr\u00e8s haute vol\u00e9e entre les Princes de l\u2019Imperium. Pire, Herbert y superpose plusieurs niveaux de compr\u00e9hension. Par exemple, Paul discute aimablement avec les notables d&rsquo;Arrakis, tout en r\u00e9fl\u00e9chissant aux implications possibles de cette conversation. En m\u00eame temps, il \u00e9change avec sa m\u00e8re, par gestes cod\u00e9s, un plan de bataille. Pour Herbert, ses personnages sont des surhommes, dans un univers o\u00f9 la technologie est bannie depuis la \u00ab <em>r\u00e9volte des machines<\/em> \u00bb. Ils doivent penser aussi vite qu\u2019un ordinateur, ou se battre avec un poignard aussi rapidement qu\u2019un robot. D\u00e8s la lecture, ce genre de sc\u00e8ne pose le probl\u00e8me de l\u2019adaptation cin\u00e9matographique.<\/p>\n<p>David Lynch n&rsquo;y apporte qu&rsquo;une solution ridicule : un personnage parle, et en m\u00eame temps, \u00e9change des signes cod\u00e9s, qui visiblement, veulent dire la m\u00eame chose ! Il ajoute aussi une horrible voix off, sens\u00e9e expliciter l&rsquo;intrigue (\u00ab <em>Suis-je l&rsquo;Elu ?<\/em> \u00bb, une th\u00e9matique qui n&rsquo;est m\u00eame pas dans le livre.) Cette voix off casse les ailes de <strong>Dune<\/strong>, lui emp\u00eachant de d\u00e9coller r\u00e9ellement.<\/p>\n<p><strong>Un montage catastrophique<\/strong><br \/>\nC&rsquo;est la partie du film reni\u00e9e par Lynch. Celui-ci proposa un premier montage de trois heures, charcut\u00e9 \u00e0 deux. Pourtant, le premier sc\u00e9nario sign\u00e9 Frank Herbert faisait \u00e0 peu pr\u00e8s cette longueur, comme le premier traitement, sign\u00e9 d\u2019un certain Ridley Scott.<\/p>\n<p>En coupant dans le tas, le montage final transforme le film en bouts de sc\u00e8ne sans queue ni t\u00eate, d\u2019une dur\u00e9e exc\u00e9dant rarement quelques secondes, passant d&rsquo;une plan\u00e8te \u00e0 l&rsquo;autre, d&rsquo;un personnage \u00e0 l&rsquo;autre, et alignant les images d&rsquo;Epinal comme d&rsquo;autres alignent les perles : les vagues de Caladan ! Le Gom Jabbar ! L&rsquo;arriv\u00e9e sur Dune ! Le Chercheur-Tueur !<\/p>\n<p>Seules quelques sc\u00e8nes surnagent : la sortie en ornithopt\u00e8re, le duel final. Parce qu&rsquo;enfin, elles durent\u2026<\/p>\n<p><strong>Interpr\u00e9tation catastrophique<\/strong><br \/>\nMalgr\u00e9 un casting all-star d&rsquo;acteurs confirm\u00e9s (Max Von Sydow, Brad Dourif, Sylvana Mangano, Jurgen Prochnow, Dean Stockwell), ou en devenir (Kyle McLachlan, \u00e9videmment, mais aussi Sean Young, Patrick Stewart, Virginia Madsen), leur interpr\u00e9tation est catastrophique. Pas un com\u00e9dien ne s&rsquo;en tire, tir\u00e9 vers le bas par le script, qui les oblige \u00e0 commenter l\u2019action, fa\u00e7on Blake et Mortimer, (\u00ab <em>La temp\u00eate arrive !<\/em> \u00bb \u00ab <em>Il a pris l&rsquo;Eau de la Vie ! <\/em>\u00bb \u00c7a se voit \u00e0 l\u2019\u00e9cran, pas la peine de me le dire !<br \/>\n<strong><br \/>\nUne p\u00e9dagogie inexistante<\/strong><br \/>\nFace \u00e0 ce genre de livre-somme, l&rsquo;adaptateur est \u00e9cartel\u00e9 entre deux directions contraires : simplifier, pour initier le n\u00e9ophyte, ou tout garder, pour plaire au fan. Ce dilemme, deux films l&rsquo;ont r\u00e9solu avec talent : <strong>Le Seigneur des Anneaux<\/strong>, et <strong>Le Tr\u00f4ne de Fer<\/strong>. <strong>Le Seigneur des Anneaux<\/strong> a donn\u00e9 des gages aux fans, en respectant scrupuleusement l&rsquo;univers graphique de Tolkien (et en embauchant l&rsquo;artiste le plus consensuel dans cet univers (Howe). Il ne s&rsquo;est pas g\u00ean\u00e9 par contre pour trancher (exit Tom Bombadil), pour bousculer la chronologie (les Ents), et pour jouer avec la morale de l&rsquo;histoire (la fin) pour appuyer son propre propos.