samedi 16 juin 2018


Nous étions Marquis de Sade…
posté par Professor Ludovico dans [ Le Professor a toujours quelque chose à dire... -Les gens ]

Voilà quelque chose qui n’a pas l’air d’avoir grand-chose à voir avec la cinéphilie, et pourtant… C’est peut-être tout simplement la passion. Le fait simplement d’« être fan » comme chantait Pascal Obispo. On y reviendra, d’ailleurs, à Obispo.

Le mois dernier, je suis allé voir Marquis de Sade en concert. Un rêve que je caresse depuis 1980, quand je lisais dans Best des articles élogieux sur le groupe leader de la No Wave française. La rubrique Frenchy but Chic nous donnait des nouvelles, nous qui étions, à Saint-Arnoult-en-Yvelines, à 55 km du front. Et nous étions fan de Marquis de Sade, simplement parce que Best le disait, et que ça vous donnait une incroyable crédibilité de prononcer ces mots « Marquis de Sade », « Rue de Siam » « Wanda’s loving boy » ou de les graver au marker sur son sac US.

Enfin en 2018, j’ai pu les voir en concert, et surtout j’ai pu écouter pour la première fois leur musique sur iTunes. Parce que oui, j’étais fan depuis quarante ans d’un groupe dont je n’avais pas écouté une seule note de musique. Impossible d’acheter les disques, même à Rambouillet. Trop loin, trop cher. Impossible aussi pour mes amis, donc pas non plus de cassette pirate .

Quel rapport avec la cinéphilie ? Et bien c’est la même chose. Un ami de lycée, Olivier avait le livre de Ciment sur Kubrick. Et ce livre disait que Kubrick était le plus grand cinéaste du monde. Donc on l’a cru. Pourtant, on n’avait vu qu’un seul film : Shining. La passion c’est ça ; l’amour inconditionnel. Ce qui n’empêche pas toute une vie durant de chercher des preuves d’amour.

Pendant le concert, Philippe Pascal a fait quelque chose d’extraordinaire. Entre deux chansons il a présenté le groupe en disant « Nous étions Marquis de Sade… » Typiquement, quand, disons, les Rolling Stones arrivent sur scène, c’est « Bonsoiiir Paris, nous sommes les Rooolliiing Stoooones ! » Pourtant, ils ne sont plus, et depuis longtemps, ce qu’étaient véritablement les Rolling Stones. Ancien boutefeux du vieux monde, ils sont forcément devenus, comme Marquis de Sade, des membres de la bourgeoisie*…

Mais « Nous étions Marquis de Sade… », c’est autre chose. Une façon d’indiquer que l’on est dans une capsule temporelle où l’on va jouer les chansons de 1979 comme si on y était, en ’79. La crise, la peur nucléaire, la France de Giscard. Mais après le concert, ce sera fini. Parce qu’objectivement, c’est fini. Le vieux monde est mort, un autre est né, avec ses qualités héritées des agitations des Stones et de Marquis de Sade (entre autres) et avec, aussi, de nouveaux défauts…
Mais dire « Nous étions Marquis de Sade… », c’est indiquer qu’on peut chanter sans risque des chansons romantiques sur la Bande à Baader, les sous-marins et les icebergs, ou Dantzig. S’il n’y avait pas cette capsule, ça aurait eu un drôle de goût.

Mais là, c’était parfait**…

* Comment croire que Jagger ne peut obtenir satisfaction, lui qui se promène dans son sous-marin personnel et qui vit dans un château de la Loire ?
** Daho, mais surtout Obispo, sont venus chanter avec MdS. L’hommage de ces megastars françaises au groupe qui leur a donné envie de tenir une guitare était très émouvant. Mais c’est surtout Obispo, qui connaissait par cœur Wanda’s loving boy et dansait comme un fou, qui a donné le plus beau des sens aux paroles écrites en 2004 : « Si j’existe, c’est d’être fan… »




samedi 16 juin 2018


Le Bureau des Légendes
posté par Professor Ludovico dans [ Séries TV ]

On a craqué. Sous la pression de l’agent Fulci, de l’Agenzia Informazioni e Sicurezza Esterna, on a fini par jeter un œil à la suite télévisuelle de l’un de ses meilleurs films, Les patriotes. Et on doit dire que c’est plutôt pas mal fait. En tout cas c’est l’espionnage que l’on aime, c’est-à-dire essentiellement psychologique, sans gagdgets ni coups de feu, et très peu de violence physique. La taupe plutôt que James Bond, donc.

