{"id":1455,"date":"2011-11-30T19:47:45","date_gmt":"2011-11-30T17:47:45","guid":{"rendered":"http:\/\/www.cinefast.com\/?p=1455"},"modified":"2011-11-30T19:48:28","modified_gmt":"2011-11-30T17:48:28","slug":"drive","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cinefast.com\/?p=1455","title":{"rendered":"Drive"},"content":{"rendered":"<p>Avant de m&rsquo;attirer les foudres du Framekeeper, je me lance : <strong>Drive <\/strong>est un excellent film ; je ne dis pas encore chef d&rsquo;\u0153uvre, car j&rsquo;ai deux r\u00e9serves que j\u2019exposerais plus bas, et je laisse donc la post\u00e9rit\u00e9 juger&#8230;<\/p>\n<p>Mais sinon&#8230;<\/p>\n<p>Nicolas Winding Refn signe ici son meilleur film (le Professore n\u2019en a vu que deux), apr\u00e8s l&rsquo;intrigant <a href=\"http:\/\/www.cinefast.com\/?p=1159\"><strong>Valhalla Rising<\/strong><\/a>. Polar \u00e0 l&rsquo;ancienne, sublim\u00e9 par le talent \u00e9clatant, anti-tarantinesque, de Winding Refn, et par des com\u00e9diens excellents.<\/p>\n<p>Autour d&rsquo;une trame tr\u00e8s seventies*, le r\u00e9alisateur danois brode sa Tapisserie de Bayeux personnelle, dans la meilleure tradition du polar : une histoire squelettique, qui sert seulement de support \u00e0 des personnages, \u00e0 une ambiance. Au centre, un m\u00e9cano quasi-mutique, sans nom, sans pass\u00e9, un <em>loner <\/em>type du film noir, qui arrondit ses fins de mois en convoyant des gangsters. Avec des r\u00e8gles strictes qui pourrait r\u00e9sumer le film : \u00ab\u00a0<em>Je suis \u00e0 vous, enti\u00e8rement \u00e0 vous pendant 5 mn. Mais je n&rsquo;ai pas d&rsquo;arme. Je ne participe pas au braquage. Apr\u00e8s 5 mn, je m&rsquo;en vais, vous ne me reverrez jamais<\/em>\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Apr\u00e8s une s\u00e9quence d&rsquo;ouverture millim\u00e9tr\u00e9e exposant ce concept, Nicolas Winding Refn encha\u00eene sur dans la grande tradition du polar social : une voisine, un gamin, un mari en taule, et le drame : in\u00e9luctable.<\/p>\n<p>Qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;a de plus <strong>Drive <\/strong>? C&rsquo;est d\u2019opposer, toute simplement, une fin de non-recevoir aux pseudo-exigences du cin\u00e9ma actuel : les poursuites doivent \u00eatre survitamin\u00e9es ? Refn pr\u00e9f\u00e8re une froide et plate efficacit\u00e9. Il faut des dialogues fleuves, des r\u00e9parties, une bonne vanne \u00e0 chaque fin de page (Tarantino) ? Non, le silence, la vibration de la ville, un sourire, un mot. La communication, chez Refn, ne sert \u00e0 rien, \u00e0 l\u2019image de son Guerrier Silencieux sans ligne de dialogue de <strong>Valhalla Rising<\/strong>**. Il est servi en cela par un com\u00e9dien exceptionnel, qui petit \u00e0 petit m\u00e8ne sa barque au milieu des gros paquebots Hollywoodiens, mais qui petit \u00e0 petit trace une route exigeante et s\u00fbre d\u2019elle m\u00eame\u2026 ce com\u00e9dien, c&rsquo;est Ryan Gosling. Avocat hyst\u00e9rique dans <strong>La Faille<\/strong>, prof \u00e0 la d\u00e9rive dans <strong>Half Nelson<\/strong>, pr\u00e9sent \u00e0 la fois chez Clooney (<strong>Les Marches du Pouvoir<\/strong>) ou dans des grosses com\u00e9dies (<strong>Crazy Stupid Love<\/strong>), il joue ici \u00e0 la limite de l\u2019autisme, avec une capacit\u00e9 \u00e9tonnante \u00e0 faire \u00e9voluer le personnage en cent petites minutes. Un parfait personnage de Manchette***\u2026 Sans parler de Carey Mulligan, craquante en jeune m\u00e8re paum\u00e9e, et mes chouchous utilis\u00e9s \u00e0 contre emploi (Oscar Isaac (<strong>Agora<\/strong>) et Christina Hendricks (<strong>Mad Men<\/strong>)\u2026<\/p>\n<p>Apr\u00e8s, on admettra que l\u2019intrigue est squelettique, avant tout un pr\u00e9texte, comme souvent dans le polar, pour poser cette ambiance. On sent bien que Nicolas Winding Refn se contente de surfer \u00e0 la p\u00e9riph\u00e9rie de cette intrigue, pour mieux se concentrer sur le mise en sc\u00e8ne : chaque plan est travaill\u00e9, allong\u00e9 \u00e0 l\u2019extr\u00eame, refusant la facilit\u00e9 du cut. Esth\u00e9tisant \u00e0 mort, on reconna\u00eetra le style Refn entre mille : visages rouges, musique hypnotique, sourdes vibrations lynchiennes. C&rsquo;est la force de ce cin\u00e9ma, c&rsquo;est aussi sa faiblesse. Ses tournures de style seront peut-\u00eatre d\u00e9su\u00e8tes dans vingt ans, comme <strong>37,2 Le Matin <\/strong>ou <strong>La lune dans le Caniveau<\/strong>.<\/p>\n<p>Deuxi\u00e8me regret, une fin \u00e9tonnante, qui ne satisfait pas l&rsquo;europ\u00e9en qui sommeille dans le Professore, mais qui colle au personnage, \u00e0  son parcours, \u00e0 ses enjeux dramatiques.<\/p>\n<p>Il est encore temps d&rsquo;aller voir <strong>Drive<\/strong>.<\/p>\n<p><em>*Le livre de James Sallis a pourtant \u00e9t\u00e9 \u00e9crit en 2005<\/p>\n<p>**Mais au contraire de ce film quasi exp\u00e9rimental (comme <strong>Bronson<\/strong>, \u00e0 ce qu&rsquo;il parait), Refn est ici dans le film grand public, plus facile. Et il n\u2019en est que meilleur\u2026<\/p>\n<p>*** Martin Terrier \u00e9tait pauvre, esseul\u00e9, b\u00eate et m\u00e9chant, mais pour changer tout \u00e7a, il avait un plan de vie beau comme une ligne droite.<br \/>\nJean-Patrick Manchette &#8211; La Position du Tireur Couch\u00e9<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Avant de m&rsquo;attirer les foudres du Framekeeper, je me lance : Drive est un excellent film ; je ne dis pas encore chef d&rsquo;\u0153uvre, car j&rsquo;ai deux r\u00e9serves que j\u2019exposerais plus bas, et je laisse donc la post\u00e9rit\u00e9 juger&#8230; Mais sinon&#8230; Nicolas Winding Refn signe ici son meilleur film (le Professore n\u2019en a vu que [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-1455","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-les-films"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.cinefast.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1455","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.cinefast.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.cinefast.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cinefast.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cinefast.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1455"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/www.cinefast.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1455\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1458,"href":"https:\/\/www.cinefast.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1455\/revisions\/1458"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.cinefast.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1455"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cinefast.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1455"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cinefast.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1455"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}