<\/p>\n<p><strong>Le Tr\u00f4ne de Fer<\/strong> a fait de m\u00eame, en m\u00e9langeant all\u00e8grement les \u00e9poques, pour mieux impliquer le spectateur dans l&rsquo;intrigue globale, en usant d&rsquo;une p\u00e9dagogie constante et subtile pour amener, ici et l\u00e0, des informations sur l&rsquo;univers.<\/p>\n<p><strong>Dune <\/strong>rate tout cela, d&rsquo;abord en rajoutant des choses qui ne servent \u00e0 rien (les Modules Etranges), en changeant le r\u00f4le de la religion (l&rsquo;Elu), en \u00e9tant exhaustifs sur l&rsquo;univers (les Navigateurs mentionnent deux plan\u00e8tes (Ix et Richese), qui ne servent \u00e0 rien dans <em>Dune <\/em>et apparaissent dans les suites), et en complexifiant les noms des personnages jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;incompr\u00e9hensible (Paul, Usul, Muad&rsquo;dib, un d\u00e9tail dans le livre)\u2026<\/p>\n<p><strong>Un manich\u00e9isme indigne<\/strong><br \/>\nC\u2019est s\u00fbrement le principal reproche du Professore (qui mit quand m\u00eame 5 visionnages avant d&rsquo;admettre que Dune \u00e9tait peut-\u00eatre \u00ab <em>un peu rat\u00e9<\/em> \u00bb).<\/p>\n<p><strong>Dune <\/strong>est tout, sauf un livre manich\u00e9en. Le lecteur est du c\u00f4t\u00e9 des Atreides, et souhaite la d\u00e9faite des Harkonnens, mais il comprend leurs motivations profondes. Herbert avait d\u00e9fini son livre comme une critique du h\u00e9ros providentiel, et de notre participation active \u00e0 ce syndrome. Il fait m\u00eame dire \u00e0 son h\u00e9ros (dans <em>Le Messie de Dune<\/em>) qu&rsquo;il se sent \u00ab <em>pire qu&rsquo;Hitler<\/em> \u00bb. Non, les Atreides ne sont pas parfaits. Portraitur\u00e9s par Lynch en h\u00e9ros d\u2019op\u00e9rette, au brushing impeccable, cela est insupportable au fan, tout comme le diabolisation des Harkonnens (les pustules du baron), ou le rabaissement des Corinno (l&rsquo;Empereur qui tire \u00e0 la mitrailleuse dans la sc\u00e8ne finale).<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">***<\/p>\n<p>Mais pourtant\u2026<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 ces d\u00e9ceptions, <strong>Dune <\/strong>conserve quelques attraits. Listons-les, si l&rsquo;envie vous prenait de vous plonger encore une fois \u00ab <em>within the rocks of this desert<\/em> \u00bb<\/p>\n<p><strong>Une d\u00e9co splendide<br \/>\n<\/strong>Immense r\u00e9ussite du film, in\u00e9gal\u00e9e \u00e0 ce jour, <strong>Dune <\/strong>est un chef d&rsquo;\u0153uvre de costumes et de d\u00e9cors. Anthony Masters, le d\u00e9corateur de <strong>2001 <\/strong>et de <strong>Papillon<\/strong>, r\u00e9ussit \u00e0 extraire <strong>Dune <\/strong>du moule <strong>Star Wars\/Galactica<\/strong>, avec ses vaisseaux fa\u00e7on cuirass\u00e9s et ses costumes en pyjama blancs.<\/p>\n<p>Fid\u00e8le \u00e0 l&rsquo;univers, il dessine des palais orientaux, m\u00e9di\u00e9vaux, steampunk, qui portent \u00e0 chaque fois l&rsquo;identit\u00e9 de leurs h\u00f4tes. Dans une \u00e9poque si lointaine (\u00ab <em>It is the year 10191<\/em> \u00bb), toute notion futuriste doit avoir disparu : les costumes aussi. Tenue d\u2019apparat pour les Atreides, cuirs sculpt\u00e9s pour les harkonnens, costumes napol\u00e9oniens pour l\u2019empereur et sa fille. Sans parler des <em>distilles<\/em>, la combinaison de survie des fremen, un vrai succ\u00e8s qui ne respecte pourtant pas les tenues du livre (car d\u00e9j\u00e0 piqu\u00e9s par George Lucas pour ses <em>jawas <\/em>de <em>Star Wars<\/em>) : une incontestable r\u00e9ussite graphique.