Le Bureau des Légendes a en fait les mêmes défauts que l’on trouve dans certaines séries américaines, type Homeland : si le postulat de départ est extrêmement réaliste, la volonté de rajouter des péripéties égratigne progressivement sa crédibilité. On verra ainsi un agent cacher à ses supérieurs ses déplacements alors que nous a consciencieusement expliqué (épisode 1) que c’était formellement interdit. Il n’est pas sanctionné… Si on était dans James Bond, on rirait des facéties de l’agent 007. Ici, ce n’est tout simplement pas possible. Par ailleurs Kassovitz, qui est censé porter toute la série sur ses épaules, n’est pas vraiment taillé pour le rôle. Mais les autres (Jean-Pierre Darroussin, Léa Drucker, Sara Giraudeau, Gilles Cohen, Jonathan Zaccaï) sont très bons.

On sent un peu les coutures, l’arc principal et les mini-intrigues annexes, ça sent un peu le manuel de scénario… Mais en tout cas, ça te donne envie de regarder la suite.




mercredi 13 juin 2018


2001, l’Odyssée de l’Espace
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]

2001 ressort aujourd’hui, remasterisé et réétalonné par Christopher Nolan.

Ben quoi ? Vous êtes encore là ??




dimanche 10 juin 2018


Corpus Christi
posté par Professor Ludovico dans [ A vos DVD -Documentaire -Les films ]

27 intervenants. 7 ans de travail. 2 ans de montage. Tout ça pour étudier le texte plus connu du monde occidental, le récit de la crucifixion dans l’Evangile selon Saint-Jean*. C’est le projet fou de Corpus Christi, le documentaire en douze parties réalisé par Jérôme Prieur et Gérard Mordillat** et diffusé sur Arte en 1997. A CineFast, (dont personne n’ignore les origines finchero-chrétiennes, depuis l’AG fondatrice des quatre apôtres dans la crypte de Colombes), nous sommes depuis toujours sous la pression du Framekeeper: « T’as vu Corpus Christi ? T’as fini le Girard ? Quand est-ce que tu commences Les Origines du Christianisme ? »

Aussi, quand le Rupelien s’est mis à nous harceler sur le même ton, nous nous sommes sentis obligés de nous y atteler.

L’an dernier.

Car il faut bien un an de travail pour regarder attentivement ces 12 heures, à vrai dire assez ardues, pour ne pas dire monastiques. Des témoignages sur fond noir (que viennent égayer des chemises Desigual et des pull à motifs plutôt inventifs), tout cela pendant douze heures, il faut s’accrocher. On peut passer par exemple une heure sur le mot Judas. Est-ce un prénom ? une origine (« de Judée ») ? une métaphore : Judas, le double noir de Jésus ? En face, c’est pas moins de 27 chercheurs, théologiens ou laïcs, juifs, chrétiens, français, allemands, anglais… qui s’escriment sur un mot.

Si l’on a affaire à des spécialistes, chacun est capable de mettre sa foi de côté pour reconnaître qu’on en sait peu sur la vie de Jésus. Le sujet de Corpus Christi n’est pas là. Le documentaire vise plutôt à reconstituer la période, entre la mort de Jésus (30, 31, 32, 33 après JC ?) et la rédaction probable de ces textes (40 ans plus tard). Pourquoi par exemple, accuser les juifs sous domination Romaine de la condamnation de Jésus ? Ponce Pilate gouvernait la Judée, nous explique Corpus Christi. Il est donc peu probable qu’il ait laissé la décision à des juifs qu’il tenait sous son joug. Mais quarante ans plus tard, quand le christianisme commence à se répandre en Grèce et dans l’empire romain, il semble difficile d’accuser ceux que l’on veut convertir de la mort du prophète. Corpus Christi foisonne de ces débats, de ces contradictions, et son génie est de ne pas essayer de les résoudre, mais bien d’amener le spectateur à y réfléchir.

Une grande œuvre.

* « Ils prirent donc Jésus. Et il sortit portant sa croix, et vint au lieu-dit du Crâne – ce qui se dit en hébreu Golgotha – où ils le crucifièrent, et avec lui deux autres : un de chaque côté, et au milieu Jésus. »
** Tous deux absolus athées.




vendredi 8 juin 2018


Blanche Gardin
posté par Professor Ludovico dans [ Le Professor a toujours quelque chose à dire... -Les gens ]

Dans le monde du spectacle comique, apparaît de temps en temps une révolution : Fernand Raynaud, Coluche, Desproges, Gaspard Proust. Blanche Gardin est de celles-là. Son spectacle, qui passe en ce moment sur Canal+, ne ressemble à rien d’autre.

