{"id":166,"date":"2007-09-28T22:47:15","date_gmt":"2007-09-28T20:47:15","guid":{"rendered":"http:\/\/www.cinefast.com\/?p=166"},"modified":"2021-12-22T13:23:57","modified_gmt":"2021-12-22T12:23:57","slug":"control","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cinefast.com\/?p=166","title":{"rendered":"Control"},"content":{"rendered":"<p>Tu connais Joy Division ? Devant mon air interloqu\u00e9 ce matin-l\u00e0 de 1984, Eric revint quelque jours plus tard avec deux cassettes audio : l\u2019\u0153uvre enti\u00e8re de Joy Division : <em>Unknown Pleasures<\/em>, <em>Closer <\/em>et <em>Still<\/em>. Je tentais en vain d&rsquo;\u00e9couter cette musique lente, fun\u00e8bre, impossible \u00e0 d\u00e9finir : je rangeais ces K7 sur une \u00e9tag\u00e8re.<\/p>\n<p>Cinq ans plus tard, ayant passablement chang\u00e9 de go\u00fbts musicaux, je compris enfin l\u2019importance quintessencielle de Joy Division. Pour paraphraser ce qui a \u00e9t\u00e9 dit sur le Velvet Underground : \u00ab <em>Il n\u2019y a pas beaucoup de gens qui ont achet\u00e9 un album de Joy Division. Mais tous ont mont\u00e9 un groupe.<\/em> \u00bb Joy Division a une place \u00e0 part dans l\u2019histoire du rock : trop de talent, trop original, mort trop vite. U2, Moby, Red Hot Chili Peppers, The Cure paient leur dette tous les jours. <em>Love Will tear Us Apart <\/em>a eu un beau succ\u00e8s l\u2019an dernier en France, repris en bossa. Il y a des chansons de Joy Division dans des films r\u00e9cents : <strong>Heat<\/strong>, <strong>The Crow<\/strong>. Pas mal pour un groupe qui a enregistr\u00e9 deux albums et en a vendu seulement une poign\u00e9e&#8230;<\/p>\n<p>Faire un biopic sur la vie de Ian Curtis, pour autant, n\u2019est pas une sin\u00e9cure. L\u2019histoire n\u00e9anmoins, fait &#8211; sur le papier &#8211; un beau sc\u00e9nario : un jeune homme de la banlieue de Manchester, d\u00e9cide de devenir chanteur. Deux ans plus tard, au moment o\u00f9 le succ\u00e8s frappe \u00e0 sa porte, mais d\u00e9pass\u00e9 par ce succ\u00e8s, tiraill\u00e9 entre son mariage pr\u00e9coce et un nouvel amour, ravag\u00e9 par des crises d\u2019\u00e9pilepsie, Ian Curtis se pend dans sa cuisine. Il venait d\u2019\u00eatre p\u00e8re d\u2019une petite fille et avait 23 ans.<\/p>\n<p>Anton Corbjin n\u2019est pas un cin\u00e9aste. C\u2019est un immense photographe (U2, Depeche Mode) et un clipeur dou\u00e9. Il fut l\u2019un des premiers \u00e0 photographier Joy Division. Mais <strong>Control <\/strong>est un film de commande. Corbjin, en effet, voulait parler d\u2019autre chose pour son premier film, et rompre ainsi avec une adolescence prolong\u00e9e de 50 ans, v\u00e9cue essentiellement dans l\u2019orbite des groupes de rock, des tourn\u00e9es et des groupies. Mais comme la musique insidieuse de Joy Division, le projet a fini par le rattraper.<\/p>\n<p>Ce qui aurait pu \u00eatre un cadeau empoisonn\u00e9 se r\u00e9v\u00e8le un film exceptionnel, formidable de retenue, et de modestie. Le cin\u00e9aste s\u2019efface tout simplement derri\u00e8re l\u2019histoire et la musique. Evite tous les poncifs. Ne cherche pas d\u2019explication sociale ou psychologique au drame qui couve. Au contraire, il peint par petites touches cette histoire dans toute sa banalit\u00e9 : l\u2019amour perdu, le temps qui passe, les responsabilit\u00e9s qui nous d\u00e9passent. Et r\u00e9ussit \u00e0 faire un film en noir et blanc esth\u00e9tique sans \u00eatre esth\u00e9tisant. C\u2019est un film de com\u00e9diens : ils sont quasi d\u00e9butants et pourtant remarquables, et dr\u00f4les aussi.<\/p>\n<p>Mercredi, je suis donc all\u00e9 voir <strong>Control<\/strong> \u00e0 la deuxi\u00e8me s\u00e9ance, avec Eric. Nous \u00e9tions comme deux vieux amis \u00e0 l\u2019enterrement d\u2019un troisi\u00e8me, perdu de vue depuis longtemps.<\/p>\n<p>Repose en paix, Ian Curtis : nous avons aim\u00e9 tous les deux.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Tu connais Joy Division ? Devant mon air interloqu\u00e9 ce matin-l\u00e0 de 1984, Eric revint quelque jours plus tard avec deux cassettes audio : l\u2019\u0153uvre enti\u00e8re de Joy Division : Unknown Pleasures, Closer et Still. Je tentais en vain d&rsquo;\u00e9couter cette musique lente, fun\u00e8bre, impossible \u00e0 d\u00e9finir : je rangeais ces K7 sur une \u00e9tag\u00e8re. 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