<\/p>\n<p><strong>Des images inoubliables<\/strong><br \/>\nQuelques visions surnagent du montage \u00e0 la d\u00e9coupe : les plans de d\u00e9sert, les gouttes d&rsquo;eau du r\u00eave, les deux lunes, tout ce qu\u2019aurait pu \u00eatre <strong>Dune<\/strong>, le film, et ne sera jamais. Ou les fameux Vers des Sables, dont chacune des apparitions, film\u00e9e au ralenti, arrache des larmes au fan. Ils correspondent exactement \u00e0 l\u2019id\u00e9e que l\u2019on peut s\u2019en faire dans le livre. Tout cela d\u00fb \u00e0 un tr\u00e8s grand directeur de la photo, le britannique Freddie Francis (<strong>Les Chemin de la Haute Ville, Elephant man, Les Nerfs \u00e0 Vif<\/strong>&#8230;).<\/p>\n<p><strong>Un casting parfait<\/strong><br \/>\nIl faut bien distinguer les com\u00e9diens (qui sont bons) et leurs dialogues (qui sont d\u00e9sastreux). Le casting dunien est remarquable, tr\u00e8s coh\u00e9rent avec l&rsquo;id\u00e9e que l&rsquo;on se fait des personnages du roman. Seul Paul est un peu vieux pour le r\u00f4le, mais trouver un excellent acteur de quinze ans n&rsquo;est pas chose facile. Et la d\u00e9couverte de l&rsquo;\u00e9nigmatique Kyle McLachlan vaut bien ce sacrifice (<strong>Blue Velvet, Hidden, Twin Peaks, Sex and The City, Desperate Housewives<\/strong>\u2026)<\/p>\n<p><strong>Une musique \u00e9tonnante<\/strong><br \/>\nCela \u00e9corche la bouche du Professore &#8211; punk dans l&rsquo;\u00e2me &#8211; mais la musique compos\u00e9e par Toto est excellente. Oui, Toto, l\u2019auteur de l&rsquo;immortel <em>Africa<\/em>, a cr\u00e9e une tr\u00e8s belle musique pour <strong>Dune<\/strong>. Un th\u00e8me tr\u00e8s fort, un <em>love theme<\/em> particuli\u00e8rement r\u00e9ussi, et des musiques additionnelles (dont le tr\u00e8s beau <em>Prophecy Theme<\/em>, sign\u00e9 Brian Eno), loin des standards wagnerio-kitsch habituels, fa\u00e7on John Williams. Le film eut \u00e9t\u00e9 un succ\u00e8s, nul doute que la carri\u00e8re de Toto en eut \u00e9t\u00e9 chang\u00e9e, \u00e0 Hollywood au moins.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">***<\/p>\n<p>Voila, vous l&rsquo;aurez compris, revoir <strong>Dune <\/strong>n&rsquo;est pas indispensable, sauf pour les fans les plus masochistes d&rsquo;entre nous. Depuis 1984, le Professore guette, depuis son sietch, l&rsquo;adaptation qui nous sauvera tous. La s\u00e9rie t\u00e9l\u00e9 de Sci-Fi (2000) n&rsquo;a r\u00e9ussi qu\u2019a consterner le fan, en r\u00e9ussissant un gros succ\u00e8s t\u00e9l\u00e9 avec un sous-produit honteux, jou\u00e9 comme un pied, et \u00e0 la d\u00e9co ultra kitsch et cheap.<\/p>\n<p>Le dormeur a failli se r\u00e9veiller avec Peter Berg, une nouvelle qui a enthousiasm\u00e9 le Professeur, qui tient en haute estime le r\u00e9alisateur du <strong>Royaume <\/strong>et de <strong>Hancock<\/strong>. Mais celui-ci a pr\u00e9f\u00e9rer adapter une \u0153uvre autrement plus importante dans l&rsquo;histoire de l&rsquo;humanit\u00e9 : <em>La Bataille Navale<\/em> (<strong>Battleship<\/strong>). Le projet <strong>Dune <\/strong>est pass\u00e9 \u00e0 la Paramount avec le fran\u00e7ais Pierre Morel (<strong>Banlieue 13, Taken<\/strong>), pas une tr\u00e8s bonne nouvelle en soi, mais le projet semble reparti pour le d\u00e9sert profond.<\/p>\n<p>Non, le v\u00e9ritable espoir r\u00e9side en trois petites lettres, (Avant Garde Gothic Bold, blanc sur fond noir) : <em>HBO<\/em>.<\/p>\n<p><strong>Dune <\/strong>m\u00e9rite HBO, HBO m\u00e9rite <strong>Dune <\/strong>\u00e0 son catalogue. Les fans de <em>Dune <\/em>le pensaient d\u00e9j\u00e0 \u00e0 l\u2019\u00e9poque, alors qu\u2019HBO venait de na\u00eetre, et que le projet <strong>Dune <\/strong>n\u2019existait pas encore dans la t\u00eate d\u2019un producteur. Car deux heures ne suffisent pas \u00e0 peindre la fresque grandiose des Atreides, il faut dix \u00e9pisodes d&rsquo;une heure ! Le format de la s\u00e9rie (\u00e9pisodes, saisons\u2026) serait l\u2019\u00e9crin parfait des complots, des \u00ab <em>plans \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur des plans<\/em> \u00bb, et des diff\u00e9rentes \u00e9poques de Dune*&#8230; Il faut les talents conjugu\u00e9s