mercredi 30 juillet 2008


L’Ile de la Tentation (part 2)
posté par Professor Ludovico dans [ Le Professor a toujours quelque chose à dire... ]

Nous avons évoqué ici un début d’analyse de L’Ile de la Tentation… Reste à analyser la forme elle-même, incroyablement cinématographique, empruntant à la fois au documentaire, au film d’horreur… et au porno.

Car, abandonnant les codes du Loft (camera cachée), l’Ile de la Tentation est incroyablement bien filmée et montée. Elle intègre les codes dramaturgiques traditionnels ; elle pose l’enjeu (par la traditionnelle question de l’ineffable Céline Géraud, « Repartirez vous ensemble, ou séparément ? ») Elle gère ensuite, comme un JJ Abrams à la française, cliffhanger, arc dramatique et résolution.

Coté genre, elle joue d’abord du mélo, probablement pour mieux amener, par contraste, ce que L’Ile de la Tentation est réellement : une comédie de mœurs. On assiste à la séparation des amoureux, avec larmes et musique folk. « Que sont-ils venus faire dans cette galère ? » se dit-on…

Puis on emprunte au film d’horreur : un Drame se prépare dans la Nuit. Plans répétés de la lune, plans sur la mer calme puis sur une ombre, au premier plan, qui rôde (un iguane), comme dans tout slasher movie qui se respecte. Si on y regarde bien, on s’aperçoit que le jeu surfe beaucoup sur le registre de la peur, et de l’irrationnel. L’émission joue clairement sur la paranoïa des candidats, sur leur schizophrénie ; on grossit des événements anodins en catastrophe, et on finit par perdre la raison, et on se retrouve dans une scène de l’exorciste : « L’homme que j’ai vu sur la vidéo, ce n’est pas l’homme que j’aime, c’est quelqu’un d’autre… que je ne connais pas » « Et qui est-ce ? » « C’est Shoooon ! »

Porno ensuite, puisqu’on ne nous épargne aucun gros plan sur les abdos, les fesses, les seins de ces jeunes gens, mêmes dans des scènes de la vie quotidienne (déjeuner, discuter sur la plage) Dès qu’on peut, on rince l’œil du téléspectateur, comme quand le livreur de pizza arrive dans les films tardifs de Canal+. Et qui surfe aussi sur la mode des webcams et du porno amateur : scènes pseudos volées (retravaillées en noir et blanc !), baisers furtifs, conversations cul à table, etc.

Arrive enfin la scène culte de l’émission, le Feu de Camp, où TF1 semble avoir pioché chez Leni Riefensthal l’esthétique wagnérienne. Feu de bois, visages éclairés au cordeau, légèrement décadrés, ambiance magique et primitive. Et questions de la Grande Inquisitrice Géraud, qui joue très mal la psy (« Qu’avez-vous vous vu ? »), mais très bien l’infirmière SS « Et là, quand vous voyez Shoon toucher la tentatrice, vous êtes en colère ? » C’est à la fois la scène la plus artificielle qui soit, et souvent la plus chargée d’émotion : engueulades, règlements de compte, pleurs. C’est aussi le pic, le climax de l’épisode, là où les conflits se révèlent, explosent et se résolvent, selon un parcours ternaire immuable. Céline Géraud montre une sélection d’images à charge, souvent disproportionnées par rapport à ce que nous avons vu précédemment. Par exemple, Manu qui semble vraiment épris de sa femme Alexandra, mais qui au milieu d’une phrase, fera un compliment à la tentatrice qui lui tend une oreille compatissante, eh bien c’est cet extrait qui sera montrée à Alexandra.
Et si les « trahisons » semblent parfois bien minces, elles déclenchent invariablement des vengeances apocalyptiques (« Tu as dansé avec Linda ? Je vais coucher avec John ! »)

Pire, on ne peut pas être sûr de ce qu’Alexandra a vu, car ce qu’on voit, c’est seulement qu’on tend à la jeune femme un lecteur DVD portable ; elle lance la lecture, et après un grésillement lynchien, on voit le bout de scène compromettante superposé par trucage sur le lecteur DVD. Un trucage volontairement très mauvais, qui cache évidemment ce qui a vraiment été montré…

Deuxième étape, notre ex-judoka fait monter la mayonnaise en asticotant, manipulant les candidats : « Qu’avez vous ressenti ? » Quand il n’y a pas de quoi fouetter un chat (ça arrive), elle réussit quand même à mettre en rogne le (la) candidate, ce qui en général aboutit à une vengeance au retour à Diamante K (bisous au tentateurs, confessions dangereuses à une tentatrice, alcools qui coulent flot, danse collé/serré jusqu’au bout de la nuit, etc., avec à la clef de nouvelles videos compromettantes)

Et puis il y a la résolution, par la confrontation finale « Repartez-vous ensemble, ou séparément ? ». C’est le moment de vérité, où le spectateur peut faire le tri entre les vrais couples au bord de la crise de nerfs et les mauvais acteurs jouant une fausse dispute…

Au final, L’Ile de la Tentation n’est guère différente des autres émission de télé-réalité, hormis ce que nous venons de voir. C’est un miroir social où il est très agréable de se contempler, et de se comparer. Le spectateur sort forcément grandi de L’Ile de la Tentation, car il se compare à ces pauvres créatures en bocal, engluées et stupides, dans le doux miel de l’Expérience « Ile de la Tentation »…

*Entrevue qui joue le jeu de la promotion indirecte de l’émission. On est là dans l’ironie dramatique à double niveau. « Je sais que c’est truqué, mais je regarde quand même, je sais que les « révélations » du magazine sont arrangés, mais j’achète pour être détrompé de ce que je regarde par ailleurs pourtant au premier degré »…

** On peut en savoir plus, sur Tiffany par exemple, en se connectant à tf1.fr. Intégration des contenus, on vous dit !


Un commentaire à “L’Ile de la Tentation (part 2)”

  1. CineFast » L’Ile de la Tentation (part 1) écrit :

    […] La suite ici…. […]

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