{"id":1154,"date":"2011-06-09T18:16:50","date_gmt":"2011-06-09T16:16:50","guid":{"rendered":"http:\/\/www.cinefast.com\/?p=1154"},"modified":"2014-04-20T15:53:37","modified_gmt":"2014-04-20T13:53:37","slug":"the-tree-of-life","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cinefast.com\/?p=1154","title":{"rendered":"The Tree of Life"},"content":{"rendered":"<p>Voil\u00e0 le Professore bien emb\u00eat\u00e9 : que dire de <strong>The Tree of Life <\/strong>? Bien parti pour en dire du mal (<a href=\"http:\/\/www.cinefast.com\/?p=1136\">cf. infra<\/a>), je ne me suis finalement pas ennuy\u00e9 au dernier Malick. Je n&rsquo;ai pas \u00e9t\u00e9 \u00e9mu non plus, me direz-vous\u2026<\/p>\n<p>T\u00e2chons donc de peser le pour et le contre. A son actif, et ce n&rsquo;est pas une r\u00e9v\u00e9lation, <strong>The Tree of Life <\/strong>est un film d&rsquo;une incroyable beaut\u00e9, comme l&rsquo;\u00e9tait ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs, depuis les couchers de soleil de <strong>Badlands<\/strong>, \u00e0 la nature incandescente de <strong>La Ligne Rouge<\/strong>. Malick sait composer un plan, et on sait qu&rsquo;il peut attendre des heures la lumi\u00e8re id\u00e9ale.<\/p>\n<p>Ensuite, <strong>The Tree of Life <\/strong>est un grand film. Et ce n&rsquo;est pas que de la <em>hype <\/em>d&rsquo;attach\u00e9 de presse. C&rsquo;est un film ambitieux. Non content, comme d&rsquo;habitude de s&rsquo;interroger sur le sens de la vie, Malick rajoute ici plusieurs couches \u00e0 son intrigue (si on peut utiliser le mot sans froisser la bande des Malickiens pur jus ?)<\/p>\n<p>L&rsquo;intrigue, parlons en : on la d\u00e9couvre par bribes subtiles, mais compr\u00e9hensibles : c&rsquo;est le puzzle d&rsquo;une vie qui s&rsquo;assemble devant vous, et qui cette fois brode autour d&rsquo;une fratrie, sous la coupe d&rsquo;un p\u00e8re autoritaire dans le Texas des ann\u00e9es Soixante.<\/p>\n<p>Pour une fois, l\u2019intrigue est plus qu\u2019un pr\u00e9texte : on sent que Malick a du mettre plus d\u2019un bout de son enfance l\u00e0-dedans.  Les relations p\u00e8re-fils, sont trait\u00e9es avec une subtilit\u00e9 qui reste sa marque de fabrique : rien ne sera dit, mais tout sera compris. De la naissance, des premiers pas, de la naissance des fr\u00e8res, des premi\u00e8res traces de jalousie que cela engendre&#8230; De la n\u00e9cessit\u00e9 de fixer des r\u00e8gles pour le p\u00e8re (Brad Pitt, formidable). De la m\u00eame n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;enfreindre ces r\u00e8gles pour le fils (Hunter McCracken, tout aussi g\u00e9nial). Et il en tire cette sc\u00e8ne magnifique, et purement am\u00e9ricaine, dans un pays o\u00f9 il n&rsquo;y a pas de cl\u00f4ture entre deux jardins : le p\u00e8re trace une ligne invisible sur le sol. Et le fils s&rsquo;en amuse, passant l&rsquo;invisible fronti\u00e8re, puis revenant dans le territoire autoris\u00e9.<\/p>\n<p>Avec l&rsquo;\u00e2ge, les consignes du p\u00e8re deviennent de plus en plus autoritaires, et le fils de plus en plus transgressif, jusqu&rsquo;\u00e0 envisager, dans une autre sc\u00e8ne magnifique, le pire.<\/p>\n<p>Une autre fa\u00e7on d&rsquo;aborder le libre arbitre, Malick a du lire Saint Augustin ! Car <strong>The Tree of Life <\/strong>attaque \u00e9videmment ses antiennes f\u00e9tiches, ses interrogations ontologiques sur la destin\u00e9e humaine : sommes-nous du c\u00f4t\u00e9 de la Nature (des b\u00eates sauvages, indisciplin\u00e9es, vaguement retenues du meurtre par quelques conventions sociales ?) Ou au contraire, sommes-nous du c\u00f4t\u00e9 de la Gr\u00e2ce Divine, \u00e9manant d&rsquo;une puissance sup\u00e9rieure, Enfants de Dieu destin\u00e9s \u00e0 l&rsquo;Amour ?<\/p>\n<p>A cette question (\u00e9l\u00e8ve Ludovico, vous avez deux heures !), \u00e9videmment, Malick ne r\u00e9pond pas. <\/p>\n<p>Au contraire, il enchaine sur un deuxi\u00e8me th\u00e8me, qui fait de <strong>The Tree of Life <\/strong>le film le plus ambitieux de toute l\u2019histoire du cin\u00e9ma : raconter l\u2019histoire de l\u2019univers, tout simplement ! <\/p>\n<p>Pour une raison qui reste volontairement myst\u00e9rieuse, Malick introduit dans son histoire deux parenth\u00e8ses galactiques. L&rsquo;une apr\u00e8s l&rsquo;introduction, en forme de documentaire sur la cr\u00e9ation de l&rsquo;univers (big bang, cr\u00e9ation des plan\u00e8tes, apparition de la vie sur terre, tout y passe). Et conclut son film fa\u00e7on <em>Paradis <\/em>de Dante, o\u00f9 tous ceux qui s&rsquo;aiment retrouvent leur B\u00e9atrice \u00e0 la fin des temps (p\u00e8re et m\u00e8re, fils et fr\u00e8res). <\/p>\n<p>Dans quel objectif ? On ne sait. Ces s\u00e9quences sont parfois splendides, parfois rat\u00e9es, parfois lourdement charg\u00e9es de p\u00e9dagogie (le dinosaure qui \u00e9pargne son semblable), mais en tout cas, elles induisent un effet de perspective : c&rsquo;est la magie de la vie, et son myst\u00e8re insondable. Qui nous a mis l\u00e0, au milieu de l&rsquo;espace, entre le froid terrifiant du vide interstellaire et les chaleurs infernales des galaxies en formations ? Dieu, ou le Hasard ?