de HBO pour mener un tel projet \u00e0 bien : l&rsquo;intelligence historique du <strong>Tr\u00f4ne de Fer<\/strong>, le chef d\u00e9co de <strong>Rome<\/strong>, les sc\u00e9naristes de <strong>Sur Ecoute<\/strong> ou des <strong>Soprano<\/strong>, et les acteurs <em>first class<\/em> dont la t\u00e9l\u00e9 dispose d\u00e9sormais pour incarner Paul, Wladimir, Feyd, Jessica, Stilgar, Chani\u2026<\/p>\n<p>Car ils sont l\u00e0, ces personnages extraordinaires en qu\u00eate d\u2019auteur ; leur c\u0153ur bat silencieusement dans les sables Arrakis, leur \u00e2me perdue dans un repli de l\u2019espace ; ils n&rsquo;attendent qu\u2019un Ver \u00e0 leur mesure, pour chevaucher enfin jusqu&rsquo;au grand public.<\/p>\n<p>Le dormeur doit se r\u00e9veiller.<\/p>\n<p><em>*Dune \u00e9tait un roman unique au d\u00e9part, et s\u2019est enrichi de suites et de prequels loin d&rsquo;\u00eatre aussi talentueusement \u00e9crits que le premier opus :<\/em><\/p>\n<p><em>\u2022 Dune est une lecture obligatoire<\/em><br \/>\n<em>\u2022 Le Messie de Dune, Les Enfants de Dune restent lisibles<\/em><br \/>\n<em>\u2022 L\u2019Empereur Dieu de Dune devient assez d\u00e9lirant, et se d\u00e9roule des si\u00e8cles apr\u00e8s les trois premi\u00e8res<\/em><br \/>\n<em>\u2022 Les H\u00e9r\u00e9tiques de Dune et La Maison des M\u00e8res, \u00e9crits dans les ann\u00e9es 80, sont tr\u00e8s mauvais<\/em><br \/>\n<em>\u2022 Le fils de Frank Herbert a r\u00e9activ\u00e9 la licence avec beaucoup moins de talent, mais beaucoup plus prolixe, en 3 cycles :<\/em><br \/>\n<em>o Avant Dune, un prequel direct de Dune avec la jeunesse des personnages (La Maison des Atr\u00e9ides, La Maison Harkonnen, La Maison Corrino)<\/em><br \/>\n<em>o Dune, la gen\u00e8se, qui se d\u00e9roule des si\u00e8cles avant Dune et explique le background (La Guerre des machines, Le Jihad Butl\u00e9rien, La Bataille de Corrin)<\/em><br \/>\n<em>o Apr\u00e8s Dune, une suite de La Maison des M\u00e8res (Les Chasseurs de Dune, Le Triomphe de Dune)<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab Sur Dune, nous avons un dicton : Dieu a cr\u00e9\u00e9 Arrakis pour \u00e9prouver les fid\u00e8les. \u00bb Il a cr\u00e9\u00e9 le film, aussi. Rappel des faits. 1981. Apr\u00e8s des ann\u00e9es d&rsquo;attente, et un projet avort\u00e9 avec Jodorowski, la nouvelle tombe : David Lynch va adapter Dune. C&rsquo;est deux bonnes nouvelles en m\u00eame temps. David Lynch [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5,8,3,7],"tags":[],"class_list":["post-2065","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-a-votre-vod","category-le-professor-a-toujours-quelque-chose-a-dire","category-les-films","category-pour-en-finir-avec"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.cinefast.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2065","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.cinefast.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.cinefast.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cinefast.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cinefast.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2065"}],"version-history":[{"count":12,"href":"https:\/\/www.cinefast.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2065\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":6260,"href":"https:\/\/www.cinefast.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2065\/revisions\/6260"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.cinefast.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2065"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cinefast.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2065"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cinefast.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2065"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}