Vous la connaissez déjà ; elle a fait sensation aux Césars en osant se moquer de ce qui ne peut pas être moqué, c’est-à-dire #metoo*.

Son spectacle** est à l’avenant. Si Blanche Gardin narre les sempiternelles aventures d’une quadra dépressive, c’est-à-dire le moule d’à peu près tous les one man shows du monde, la différence est ailleurs. Pas dans le jeu de scène : il n’y en a pas. Debout sur scène, tenant son pied de micro à deux mains, Gardin se contente de hausser les sourcils et d’imiter quelques personnages. Une originalité, néanmoins : elle parle vraiment pendant 90mn, sans s’arrêter, même pour une punch line.

C’est le fond même du spectacle qui fait la différence ; ce que raconte Blanche Gardin est incroyablement intelligent (la demoiselle a un DEA de sociologie). Derrière le trash, derrière la vulgarité, elle dit des choses importantes ce que nous sommes en train de devenir.

À voir absolument, avant que Canal+ ne ferme.

* « Je suis à fond dans le mouvement. Y’en a marre du harcèlement. Mais j’ai une question… Pour les castings, est-ce que ça veut dire qu’il va falloir apprendre les textes ? »
** Je parle toute seule, sur Canal+




mercredi 6 juin 2018


Le Dossier Odessa
posté par Professor Ludovico dans [ A vos DVD -Brèves de bobines -Les films ]

Le film sur le papier a tout pour plaire : la chasse aux nazis, une ambiance sixties, un film d’espionnage sérieux comme le Professore Ludovico les aime… Malheureusement c’est très mauvais, ça pris un énorme coup de vieux. Tout est irréaliste ; ça commence comme John la Carré et ça tourne James Bond, John Voight est pas très bon, et on a du mal à imaginer les gars du Mossad engager un journaliste aussi nul.

A fuir.




lundi 4 juin 2018


Baywatch
posté par Professor Ludovico dans [ A vos DVD -Les films ]

C’est la surprise du chef : ce film est très drôle. C’est l’un des plaisirs de la cinéphilie que de tomber complètement par hasard sur une petite perle. On se fiche depuis toujours d’Alerte à Malibu, même pour les seins de Pamela Anderson. Mais il faut confesser une trouble passion pour The Rock depuis Le Roi Scorpion.

Dwayne Johnson a toujours joué avec intelligence de la dichotomie physique hors norme / talent dramatique faiblard. Il n’a jamais cherché à interpréter un personnage qui ne lui ressemblait pas, alignant au contraire des rôles de gars musclé au grand cœur. De sorte que The Rock joue toujours plus ou moins la même chose : un grand benêt plein de valeur(s) qui essaie d’aider les autres, le plus souvent maladroitement. Mais il le joue aussi bien chez des gars arty (le Richard Kelly de Southland Tales), que chez les blockbusters (Fast and Furious) ou même dans l’incroyable autoparodie Bayenne de la gonflette qu’est No Pain No Gain.

Ici The Rock est chef maître-nageur de la Baywatch qui doit résoudre une enquête qui ne serait pas ridicule dans L’Amour du Risque. Une très belle (mais très méchante) entrepreneure immobilier / trafiquante de drogue veut s’emparer de la baie pour en faire une zone résidentielle privée*. Mais nos héros vont arrêter les méchants, dans un feu d’artifice tout aussi métaphorique qu’irréel. On allait oublier la love story improbable entre un petit canon en monokini rouge et le geek en surpoids, et la rédemption inévitable du beau gosse / petit con de service, qui n’a pas l’esprit d’équipe. On le voit, on n’est pas chez Kiekergaard.

Mais pour autant, c’est l’incroyable sincérité du film qui fait son succès. Baywatch est pile au niveau de son ambition, c’est-à-dire le pur divertissement familial, et se moque de lui-même, de ses acteurs, de la nullité de son scénario**. Tout cela rend Baywatch éminemment sympathique.

* Paradoxe habituel du cinéma américain, cette entreprise typiquement capitaliste est présentée comme l’empire du mal.

** « Tout ce que vous racontez, on dirait une série télé sympa, mais peu crédible » dit un des personnages…




samedi 2 juin 2018


Le Baiser du Tueur
posté par Professor Ludovico dans [ A vos DVD -Les films ]

On n’avait pas tout compris au Baiser du Tueur, le premier vrai film de Kubrick, quand on l’avait vu à la télé. Le premier vrai Kubrick, en effet, car le premier sorti en salles, en 1955, après l’autocensure Peur et Désir. Mais voilà, Le Baiser du Tueur repasse en salle, grâce à cette nouvelle cinéphilie du quartier latin qui propose des films en très bon état, restaurés, son et image. Que demande le peuple ?