<\/p>\n<p>On le voit, si vous avez envie de r\u00e9fl\u00e9chir, vous serez servi par <strong>The Tree of Life<\/strong>. C&rsquo;est son cot\u00e9 Docudrama sur la 5. C&rsquo;est aussi son point faible, car cette distance toute kubrickienne ne convient gu\u00e8re au sujet. On voudrait &#8211; c&rsquo;est la l\u00e2chet\u00e9 du spectateur moyen &#8211; \u00eatre un peu \u00e9mu.<\/p>\n<p>Il y a pourtant de quoi. La difficult\u00e9 d&rsquo;\u00eatre p\u00e8re, la difficult\u00e9 d&rsquo;\u00eatre fils, d&rsquo;\u00eatre ou ne pas \u00eatre le fils pr\u00e9f\u00e9r\u00e9, de prot\u00e9ger ses enfants ou de les pr\u00e9parer aux difficult\u00e9s de la vie&#8230; tout cela devraient nous toucher profond\u00e9ment. Surtout, si comme Le Professore, vous avez eu vous aussi cette enfance \u00e0 la campagne : la caresse d&rsquo;une sauterelle dans le creux de la main, le bruit de l&rsquo;eau qui ruisselle sur les galets de la rivi\u00e8re, le soleil dans les draps qui s\u00e8chent&#8230; Les images sont magnifiques, elles vous parlent. Mais, assez inexplicablement, on n\u2019arrive pas \u00e0 d\u00e9coller. Peut-\u00eatre parce que Malick se refuse \u00e0 toute facilit\u00e9, \u00e0 toute empathie, et garde ses personnages \u00e0 distance, comme ces insectes qu&rsquo;il observe. <\/p>\n<p>Cette posture kubrickienne ne fonctionne pas ici, parce que le sujet n&rsquo;est pas le m\u00eame. Chez Kubrick, le sujet, c\u2019est la Misanthropie. L&rsquo;homme est-il bon ? demandait l\u2019Arzach de Moebius. Kubrick r\u00e9pond que non, il est jaloux, querelleur, vaniteux, violent. Malick ne r\u00e9pond pas, il pose la question. Dans cette hypoth\u00e8se, il devrait essayer de nous faire appr\u00e9cier ses personnages. <\/p>\n<p>C&rsquo;est aussi pourquoi <strong>La Ligne Rouge <\/strong>est un grand film, car c&rsquo;est le film le moins manich\u00e9en dans la filmographie de Malick : les personnages y sont Kubrickiens, c&rsquo;est \u00e0 dire des insectes pris dans l&rsquo;incendie de la fourmili\u00e8re de Guadalcanal, et le cin\u00e9aste les observe, avec leurs qualit\u00e9s et leur d\u00e9fauts, mais aussi, contrairement \u00e0 Kubrick, beaucoup d&#8217;empathie. C&rsquo;est \u00e9galement le seul film de Malick bas\u00e9 sur un roman &#8211; excellent au demeurant*.<\/p>\n<p>Les autres films sont purement Malickiens, et on sent notre proph\u00e8te rousseauiste un peu perdu dans ses pens\u00e9es mystiques.<\/p>\n<p>Au final, on conviendra que c&rsquo;est un film qu&rsquo;il faudra avoir vu. <\/p>\n<p>Qu&rsquo;il vous plaise ou non sera une autre affaire.<\/p>\n<p><em>*La Ligne Rouge<br \/>\nJames Jones<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Voil\u00e0 le Professore bien emb\u00eat\u00e9 : que dire de The Tree of Life ? Bien parti pour en dire du mal (cf. infra), je ne me suis finalement pas ennuy\u00e9 au dernier Malick. Je n&rsquo;ai pas \u00e9t\u00e9 \u00e9mu non plus, me direz-vous\u2026 T\u00e2chons donc de peser le pour et le contre. A son actif, et [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-1154","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-les-films"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.cinefast.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1154","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.cinefast.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.cinefast.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cinefast.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cinefast.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1154"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/www.cinefast.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1154\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3155,"href":"https:\/\/www.cinefast.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1154\/revisions\/3155"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.cinefast.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1154"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cinefast.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1154"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cinefast.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1154"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}