Et la surprise, c’est non seulement que ce Baiser du Tueur est bon, mais il est même meilleur que le suivant, L’Ultime Razzia, beaucoup plus conventionnel. Nouvelle Vague avant la Nouvelle Vague comme le dit Michel Ciment, les obsessions de Kubrick sont à l’œuvre dans un New York naturaliste : Penn Station, Broadway, les docks, les entrepôts. Les expérimentations aussi. Le Kubrickophile partira donc à la chasse aux figures de style : le visage du boxeur derrière l’aquarium préfigure 2001, le combat à la hache, Shining, le match de boxe, les duels innombrables qui parsèment l’œuvre future du créateur…

L’histoire est par contre basique : un peu à la manière de Fenêtre sur Cour, sorti l’année précédente (et dont le dispositif inspire à l’évidence Kubrick), Davey, un boxeur, épie sa voisine. Gloria est une taxi girl, une fille qui danse avec des messieurs pour de l’argent. Harcelée par son patron, elle appelle au secours. Le boxeur se rue pour l’aider, mais le mafieux a disparu. Gloria décide de quitter son emploi, mais le patron du dancing l’enlève. S’ensuit une course poursuite poétique dans un New York désert, aux premières lueurs de l’aube. Le port, ses entrepôts, les toits et leurs réservoirs. Les images sont magnifiques, noir et blanc sépulcral et moderne, pour un film réalisé en pleine époque des studios. Ce New York, forcément réaliste puisque tourné sans autorisation en décors réels, fera ensuite école.

Le Baiser du Tueur se termine par le fameux combat médiéval, hache contre gaffe, dans un magasin de mannequins : c’est l’image qui illustre souvent le film mais elle ne rend pas grâce à la variété de son imagination. Un happy end, qu’on ne retrouvera plus jamais chez Kubrick jusqu’au fuckfinale de Eyes Wide Shut, vient conclure le film. Les amoureux réunis à la gare partent ensemble vers la Californie. Il ne reste donc qu’une chose très importante à faire* :

Fuck.

*Alice Harford: there is something very important we need to do as soon as possible.
Dr. Bill Harford: What’s that?
Alice Harford: Fuck.
Nicole Kidman à la fin de Eyes wide shut




mercredi 30 mai 2018


Girls
posté par Professor Ludovico dans [ Séries TV ]

Alors que Girls entame sa sixième et dernière saison (devant nos yeux, du moins), la mélancolie est de rigueur. Comme si Lena Dunham, désormais trentenaire, passait aux choses sérieuses. Si la série n’est plus comique, elle fait d’autant plus la preuve de l’immense talent d’une gamine de 25 ans à qui on avait confié en 2012 les clefs du camion, de la voiture de service et de la dépanneuse. Actrice, scénariste et productrice, elle a su mener le barnum pendant six ans, jusqu’à cet épilogue.

On le sait, seules les grandes séries savent mourir. C’est le moment pour Girls de donner sa Grande Scène à l’ensemble du cast, les quatre filles bien sûr, mais aussi à toute la galerie de personnages. Adam, Elijah, Ray, et tant d’autres : chacun peut partir et le show entamer sa tournée d’adieu, tout en restant dans une finesse d’esquisse des personnages. Car chacun trouvera un destin conforme à sa personnalité, mais en évitant pour autant les clichés.

C’était cela Girls, une série bâtie sur des archétypes, mais qui n’avait pas renoncé à exprimer sa propre voix …




vendredi 25 mai 2018


Cold Hell
posté par Professor Ludovico dans [ A vos DVD -Brèves de bobines -Les films ]

Conseillé par le Framekeeper, Cold Hell (Die Hölle) est un petit polar allemand mélangeant à la fois clichés et originalités. Clichés parce qu’il surfe sur la dynamique habituelle « serial killer + témoin qui a tout vu + flics blasé » et qu’il enchaîne les poncifs du genre, parfois à la limite du vraisemblable.

Mais l’intérêt est ailleurs, dans un contexte assez passionnant. L’héroïne, chauffeuse de taxi d’origine turque mais totalement intégrée, se voit régulièrement rappelée à ses origines, par les allemands de souche comme par les turcs. Se cache pourtant derrière tout cela tout un ensemble de subtilités que le spectateur sera amené à décrypter. Idem pour le flic qui gère l’enquête et montrera un autre visage au fur et à mesure que l’intrigue avance.

Cold Hell est assez gore et mais sa mise en scène est raffinée et inventive. Un petit bijou, donc, à découvrir dans les recoins de votre VOD.




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